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samedi, 16 juin 2007

RENCONTRE POUR LA PAIX..

medium_VOYAGE_POUR_LA_PAIX.JPG« Le Voyage pour la Paix » de juin 2007, symbole de la difficulté du dialogue.

En théorie il aurait dû être beau ce Voyage pour la Paix qui a amené 20 enfants israéliens et palestiniens en France en ce début juin. Il aurait dû être porteur d'espoir, malgré tout, malgré une réalité difficile sur le terrain. Mais il en aura été tout autrement, malgré des débuts prometteurs lorsque ont surgi, côté palestinien, les habituels stéréotypes anti-israéliens venus gâcher la fête.

L'idée d'Olivier Michel, Président de Fair Events, était belle. Il raconte qu'il était sur la plage de Tel Aviv à quelques mètres du Dolphinarium lorsque cette discothèque a été touchée par un attentat suicide...Le carnage. Il vit l'horreur de ces jeunes corps détruits ou mutilés.... et c'est vers la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens qu'il se tourne alors

medium_DSC08504.JPGNaît ce concept :  faire venir dix enfants israéliens et dix enfants palestiniens à Paris pour qu'ils apprennent à se connaître et deviennent le symbole de la possibilité d'une coexistence pacifique. Le voyage est organisé en collaboration avec, côté israélien, le Centre Pères pour la Paix et, côté palestinien, le Centre Al Quods pour la Démocratie et le Dialogue et a bénéficié d'un grand nombre de parrainages, dont celui de l'Education Nationale ou Disneyland, ou de soutiens, comme celui du Président palestinien, Mahmoud Abbas, de l'Ambassade d'Israël en France, de l'Ambassade de France en Israël ou de l'ONU, sous sa forme communication.

Et lors de cette première activité du 3 juin, ils étaient ravis, ces enfants, vêtus du même T Shirt blanc, décoré d'un sigle discret qui parle de voyage et de paix. Dix Israéliens, dont des Arabes israéliens et dix Palestiniens de 11 à 15 ans. Parmi eux une très jeune fille voilée, à côté une autre porte une croix, une troisième est juive. Encore timides elles se parlent pourtant. Quelques mots d'hébreu, quelques mots d'anglais. Des ébauches de sympathies se nouent. Mais pour l'heure, ces enfants savourent avant tout le plaisir d'être là, sur cette Esplanade des Droits de l'Homme du Trocadéro, avec la Tour Eiffel toute proche, avec les TF Gospel qui chantent en leur honneur et pour le plus grand plaisir des badauds et touristes, en ce dimanche ensoleillé.

medium_DSC08670.JPGSous escorte policière cycliste, le casque profilé de rigueur, ils enfourchent ensuite des vélos, dont beaucoup sont de symboliques tandems, pour se rendre au Mur de la Paix, en contrebas, formant ainsi « une chaîne pour la paix. » Entourés d'adultes dont ils savent qu'ils sont certes bienveillants, mais dont ils ignorent tout. Il y a pourtant là le Président du Conseil Constitutionnel, Jean-Louis Debré, cycliste accompli, et sa fille, l'Ambassadeur d'Israël qui n'a « guère souvent l'occasion de monter sur un vélo » dans ses fonctions actuelles, le Délégué de la mission palestinienne auprès de l'UNESCO, Emmanuelle Béart, ambassadrice de l'UNICEF, Charlotte de Turkheim, Michel Boujenah, qui, en homme sage - « non, vieux, ! » dit-il, - s'inquiète de la remontée pentue, Yvan Attal, Bernard Montiel. Il y a aussi le co-parrain de l'événement, Marek Halter et son épouse, ou encore Smaïn, qui, évoquant l'incertitude de ses origines, dit : « je ne sait pas qui je suis » et se réjouit d'avoir entendu dire des enfants « on ne sait plus qui est qui... »

Bassam Aramin, Président du Centre Al Quods pour la Démocratie et le Dialogue, Palestinien qui,  par le passé, a choisi la violence mais dit avoir découvert les vertus de la parole lors d'échanges quotidiens avec son geôlier israélien. Qu'il dit avoir persuadé de la justesse de sa cause...

Gal Peleg, directeur du Département des Sports du Centre Pères pour la Paix explique que ce sont 2000 enfants israéliens et palestiniens qui se rencontrent régulièrement par le biais du sport en Israël ou dans les Territoires palestiniens. Mais ce voyage-ci a une dimension autre puisqu'il s'agit d'un voyage commun en Europe avec des rencontres marquantes.

Et, autre symbole, deux radios en France soutiennent ce voyage : RCJ, radio de la communauté juive, et Beur FM. Pour que ce désir, cette possibilité de paix soient entendus ici aussi, en France, où trop souvent c'est le conflit du Proche-Orient que des irresponsables importent. Ce voyage pouvait-il donc faire avancer la paix dans la région alors que la population du nord du Negev vit au rythme des tirs de roquettes Kassam lancées de la Bande de Gaza et qu'il y a des inquiétudes sur les frontières nord d'Israël  ?  « J'ai beaucoup de sympathie pour ce très beau projet, pour tous les projets de la société civile qui feront exister une entente une fois que la paix sera conclue. Mais cela n'est pas suffisant en soi pour la suite, » répond l'Ambassadeur d'Israël en France, Daniel Shek.

Justifier les tirs de roquettes sur le Negev et vilipender Israël au Sénat

Mais lorsque des questions plus pointues sont posées à Bassam Aramin, les réponses détonnent avec toute cette bienveillance. En effet, il justifie les tirs de roquettes Kassam sur Sdérot « dès lors que l'on touche à un Palestinien à Jenin, » ou l'assassinat de civils israéliens en Judée Samarie, puisque « ce sont des colons... » Etrange langage venant d'un Président censé prôner paix et dialogue....

Cet échange préoccupant reste pour l'heure au niveau de la conversation individuelle. L'homme serait-il égaré par la douleur, lui qui affirme que sa fille, écolière de 11 ans, aurait été tuée par un soldat sans raison aucune ? Et les circonstances de cette mort sont-elles celles qu'il dit ?

Son fils, Arab, qui a été choisi pour le voyage, parle d'ailleurs dans un texte écrit de sa soeur Abeer, « morte en martyre alors qu'elle rentrait de l'école... » Douleur légitime. Mais était-il opportun de choisir un enfant marqué de la sorte récemment ? Y a-t-il eu équilibre dans le choix des enfants ?

Mieux vaut-il sans doute n'alerter qu'une poignée de personnes pour ne pas gâcher le voyage et cet espoir ténu d'entente entre une poignée d'enfants.

Il y a le lendemain un « Match Pour La Paix » à Courbevoie. Et, le 5 juin, en présence d'élèves de Collèges de banlieue avec leur professeurs, dans une salle du Sénat, une Conférence pour la paix intitulée « La voix des jeunes...fondement de la Paix de demain. » Bel intitulé mais qui laisse rêveur compte tenu de ce qui s'y est passé....

En effet, peu avant l'entrée au Sénat, dans une salle prêtée pour l'occasion, des  personnes qui entourent les enfants, dont la journaliste Sandrine Sebbane, s'aperçoivent que nombre d'entre eux – les enfants arabes- arborent  un T Shirt portant la photo d'une petite fille qui aurait été tuée par des soldats....C'est le clash. On leur demande d'ôter ces T Shirts. Les accompagnateurs palestineins répondent que l'autorisation de les porter a été donnée bien avant le voyage. Cela se termine en cris et pleurs. Mais les T shirts sont ôtés avant d'entrer au Sénat. Et, for heureusement, la presse n'est pas au rendez-vous.

Ces enfants, venus du Proche-Orient pour trouver ici une coexistence pacifique, ont donc été mêlés à une tentative de récupération anti-israélienne. Il y aura des retombées devant des collégiens français qui devaient voir dans cette rencontre, sans doute, une raison de rejeter toute haine communautariste ici... C'est affligeant.

Puis, à la tribune, un représentant du Centre Al Qods parle d'apartheid et d'occupation entre autres clichés éculés.

Michel Boujenah tente de défuser la situation en évoquant ses identités multiples du fait de sa naissance en Tunisie et de son nom qui peut être juif ou arabe. Il rappelle qu'il a été pro-palestinien et Sioniste lorsque cela était souvent jugé contradictoire. D'autres intervenants, Amar Dib, Jacques Tarnero, Richard Petris, Yasmina Benguigui, Jean-Pierre Bugada de l'Onu se succèdent pour dire des paroles justes.

Dans un film enfants et personnalités disent la nécessité de la paix est projeté. Mais il est difficile d'oublier la scène du T Shirt...

Puis vient le temps des questions. La parole est donnée à la salle. Laura, une collégienne, veut savoir comment se vit le quotidien des enfants invités. Flou dans la salle. Puis Amira, 19 ans, blonde de Bethlehem, accompagnatrice des enfants palestiniens, se lève et prend la parole avec véhémence. Tout y est : « Nous les Palestiniens nous vivons dans une grande prison...avec un grand mur....on reste à la maison, on regarde la télévision. On sait qu'un voisin a été tué, un autre est mort sous un bombardement...croyez-moi, on ne peut pas aller où l'on veut...notre vie est très difficile. » Enhardi un enfant qui vient d'un village près de Ramallah se plaint à son tour et dit n'avoir jamais pu quitter son village. Applaudissements nourris....

Flottement côté israélien devant l'âpreté de ces accusations qui n'étaient pas prévue au programme. Comment ces  enfants israéliens à qui on a parlé amitié, vacances, pouvaient-ils s'attendre à voir ainsi leur pays et les Israéliens être pris à partie de cette manière...Ils ont, après tout, entre 11 et 15 ans.

Moshe, qui vient du Negev, a le courage de prendre la parole à son tour pour dire que son «école est près de Gaza, qu'on y reçoit des missiles et que l'on doit souvent arrêter les cours... » Seul témoignage discret, noyé dans la véhémence des autres interventions.

Et on passe à autre chose, se préoccupant cette fois de la manière dont est enseigné le conflit dans les collèges. Il ne fait pas partie des programmes dit une enseignante, contredite par une autre. On s'enlise....l'ambiance est lourde. Yasmina Benguigui ou Jacques Tarnero sont partis. Lui qui rappelait dans son intervention la phrase d'Albert Camus : « mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde... » Et il est évident ici que les choses ont été mal nommées. Et que le mot paix est bien loin des réalités du jour.

Soulagement lorsque le chanteur Soufiane appelle les enfants du voyage pour interpréter une belle chanson de paix qu'il a écrite, à laquelle ils ne comprennent sans doute que les mots Shalom, Salam. Mais la fête a été gâchée pour eux. La plupart sont visiblement mal à l'aise....Quel gâchis...

Impréparation ou angélisme mal placé ?

Même si le voyage continue après cette après-midi si malsaine, si traumatisante pour les enfants et si révélatrice pour les adultes, c'est la fin du beau projet. Il n'y aura plus qu'une coquille vide. Et il y aura d'autres déclarations intempestives avec les mêmes poncifs côté palestinien : « apartheid, mur, dignité bafouée.. ».

Reste à s'interroger sur ce qui a pu conduire à ce fiasco. Il y a eu d'abord la confiance aveugle placée en ce Centre Al Qods pour la Démocratie et le Dialogue. Comment le Centre Shimon Pères pour la Paix ou Fair Events a--t-il pu ignorer ce que sont les convictions de Bassam Aramin ?

Il faut dire que ni Gal Peleg ni Bassam Aramin n'avaient entendu parlé de l'utilisation scandaleuse de Mickey pour l'incitation à la haine chez les enfants palestiniens par la télévision du Hamas, dénoncé par Palestinian Media Watch – www.pmw.org.il  alors que cette information a été reprise partout dans le monde. Dès lors, comment combattre la haine et oeuvrer pour la paix si l'on ignore ce qui se passe sous son nez....

Et il faut savoir que le Président palestinien, Mahmoud Abbas, soutient ausis le projet. Mais peut-être est-il aussi mal informé...

Est-on là face à un angélisme béat du type : « s'ils disent qu'ils sont pour la paix, ils le sont forcément. Nul besoin de s'interroger. » 

Quant à la Conférence dite de la paix au Sénat, si les intervenants étaient de qualité, le débat a de toute évidence été très mal préparé. Il paraît insensé d'avoir laissé poser des questions si sensibles  dans une salle remplie de monde à de jeunes enfants. Ce qui a d'ailleurs permis à Amira de Bethlehem, jeune adulte, elle, de montrer son vrai visage. Qu'elle ait des griefs est une chose. Qu'elle les lance ainsi en déformant, grossissant, généralisant, en les plaçant hors contexte, de manière totalement unilatérale, sans qu'il n'y ait aucun recadrage, en est une autre. Et comment quiconque a-t-il pu imaginer un instant que ce type de psychodrame mal ficelé pourrait être facteur d'amitié ou de paix ?

Quant à l'incident des T-Shirts, il a été soigneusement préparé par le Centre Al Qods pour marquer l'anniversaire de la Guerre de Six Jours, à sa manière. En accusant, revendiquant, utilisant la mort d'une enfant dont les circonstances ont été totalement déformées. Car Abir Aramin n'a pas été tuée par balle, comme l'affirme son père ou le Centre Al Qods.

Ce voyage a prouvé, si besoin était, que faire la paix n'est guère chose si aisée, même si l'on a les meilleures intentions du monde. Ces enfants garderont à coup sûr un goût amer de ce voyage, quoi qu'on puisse leur faire dire. Quant aux collégiens présents au Sénat, ce ne sont certainement pas des graines de paix qu'ils auront ramené dans leurs banlieues...

Hélène Keller-Lind .TélèJ.info     www.telej.com

 

 

13:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

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Écrit par : Réseau Citoyens Libres | dimanche, 17 juin 2007

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