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dimanche, 27 mai 2007

LA TURQUIE DEVIENDRA-T-ELLE-UN ETAT ISLAMISTE ?

LA TURQUIE DEVIENDRA-T-ELLE UN ETAT ISLAMISTE ? Par Linda Michaud-Emin, chercheur au Centre Gloria, Global Research in International Affairs, IDC- Herzlyah Paru dans le Jerusalem Post du 29 avril 2007 Traduit par Albert Soued, www.chez.com/soued/conf.htm pour www.nuitdorient.com Premier exemple d'un pays musulman devenu un état laïc et démocratique, la Turquie est peut-être en train de perdre cette spécificité. Pour la 1ère fois un membre d'un parti islamique est candidat à la présidence et peut l'emporter (1). Et les prochaines élections législatives devraient déboucher de nouveau sur une victoire et un parlement islamique. Le Parti de la Justice et du Développement du 1er ministre Recep Tayyip Erdogan, qui gouverne actuellement, avait choisi le N°2, Abdallah Gul, ministre des Affaires Etrangères comme candidat à la présidence. Les laïcs craignent que cela soit le début de la fin de la République laïque, telle qu'elle avait été installée 80 ans auparavant par Moustafa Kemal Ataturk (2). Alors que la Turquie a déjà eu à 2 reprises un 1er ministre venant d'un parti islamique, le président est perçu comme le rempart de la laïcité. En Turquie, le président a un rôle important. Il choisit le 1er ministre, le chef d'Etat Major de l'armée, les recteurs d'université et les membres de la Haute Cour de justice. La 2ème institution qui sauvegarde le statu quo laïc est l'armée turque, qui a déjà renversé à plusieurs reprises des gouvernements. Il est vrai que Abdallah Gul a promis de maintenir les valeurs de la démocratie et la laïcité, les bonnes relations avec les Etats-Unis et Israël et la poursuite des efforts pour que la Turquie fasse partie de l'Union Européenne. Mais certaines actions passées préoccupent les laïcs, notamment les entretiens avec le chef du Hamas, Khaled Meshaal, au siège de son parti à Ankara, en 2006. Et en 2004, Erdogan a défendu une loi faisant de l'adultère un crime. De ce fait de nombreux laïcs y compris le chef d'Etat Major le général Yasar Buyukanit prétendent qu'Erdogan et Gul ne maintiennent la laïcité que comme façade. Ils rappellent qu'avant de devenir 1er ministre, Erdogan avait dit "Grâce à D, je suis un serviteur de la Sharia'h (loi islamique) et nous transformerons nos écoles en madrassas (école coranique)" La montée en puissance politique du Parti Justice et Développement est le résultat des changements socio-économiques du pays. Pour encourager la modernité et le développement, Ataturk a fait du pays un état centralisé. Et le centre a souvent oublié la périphérie anatolienne, y compris les petites et moyennes entreprises souvent dirigées par de pieux musulmans (3). Durant les années 80 la réforme économique relative au libre échange et à la privatisation a bénéficié à ce groupe qui soutient le régime actuel. L'immigration massive des villages v ers les villes ont renforcé le parti d'Erdogan et son prédécesseur encore plus extrémiste, le Parti du Bien Etre social. D'autres facteurs ont contribué à la venue de partis islamiques au pouvoir, la récession, la corruption, l'incompétence, les divisions entre les chefs de partis laïcs (4) et une nouvelle génération de politiciens islamiques qui savent se montrer à la fois modernes et honnêtes. L'effort pour élire Gul soulève le spectre que la Cour de Justice, une autre forteresse de la laïcité, ou l'armée ne renverse le gouvernement et appelle à de nouvelles élections. Celles-ci ne changeraient rien au panorama politique, du fait que la demi-douzaine de partis laïcs sont incapables de s'entendre entre eux et n'ont aucun chef charismatique qui puisse supplanter les responsables actuels. De plus si l'armée intervenait, cela sonnerait le glas de toute tentative de la Turquie pour rejoindre l'Union Européenne et fera déconsidérer auprès du public ladite armée. Quoiqu'il advienne à court terme, la Turquie que nous avons connue depuis 83 ans et que nous avons considérée comme un succès, passera à travers les moments les plus périlleux, depuis de nombreuses générations (5). Notes de la traduction (1) Abdallah Gul a renoncé provisoirement à sa candidature à la présidence, provoquant des élections législatives prématurées le 22/07/07. Si les partis laïcs ne parviennent pas à s'entendre entre eux, les partis islamiques en sortiront renforcés, et la Turquie sera ramenée à la même situation qu'avant les élections. Le premier ministre Erdogan a fait adopter par le Parlement un amendement à la Constitution prévoyant que le président de la République serait désormais élu au suffrage universel direct et non plus par l'Assemblée, ce qui l'assure d'avoir un président de son parti islamique. Mais le président actuel Sezer pourra s'opposer à cet amendement. (2) Le port du voile est interdit dans les édifices publics. Or Mme Gul porte le voile et c'est ce qui a provoqué l'irritation des laïcs et de l'armée face à la candidature de Gul à la présidence. Si Gul est élu, sa femme porterait le voile interdit… (3) Rappelons qu'en Iran la révolte des "bazargis", les petites entreprises commerciales et artisanales, a perdu le shah et a permis la venue des ayatollahs au pouvoir. (4) Le système électoral impose à un parti le seuil de 10% pour être représenté au Parlement. En 2002, Erdogan est arrivé au pouvoir ayant une majorité de députés au Parlement avec seulement un tiers des voix populaires, du fait qu'aucun parti laïc n'a franchi le seuil des 10%. (5) Depuis la rédaction de cet article, la Turquie a connu en mai au moins 5 manifestations très importantes dans les villes d'Istanbul, Ankara, Izmir, Denizli, Samsoun défendant la laïcité du pays contre le régime d'Erdogan.

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