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mercredi, 20 juin 2007

REFLEXIONS ,40 ANS APRES LA GUERRE DES SIX JOURS

Réflexions, 40 ans après la Guerre des Six jours 

medium_GUY_MILLIERE2.3.jpgPar Guy Millière


Comme c’était prévisible, le quarantième anniversaire de la Guerre des six jours a donné lieu à une multitude d’articles dans la presse quotidienne et hebdomadaire dans toute l’Europe, mais aussi à des émissions télévisées et à des livres. Comme c’était également prévisible, la quasi-totalité des articles, des émissions de télévision et des livres a donné une vision très biaisée des faits, et offert une reconstruction de l’histoire.


Un seul livre paru en langue française se révèle scrupuleux et procède à une mise en perspective correcte des faits : « La guerre des Six Jours : la victoire et le poison » de Raphaël Delpard. En passant en librairie, j’ai vu malheureusement, mis en avant, surtout, le « 1967 : Six jours qui ont changé le monde », de Tom Segev, un historien israélien antisioniste pratiquant une forme de révisionnisme, celui dit des « nouveaux historiens ».


Considérant que laisser circuler sans réagir les rumeurs et le mensonge constituent le plus sûr moyen de voir ceux-ci triompher, je pense utile de procéder ici à tout un ensemble de rectifications nécessaires :

1. D’abord, n’en déplaise à ceux qui ont, volontairement ou involontairement, la mémoire courte, l’histoire de ce que Paul Giniewski appelle le « contentieux israélo-arabe » ne commence pas le 5 juin 1967. Elle ne commence pas même avec  l’indépendance et la première guerre arabe contre Israël. Elle commence à la fin du dix-neuvième siècle avec le projet sioniste, qui s’inscrit indéniablement dans la perspective des mouvements d’émancipation nationale définis par le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

A l’époque, il y a l’empire ottoman mais aucun pays, aucune entité appelée « Palestine ». Il n’y a pas de peuple palestinien, mais des Arabes, nomades ou sédentaires, soumis à une autorité dont la capitale est Istanbul, et des Juifs. Les autorités ottomanes voient d’un bon œil le projet sioniste, qui peut revivifier une zone désolée. Les dirigeants arabes de la région voient le projet sioniste d’un bon œil, eux aussi, essentiellement pour les mêmes raisons.


Pendant la Première Guerre Mondiale, le Royaume Uni passe un accord en vue de la création d’un foyer national juif (déclaration Balfour), et un accord avec les dirigeants arabes du Proche-Orient. Au lendemain de la guerre et suite au démantèlement de l’empire ottoman, sont créés la Syrie et le Liban, placés sous mandat français, l’Irak et un Etat correspondant à quatre vingt pour cent du « Mandat palestinien », confié aux Britanniques : la Transjordanie (aujourd’hui Jordanie).

Plus de vingt ans se sont écoulés avant l’indépendance d’Israël, la création de plusieurs Etats arabes dans la région, et, parmi eux, la création d’un Etat arabe palestinien (le fait qu’il ait été confié à un descendant de la dynastie chérifienne est une question d’essence totalement étrangère à ce débat).

Dans les années qui ont suivi, et jusqu’en 1947, le projet sioniste s’est poursuivi sur les vingt pour cent de territoire résiduel : des juifs se sont installés, ont entrepris, ont créé de la richesse. Des populations arabes sont venues au titre de travailleurs immigrés. Les autorités britanniques, désireuses de pratiquer l’apaisement vis-à-vis du monde arabe, ont laissé accéder à une position d’autorité pour la communauté musulmane, Ali al Husseini, un antisémite fanatique, qui se retrouvera au côté d’Adolf Hitler au temps de la « solution finale ». Il en résultera des violences meurtrières, des pogroms et la constitution de milices de défense juives. Jusqu’au moment où l’indépendance d’Israël a été proclamée, le Royaume-Uni a fait preuve d’une effroyable partialité, empêché des juifs, persécutés par les nazis, de trouver refuge dans leur foyer national, freiné l’immigration juive, fermé les yeux sur les violences arabes.


L’Organisation des Nations Unies, en 1947, a créé deux Etats sur le territoire résiduel : un second Etat palestinien, et l’Etat d’Israël. Les Arabes n’ont pas voulu du second Etat palestinien, refusant de se contenter des 90% du territoire mandataire qu’ils possédaient déjà. Ils en réclamaient les 100%. Les dirigeants arabes ont demandé aux populations arabes de quitter provisoirement le territoire d’Israël, le temps que les juifs soient exterminés. Mais il n’y a pas eu d’extermination. Israël a survécu. Les Arabes qui avaient quitté Israël sont devenus des « réfugiés ». Les pays arabes les ont maintenus dans ce statut jusqu’à ce jour, avec la complicité des Nations Unies : ont été considérés comme réfugiés tous ceux qui pouvaient prouver deux années de résidence sur le territoire israélien, et on a créé pour les assister un organisme spécial, l’UNWRA (United Relief and Works Agency), qui existe jusqu’à ce jour.


Israël n’a, pour l’essentiel, pas chassé les Arabes de son territoire. Ce n’est pas Israël qui a créé un problème de « réfugiés ». Les dirigeants arabes, qui ont eux créé ce problème, n’ont jamais rien fait pour y remédier. L’UNWRA est le seul organisme à avoir jamais été fondé pour maintenir, pendant six décennies, des « réfugiés » en situation de « réfugiés ». Les camps de « réfugiés palestiniens » sont le seul endroit sur la planète où on est réfugié de père en fils et de mère en fille.
Israël n’a occupé, à partir de 1948, que le territoire qui lui a été accordé par l’ONU et des terres prises lors d’une guerre défensive contre les armées arabes.

2. N’en déplaise là encore à ceux qui privilégient la mémoire courte, ce qui s’est passé en 1967 n’a pas consisté en une attaque d’Israël contre ses voisins, mais une phase ultérieure de l’action d’Israël contre leurs intentions exterminationnistes.


Sans cesse et sans répit, jusqu’au jour même où la guerre s’est enclenchée, les dirigeants israéliens n’ont cessé de demander que l’on signe avec leur Etat de traités de paix. Dans les semaines et dans les jours qui ont précédé la guerre, les armées arabes se sont massées le long de la frontière d’Israël, en position offensive. Les dirigeants arabes n’ont cessé de tenir des discours haineux envers l’Etat hébreu et de parler « d’éradication » ou « d’anéantissement » de ce qu’ils appelaient l’ « entité sioniste », et dont ils reconnaissaient si peu l’existence, qu’elle ne figurait pas sur les cartes de géographie qu’on trouvait à Damas (elle n’y figure toujours pas. Ndlr.) ou au Caire. En mai 1967, peu de temps avant la guerre, Gamal Abdel Nasser, le dictateur égyptien, a fait passer 100 000 hommes de troupe dans le Sinaï, remilitarisé la frontière israélo-égyptienne, chassé les forces de maintien de la paix des Nations Unies qui s’y trouvaient, bloqué le détroit de Tiran de façon à asphyxier Israël, une décision qualifiée « d’arbitraire et dangereuse » par le Président américain Lyndon Johnson.


Israël s’est résolu à frapper parce qu’il était bien davantage qu’évident que les Arabes étaient sur le point de lancer une nouvelle vague belliciste à visées exterminatrices. Israël a pratiqué ce qu’on appelle la « doctrine Kennedy », en référence à la crise des missiles soviétiques à Cuba en 1962 : confronté à la certitude d’une action offensive à son encontre, un Etat n’attend pas d’être frappé pour mettre ses adversaires hors d’état de nuire.


Comme en 1948, Israël a mené une action strictement défensive. La victoire a été rapide et éclatante. Bien que les Arabes aient disposé de 465 000 soldats, de 2 880 chars, de 810 avions de chasse, leurs moyens furent très vite réduits à néant par la supériorité tactique et stratégique des armées israélienne, menées au combat par Moshé Dayan.


Dès les premières heures du 5 juin 1967, les aéroports et les avions arabes ont été détruits. « La guerre était achevée dès son commencement », a dit un commentateur. Les armées égyptiennes en déroute et privées de support aérien ont fui dans le Sinaï, et les prisonniers se sont comptés par milliers. L’armée jordanienne, passée à l’attaque malgré les recommandations d’Israël, demandant au roi Hussein de rester « en dehors » du conflit, a connu elle aussi la débâcle. L’armée syrienne a été délogée des hauteurs du Golan depuis lesquelles elle tirait sur les populations civiles du Nord d’Israël. La cessation des hostilités est venue au bout de six jours, suite à un discours de plus en plus menaçant des dirigeants soviétiques et aux déclarations américaines en défense d’Israël.

Toute la situation géopolitique de la région s’est trouvée modifiée. Tous les discours aussi.

C’est à ce moment que la France a rompu son alliance avec Israël et a commencé à adopter clairement la position d’hostilité anti-israélienne qui a été au cœur de la « politique arabe de la France ».

C’est à ce moment que les Etats-Unis se sont nettement rapprochés d’Israël et ont discerné en Israël un allié stratégique et un pays avec lequel existaient des affinités électives qui n’ont cessé de se renforcer depuis.

Les pays arabes ne se sont plus contentés de parler de « l’entité sioniste », mais ont dû reconnaître qu’Israël existait et était une puissance au Proche-Orient. La déclaration dite des trois « non » à Khartoum, quelques mois plus tard, a montré une fois encore l’étendue de la haine arabe à l’encontre d’Israël, mais la haine a dû dire son nom : refuser de reconnaître un pays, refuser de négocier avec lui, refuser de signer un traité avec lui procède d’une manière flagrante de cesser d’ignorer l’existence de ce pays. Il faudra quelques années encore, et une guerre particulièrement fourbe, puisque déclenchée au moment du Kippour, pour que l’Egypte signe un traité de paix. Il faudra quelques années de plus pour que la Jordanie suive la même voie. C’est néanmoins en 1967 que ce processus a débuté.

En 1967, Israël occupe des territoires qui, ce doit être dit une fois pour toutes, n’ont pas été « occupés » au terme d’une guerre d’agression, mais pris au cours d’une action de défense, ce qui en change complètement le statut en termes de droit international. Si un agresseur perd une guerre, l’agressé, en l’occurrence Israël, a légitimité pour conserver des territoires qu’il estime nécessaire à sa défense.

En 1967, Israël retrouve des zones dont il avait été chassé par les armées arabes en 1948 : certaines parties de la Cisjordanie, Kfar Etzion et la vieille ville de Jérusalem qui, selon le plan de partition de l’ONU, en 1947, relevaient de la juridiction d’Israël et s’étaient trouvées illégalement occupées par la Jordanie. En 1967, Israël retrouve aussi les racines du peuple juif : outre la vieille ville de Jérusalem, Shiloh, Bethlehem, Jéricho, Hébron, pour ne citer qu’elles.

23:11 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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