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lundi, 28 mai 2007

ENTRETIEN DE DOC GYNECO DE DAVID REINHARC POUR ISRAEL MAGAZINE

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Entretien croisé de Doc Gynéco et Christine Angot 

Photo:Alain Azria.        medium_david_reinharc_et_doc.jpg David Reinharc et Doc Gynéco   Israël Magazine

 

par David Reinharc  pour ISRAEL MAGAZINE

  "Le rap, c'est le bras armé du djihad" ; "Quand les jeunes de banlieue voient des fours et des charniers, ils adorent cela!" …. : Doc Gynéco ne tait rien de ce qu'il a envie de dire. Pour lui, né justement à la périphérie de Paris, les "jeunes de banlieue ont besoin de tuer en vrai. De voir le sang" tandis que pour Christine Angot , "nous sommes encore dans la France du Chagrin et de la Pitié". Après le meurtre d'Ilan Halimi, la vague d'antisémitisme, l'opprobre jeté au visage de la petite nation israélienne, il paraît clair que le monde, après lecture de cet entretien, a déclaré la guerre aux Juifs. Et chacun va devoir choisir son camp, le refus de choisir étant lui-même un engagement. Sartre disait qu' "on n'avait jamais été aussi libre que sous l'Occupation". On peut lire ces propos dérangeants avec détachement ou alors se dire : et si c'était vrai ? On n'a jamais été aussi libre

David Reinharc : Le rap est-il devenu un instrument de propagande ?

 Doc Gynéco : En réalité, il ne milite plus ni pour le hip hop ni pour le public : le rap s’est aujourd’hui islamisé.

Akhenaton est musulman, comme de plus en plus de rappeurs.

Ils sont en guerre : le rap, c’est un peu le bras musical armé du djihad.

Christine Angot :   Quand des gens prennent la parole, certains peuvent s’imaginer que le fait de dénoncer les met hors du processus violent …

D.G. : Ils gardent le sentiment d’être des artistes, mêmes’ils sont manipulés. Ils se sentent tous communistes, éducateurs du peuple, professeurs des jeunes de banlieue. Ils ne savent pas ce que parler veut dire. Ils portent un tee-shirt du GIA ou de Ben Laden comme on porte un tee-shirt du Che. Par contre les rappeurs qui s’en sont sortis ont conscience de cette manipulation.

D.R. : Diams, on a le plutôt le sentiment que ce qu’elle pense est en adéquation avec ce qu’elle chante….

D.G. : Oui, elle  y croit. Elle ne se rend pas compte de ce qu’elle dit. Mais I AM , il sait ce qu’il fait. Pourtant, ils font un art entièrement inspiré des Noirs Américains. Mais ça ne les intéresse plus depuis dix ans. Ils sont manipulés par la violence, par les films d’action, mais c’est une violence organisée et structurée de kamikazes, pas une violence de vrai révolutionnaire.

Je baise la France : tous les rappeurs de Marseille à Paris chantent ça comme un seul homme.

D.R. : Se faire dynamiter s’apparente à de la résistance  : le groupe de rap Sniper…

D.G. : Vous citez une phrase plutôt gentille. Ca me rend triste.

Je suis contre l’islamisation du rap.

D.R. : Il existe malgré tout des groupes, doués et militants, qui savent très bien ce qu’ils font : Médine, l’album Jihad,  Kmelancien,  Keny Arkana,qui vient de l’extrême-gauche, instrumentalisent le rap à des fins de propagande politique…

D.G. : Moi, le terrorisme, j’ai fini d’y croire quand une bombe a explosé à Tati Barbès.

D.R. : Parce qu’avant, vous y croyiez ?

D.G. : Je pouvais croire, oui, à une forme de révolte par les armes.

D.R. : Contre qui ?

D.G. : Jean Moulin ! Vichy. « Pour plus de justice » etc.

Mais l’attentat à Barbès m’a profondément heurté : des arabes tuaient des arabes. Ceux d’Algérie d’il y a pas longtemps.

Je peux comprendre l’attentat de Port-Royal, même la prise d’otage des Juifs par les Palestiniens mais la bombe à Tati Barbès, là,  je ne saisis plus.

D.R. : Des « victimes innocentes » ?

D.G. : On peut dire ça comme cela…On ne comprend plus leur combat.

C.A. :Dans un propos artistique, la question de la complaisance se pose toujours, mais je ne pense pas que les textes des artistes soient responsables des actes réels. Même la musique militaire n’est pas responsable des guerres.

D.R. : J’ai posé une allumette  prés d’une flaque d’essence mais ce n’est pas moi qui ai mis le feu…?

D.G. : Médine, c’est pourtant le genre de personne qui poserait une bombe à Tati Barbès.

L’Histoire, contrairement aux jeunes, il la connaît.

Il sait, lui, ce que veut dire Jihad, pas les jeunes.

Il utilise des moments essentiels  pour les islamistes et il les met en musique.

Cela a un impact latent, vicieux, sournois.

C.A. : Avoir un propos sur une réalité violente, c’est intéressant. En revanche,  esthétiser cette réalité, ce n’est intéressant ni pour la société ni pour l’art.

D.G. : Sous couvert des idées communistes, le rap met en musique l’islamisme et les actions d’Al Qaïda.

D.R. : Dans le rap, on trouve le vocabulaire de l’Islam contre l’Occident et aussi, paradoxalement, le culte de la société de consommation…

D.G. : C’est là qu’ils sont de droite.

Ils ont oublié ce qu’est le rap américain.

Mais c’est vrai que la tendance, dans le rap, est la conversion à l’islam.

On se convertit à l’Islam pour entrer dans le rap. Ce qu’ils aiment toujours, dans le rap des Noirs Américains,  c’est la flambe et les femmes. Mais le message de paix s’est effacé. Le rap intello, ça n’existe pas.

D.R. : A l’exception d’Abd Al Malik – soufi, et qui n’est donc pas salafiste…

D.G. : Oui, lui je l’aime bien mais il est arrivé en 2007.

D.R. : Vous-même, faîtes vous un « rap de droite » ?

D.G. : Ce qui fait dire que tu es de droite quand tu es rappeur, c’est la façon dont tu vas gérer ton argent.

Ne pas oublier qu’on n’en a jamais eu. On a donc un rapport avec l’argent lié à la flambe.

C.A. :Oui, mais la flambe ce n’est pas une attitude bourgeoise…

D.G. : Les nouveaux rappeurs ont tous les codes des gens de droite : le cigare, le champagne, la bagnole…

D.R. : On trouve dans les textes de rap – Kmelancien, I AM, Sniper… - beaucoup de textes haineux contre Israël et les Juifs.

Avec aussi un clip qui met en scène une liquidation d’Américains…

D.G. : On est en train de rendre les jeunes de banlieue complètement fous.

Scorcese, les Affranchis, etc. ça pouvait se situer dans une esthétique qu’on n’aime pas mais il y avait au moins des valeurs.

C.A. :Est-ce que c’est l’apanage du rap ? C’est l’ensemble de la société qui est concerné par l’antisémitisme.

D.R. : Mais pourquoi le rap est-il venu se cristalliser sur la question juive ?

D.G. : On utilise l’extrême-gauche à de mauvaises fins. Ils critiquent l’argent, la bourgeoisie, les riches et donc, dans l’imaginaire collectif, les Juifs.

On a réussi a opposer les Juifs à toutes les races : bientôt, même les Chinois seront de la partie.

Avant dans les quartiers, c’était Juifs versus Arabes. Maintenant, ça ne fait plus rire personne. Toutes  les communautés sont en guerre contre les Juifs et je n’accepte pas ça.

C.A. : L’air du temps veut imposer l’idée que la violence faite aux Juifs n’est pas plus grave que la violence contre commise d’autres groupes. Sauf qu’il y a une spécificité particulière. Personne ne veut plus l’entendre.

Cette volonté de nier la spécificité juive et la spécificité de la Shoah n’est pas propre au rap. Cette musique est juste un reflet de ce déni.

D.G. : Je veux en revenir à ce que représente la mort pour les jeunes de banlieue.

Quand ils voient des fours et des charniers, ils adorent cela !

Dans leur portable, ils conservent les scènes d’égorgement, de tueries, de carnage.

Il faut accompagner l’Histoire de la Shoah du récit explicatif d’un professeur qui explique les images, sinon ça va finir sur les portables….

D.R. : Vous étiez le seul goy à la manifestation après la mort d’Ilan Halimi, premier meurtre antisémite après Auschwitz.

D.G. : Pas un rappeur n’a regretté cet acte de barbarie. Jamais Skyrock n’a fait passer un message.

Ils utilisent tous ça : faîtes attention à eux.

A cette époque, dans les banlieues, personne n’avait encore  réussi à mobiliser les Noirs contre les Juifs. Mais dés le meurtre d’Ilan Halimi, j’ai su que ceux qui attisent la haine avaient  gagné : ils ont montré le visage noir de Fofana, le « chef des Barbare »s.

D.R. : On connaît aussi votre attachement à Israël…

D.G. : On ne peut plus revendiquer dans un quartier l’attachement à la France, mais à Israël, c’est pire.

C’est dur d’avoir un ami feuj en banlieue : tu vas te battre au moins dix fois pour lui….

C.A. :C’est dur dans un quartier mais aussi partout ailleurs.

Dans toutes les situations difficiles, il y a un choix à faire : à chaque fois que des gens s’opposent, qu’il y a un conflit douloureux, il faut choisir son camp.

….Or, des tas de gens refusent de choisir. Mais on choisit quand même : les gens qui n’ont pas choisi Israël ont forcément choisi l’autre camp.

D.G. : Si dans un quartier, je marche avec un Juif qui répond à cette violence, s’il s’inscrit dans le rapport de force – je veux dire : il retire son tee-shirt et il se bat – c’est  différent, ils le respectent. Dans les banlieues, ils ont besoin de te tuer en vrai quand ils ont un problème. De voir le sang. On n’est pas  là-bas dans un salon littéraire…

 D.R. : Vous préconisez  la violence comme moyen légitime pour les Juifs de répondre à l’hostilité ?

D.G. : Pour avoir pratiqué ces gens là, je peux vous dire qu’ils sont en guerre.

D.R. : C’est qui, « ces gens là » ?

D.G. : Ceux qui ont besoin de tuer du Juif. Pour ceux là, c’est la guerre à l’intérieur de nos frontières. Regardez  Ilan : tout le monde savait. Des filles, des garçons : on va loin, là.

Tous complices : des trentaines de personne étaient là, personne n’a bronché.

Les Juifs doivent savoir se défendre comme ils l’ont toujours fait : c’est la guerre, vous savez.

A un moment donné, il faut se battre : il ne faut pas avoir peur de se montrer violent. J’ai connu des Juifs réputés parce qu’ils se sont défendus chaque fois. Tout le temps. Ils sont respectés.

C.A. :Si vous regardez Le chagrin et la pitié, on est encore dans la même France.

D.R. : Il y aurait une violence plus légitime que la violence légale, celle de l’Etat ?

D.G. : Par exemple, au stade du Parc des Princes, lorsqu’ils ont trié les spectateurs et qu’ils se sont rangés en deux files pour les enserrer.

Ils demandaient à chacun : « êtes-vous Juif ? » ; et selon moi, il fallait dire : « oui ».

D.R. : « Oui », ça voulait dire se battre…

D.G. : Voilà. Mais je ne sais pas si c’est physiquement ou autrement. C’est les deux.

D.R. : C’est d’ailleurs un policier noir qui a sauvé un supporter Juif de la mort…

D.G. : Je suis fier de ça.

D.R. : Comment expliquer que les Juifs ont déserté la guerre qui leur est faite ?

D.G. : Il faut le  savoir : les humains en face de vous n’ont pas nécessairement les mêmes données que vous dans le cerveau et sont peut-être plus portés sur la violence que vous….

Il faut revenir à l’époque du Roi David. Car en face de vous, ils ont compris que vous parlementez, négociez, pinaillez. Il n’y a pas à se justifier. Il vaut mieux se battre, c’est certain.

Ilan Halimi est mort, premier meurtre après Auschwitz me disiez-vous.

Mais si quelqu’un en banlieue avait été tué durant les émeutes, ils en auraient fait des chansons, des clips, des albums.

Pour Ilan Halimi ? Pas une chanson, rien.

D.R. : En hébreu, face à la violence qui monte toujours d’un cran, on dit : on leur pisse dessus, ils disent qu’il pleut.

C’est votre impression ?

D.G. : Après le meurtre d’Ilan Halimi, j’attendais au moins une chanson. Je pensais que les rappeurs allaient s’exprimer là-dessus. Rien. Omerta.

D.R. : Au lieu du « Jusqu’ici, tout va bien » des Juifs, concrètement, que feriez-vous ?

D.G. : C’est la guerre contre le silence.

D.R. : Sur Israël, vous pensez qu’il y a une paix possible avec le Hamas ?

Ou bien qu’aujourd’hui comme hier et demain, la paix n’aura jamais lieu parce que le monde est en guerre contre les Juifs ?

C.A. :La vulgate, aujourd’hui, c’est d’être contre Israël.

Dans une conversation ordinaire, le rejet d’Israël, c’est ce qu’on peut dire à haute voix, sans problème.

D.G. : Il fallait bien pour les Juifs un endroit pour se réfugier. Un terrain leur a été offert.

C’est dommage que ce soit là, au niveau géographique, entouré de pays hostiles.

D.R. :  Ailleurs que dans le berceau du peuple juif, ça aurait changé quelque chose...?

D.G. :C’est là qu’on voit qu’il faut se battre.

C.A. :Mais pourquoi les Juifs devraient se battre seuls, pour eux-mêmes? Les Juifs représentent tout le monde, toute spécificité, la spécificité de l’humain.

D.R. : Pourquoi les Juifs plus que les autres ?

C.A. :Parce que. C’est un peuple à part, que ça plaise ou non.

Ils ne sont pas pareils, il y a une spécificité qui n’est pas comparable aux autres spécificités. Quelque chose d’unique qui nous représente tous.

D.R. : Et dés qu’ils ont voulu touché à l’universel, ils ont accosté sur les rivages nauséeux du communisme…

CA : Nauséeux ! Quelle bizarre expression !

 D.G. : Tous les peuples qui ont souffert ont commis cette erreur.

C.A. :Mais moi, je ne parle pas d’universel. Mais de spécificité. Il ne faut accepter ni le déni de la spécificité du peuple juif ni celui de la Shoah.

 

D.G. : Les Juifs sont un peu, par la force des choses,  errants. Mais à un moment, ils se sont posés, parfois plus de trois cents ans.

A un autre moment, ils ont trouvé Israël. Parfois, il fallait se battre, parfois ce n’était pas la peine.

Aujourd’hui, c’est une époque où les Juifs doivent se battre. C’est clair. Sinon, vous reviendrez à l’époque de Salomon.

C.A. :Ce n’est quand même pas un hasard si le génocide intervient après l’invention de la psychanalyse par Freud.

Tout s’est passé comme si c’était ça qu’on était venu punir. La découverte de l’inconscient.

Ils n’ont pas supporté ça, pour le coup ils ont voulu tous les tuer.

D.R. : C’est important de dire cela car la vague d’antisémitisme actuel coïncide avec l’attaque en règle contre la psychanalyse.

Le Livre Noir de la Psychanalyse se réfère au Livre noir, ce recueil de témoignages sur les atrocités nazies contre les Juifs d'URSS et de Pologne rassemblés par Vassili Grossman.

La boucle est bouclée.

C.A. :Je n’avais pas pensé au fait que Le livre noir de la psychanalyse se référait explicitement  au Livre noir de Grossman.  Donc, là, c’est la preuve.

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