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jeudi, 21 juin 2007

L'ALTERNATIVE DE PAIX..

L’ALTERNATIVE DE PAIX

 

 

Asharq Al Awsat (Le Moyen Orient), journal en arabe paraissant à Londres – 18/06/07

 

Par Tsipi Livni, vice-Premier ministre et ministre des Affaires

 

Traduction française de l’anglais : Menahem Macina
 
Le Moyen-Orient a trop longtemps été gouverné par la logique du « pas de cadeau » [1]. Ce que perdait l’une des parties était considéré comme un gain par l’autre. Cette conception a causé beaucoup de souffrances à notre région. Elle a contribué à polariser les points de vue de chacune des parties et à blesser ceux qui cherchent des points sur lesquels on peut s’accorder.

 

La vérité est que les peuples du Moyen-Orient ont le même destin en partage. Nous sommes voués à être voisins. Nos avenirs respectifs sont inéluctablement liés, et aucune paix ne durera si elle omet de prendre en compte ce fait.

 

 

 

C’est vrai pour Israël comme ce l’est pour d’autres nations de la région. Nous avons édifié une puissante société démocratique et dynamique, dont nous pouvons être fiers sur beaucoup de points. Mais, malgré toutes les réussites du pays, notre nation lutte toujours pour obtenir le droit fondamental à une existence pacifique aux côtés de nos voisins de la région.

 

 

 

Trop souvent, les positions d’Israël ont été dénaturées, ou mal comprises. Il y a trop souvent eu un écart entre la perception et la réalité. Et les peuples du Moyen-Orient se sont trop rarement parlé directement, ouvertement et franchement, non pour s’efforcer de dénoncer le passé, mais pour tenter de partager la responsabilité de l’avenir.

 

 

 

C’est pourquoi je voudrais saisir cette opportunité de vous faire part, directement, de la vision des choses d’Israël et de ses préoccupations, de manière à ce que nous soyons en mesure d’entamer un véritable dialogue au bénéfice de toute la région.

 

 

 

Le but d’Israël était et demeure d’être une démocratie pacifique et un Etat juif, et de faire en sorte que ces valeurs s’expriment dans l’harmonie et non dans la contradiction. Ce sont ces valeurs-là qui nous amènent à adopter la perspective de deux patries, deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité, et à rechercher une véritable paix avec tous nos voisins.

 

 

 

Nous ne voulons pas du tout dominer la vie des Palestiniens. Des terroristes palestiniens ont pris pour cibles des Israéliens, et nous devons nous défendre contre eux, mais ils ont aussi causé une tragédie aux Palestiniens. Comme les récents événements de Gaza l’ont montré, les terroristes peuvent bien proclamer qu’ils ont fait avancer la cause des droits des Palestiniens, mais, en réalité, ils n’ont réussi qu’à la saper.

 

 

 

Israël a un intérêt concret, partagé par les modérés de toute la région, celui d’avoir un voisin stable, prospère et pacifique, qui se consacre à promouvoir un Etat palestinien, sans s’opposer à l’Etat juif. Comme nous l’avons démontré en nous désengageant de Gaza, Israël est prêt à prendre des mesures douloureuses pour promouvoir ce but. Mais nous avons besoin de savoir que nos partenaires sont, eux aussi, prêts à des compromis historiques, et que nos sacrifices amèneront une paix sûre et durable. Nous avons également besoin d’un horizon politique.

 

 

 

Le principe de deux patries pour deux peuples n’est pas nouveau. Et pourtant, sa signification très profonde n’est pas toujours perçue. La création d’Israël a fourni la réponse aux aspirations nationales historiques du peuple juif, à ceux vivant en Terre Sainte et à ceux n’y résidant pas, aux réfugiés qui fuyaient les horreurs de l’Holocauste et à ceux qui avaient quitté les pays arabes et autres, ou en avaient été expulsés.

 

 

 

Telle doit être aussi la véritable aspiration du futur Etat de Palestine : être la solution aux revendications nationales des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et à Gaza, de ceux qui vivent en Diaspora, de ceux qui languissent dans des camps de réfugiés, et de ceux qui bénéficient de l’égalité des droits en tant que citoyens d’autres Etats. La création de la Palestine elle-même doit constituer la réponse à l’exigence palestinienne d’un retour, qui ne doit pas rester une plaie ouverte entretenant l’activité du conflit.

 

 

 

Le principe selon lequel les deux Etats doivent vivre en paix et en sécurité est évident en soi. Le futur Etat de Palestine ne peut pas être un Etat terroriste. Ni les parties, ni la région ne peuvent se le permettre. Pour cette raison, la communauté internationale a insisté sur le fait que la voie vers un Etat palestinien passe par l’acceptation des principes du Quatuor, y compris le renoncement au terrorisme et la mise en œuvre des obligations de la Feuille de route. Tout futur règlement devra inclure les accords déjà conclus et des garanties de nature à assurer que la sécurité est effectivement préservée. Ce ne sont pas là des obstacles à la paix, mais des principes fondateurs de cette paix.

 

 

 

Israéliens et Palestiniens devront aussi parvenir à un accord sur une frontière commune, qui inclura des retraits territoriaux supplémentaires. Il en est qui croient que, si l’on pouvait ramener l’horloge du temps à 1967, tout serait réglé. Mais, en 1967, il n’y avait pas d’Etat palestinien, il n’y avait aucun lien entre la Cisjordanie et Gaza, et il n’y avait pas de sécurité. Une frontière internationale entre Israël et un Etat palestinien viable est une création nouvelle qui ne peut pas être imposée, mais doit être négociée conformément à la Résolution 242 du Conseil de Sécurité.

 

 

 

Je crois que ces principes de base expriment un intérêt commun, partagé par tous ceux qui encouragent une réconciliation israélo-palestinienne. Ils sont tout simplement en faveur de la paix.

 

 

 

Pour faire progresser ce processus, les Israéliens et les Palestiniens qui se conforment aux principes du Quartet ont la responsabilité de faire front commun, et de créer ensemble les conditions pour des négociations réussies.

 

 

 

Dans ce contexte, le Premier ministre Olmert et le Président Abbas ont accepté, parallèlement aux mesures indispensables pour améliorer la sécurité et la situation humanitaire, de s’engager dans de fréquentes discussions au contenu tangible sur la nature du futur Etat palestinien viable, qui sera partie prenante de tout accord potentiel. Ces conversations pourraient fournir aux deux parties l’horizon politique qu’elles recherchent et permettre de sortir de la méfiance et de l’insécurité qui ont caractérisé les relations israélo-palestiniennes durant si longtemps.

 

 

 

Puisqu’il n’y a pas de substitut à un dialogue israélo-palestinien direct, le rôle de soutien de la communauté internationale sera essentiel. Tous ceux qui soutiennent la cause de la paix doivent continuer de refuser tout compromis face aux extrémistes, se saisir du problème de l’incitation à la haine et à l’intolérance, tout en épaulant ceux qui sont vraiment engagés dans la voie de la coexistence. C’est seulement de cette manière que nous pouvons démontrer que seuls le dialogue et la reconnaissance mutuelle, et non la violence et le rejet, produiront des résultats.

 

 

 

Dans ce contexte, le rôle du monde arabe est capital. Nous avons fait fausse route, dans le passé, en n’impliquant pas suffisamment des acteurs régionaux constructifs dans l’aide au processus de réconciliation israélo-palestinienne.

 

 

 

Le tournant que constitue l’initiative arabe de paix offre précisément une telle opportunité d’un engagement régional positif. Si elle est utilisée correctement, elle peut servir non de diktat qui lie les mains aux parties qui négocient, mais de vecteur permettant à des Etats arabes de fournir appui et légitimité aux compromis consentis que devront faire Israéliens et Palestiniens pour tout futur accord négocié entre eux.

 

 

 

Les mondes arabe et musulman peuvent également jouer le rôle de catalyseur d’une réconciliation israélo-palestinienne, en promouvant des initiatives parallèles de réconciliation régionale, et en donnant à tous les peuples du Moyen-Orient des indications tangibles sur les avantages dont ils bénéficieront quand la région sera en paix. De cette manière, le principe de normalisation peut passer du statut de vague récompense offerte en fin de conflit, à celui de processus qui aide à opérer cette normalisation.

 

 

 

Il y a des signes encourageants en ce sens. La première rencontre historique entre Israël et des représentants de la Ligue Arabe, qui s’est tenue au Caire le mois dernier, pourrait être le signe annonciateur du début d’un processus de travail en commun pour soutenir la cause de la paix et créer le climat dans lequel ce processus pourrait s’enraciner.

 

 

 

Nous ne devons pas nous faire des illusions. Les ennemis de la coexistence, menés par leurs homologues d’Iran, du Hezbollah et du Hamas, feront tout ce qui est en leur pouvoir pour saboter la moindre perspective de paix. Ils sont déterminés à transformer des conflits de nature politique, susceptibles d’être résolus, en affrontements irréductibles de nature religieuse. S’ils y parviennent, un avenir de violence, de haine et de désespoir nous attend tous. Nous ne pouvons fermer les yeux sur les dangers qu’ils constituent, et nous ne parviendrons à la paix qu’en œuvrant ensemble à les vaincre.

 

 

 

Il ne suffit pas aux peuples du Moyen-Orient d’espérer tranquillement que les noirs desseins des extrémistes ne se réaliseront pas. Oui, il y a une alternative de paix. Elle nous offre à tous un avenir plus radieux, plus sûr et plus digne. Elle propose une autre réalité pour une région édifiée sur l’espoir plutôt que sur la peur. Mais les peuples du Moyen-Orient et leurs dirigeants doivent avoir la sagesse et le courage d’en faire le choix.

 


Note du traducteur
[1] En anglais, « zero-sum », littéralement, « total zéro », c’est-à-dire une situation où l’on ne fait pas le moindre compromis, où tout ce qui est gagné par l’un est considéré comme perdu pour l’autre, et où toute perte doit absolument être compensée par un bénéfice équivalent.

 

 

 

--

 

The Peace Alternative  - by Tzipi Livni
Asharq Alawsat - 18 June, 2007

 

Original en anglais, traduit de l'arabe

 

 

 

For too long, the Middle East has been governed by zero-sum logic. One side's loss was seen as the other's gain. This thinking has brought much suffering to our region. It has helped polarize each side's view of the other and hurt those seeking common ground.

 

The truth is that the peoples of the Middle East share the same fate. We are destined to be neighbors. Our futures are inevitably linked together.  And no peace will be lasting if it fails to take this fact into account.

 

 

 

This is as true for Israel as it is for other nations in the region. We have built a strong and dynamic democratic society that has much to be proud of. But for all of the country's achievements, we remain a nation struggling to realize our basic right to a peaceful existence side by side with our neighbors in the region.

 

 

 

Too often Israel 's positions have been misrepresented or misunderstood. Too often there has been a gap between perception and reality. And too rarely have the people of the Middle East spoken directly to each other, openly and honestly, not in an effort to lay blame for the past but in an attempt to share responsibility for the future.

 

 

 

I would like, therefore, to take this opportunity to share with you, directly, Israel 's vision and its concerns, so that we can begin a genuine dialogue for the benefit of the region as a whole.

 

Israel 's raison d'être was, and remains, to be a peaceful democratic and Jewish State - with these values existing in harmony and not in contradiction. It is these very values that lead us to embrace the vision of two homelands, two States - Israel and Palestine - living side by side in peace and security, and to pursue genuine peace with all our neighbors. 

 

 

 

We have no desire to control the lives of Palestinians. Palestinian terrorists have targeted Israelis, and we must defend ourselves against them, but they have also brought tragedy to Palestinians. As recent events in Gaza have shown, while the terrorists may claim to be advancing Palestinian rights, they have succeeded only in undermining them.

 

 

 

Israel has a vested interest, shared by moderates throughout the region, in the creation of a stable, prosperous and peaceful neighbor that is committed to advancing the Palestinian State , not opposing the Jewish one. As we demonstrated through the disengagement from Gaza, Israel is ready to take painful steps to advance this goal. But we need to know that our partners too are ready for historic compromise, and that our sacrifices will bring a secure and lasting peace. We too deserve a political horizon.

 

 

 

The principle of two homelands for two peoples is not new. And yet, its deeper meaning is not always appreciated. The establishment of Israel provided the answer to the historic national aspirations of the Jewish people, those living in the Holy Land and those outside it, those refugees fleeing the horrors of the Holocaust and those that left or were expelled from Arab and other lands.

 

 

 

This must also be the true calling of the future State of Palestine - to be the solution to the national claims of the Palestinian people, those in the West Bank and Gaza and those in the Diaspora, those languishing in refugee camps and those who enjoy equal rights as citizens in other States. The establishment of Palestine must itself constitute the answer to the Palestinian claim of return – it cannot remain as an open wound that keeps the conflict alive.

 

 

 

The principle that both States must live in peace and security is equally self-evident. The future State of Palestine must not be a terror State . Neither the parties, nor the region can afford it. For this reason, the international community has insisted that the path to Palestinian statehood goes through acceptance of the Quartet principles, including the renunciation of terror, and the implementation of Roadmap obligations. Any future settlement will need to include agreed arrangements and guarantees to ensure that security is effectively maintained. These are not obstacles to peace, but foundational principles for it.

 

 

 

Israelis and Palestinians will also need to reach agreement on a common boundary, that will include additional territorial withdrawal. There are those who believe that if only we could turn back the hands of time to 1967 all would be resolved. But, in 1967, there was no Palestinian State , there was no link between the West Bank and Gaza , and there was no security. An international boundary between Israel and a viable Palestinian State is a new creation that cannot be dictated but needs to be negotiated in accordance with Security Council Resolution 242.

 

 

 

I believe that these basic principles express a common interest shared by all those who support Israeli-Palestinian reconciliation. These principles are not pro-Israeli or pro-Palestinian. They are, simply, pro-peace.

 

 

 

To advance this process, Israelis and Palestinians committed to the Quartet principles have the responsibility to engage each other, face to face, and together create the conditions for successful negotiations.

 

 

 

In this context, Prime Minister Olmert and President Abbas have agreed that, alongside needed measures to improve the security and humanitarian situation, they will engage in frequent and substantive discussions on the nature of the future, viable Palestinian State that will be part of any prospective agreement. These talks could provide both sides with the political horizon they seek and offer a way out of the mistrust and insecurity that have characterized Israeli-Palestinian relations for far too long.

 

 

 

While there is no substitute for direct Israeli-Palestinian dialogue, the supporting role of the international community will be essential. All those who support the cause of peace need to maintain an uncompromising stand against the extremists, tackle incitement and intolerance, while strengthening those truly committed to co-existence. Only in this way can we demonstrate that it is dialogue and mutual recognition not violence and rejection which produce results.

 

 

 

The role of the Arab world in this context is critical. We have erred in the past by not sufficiently involving constructive regional actors in assisting the process of Israeli-Palestinian peace-making.

 

The landmark Arab peace initiative presents just such an opportunity for positive regional engagement. If used correctly, it can serve not as a dictate that ties the hands of the negotiating parties, but as a vehicle for Arab States to provide support and legitimacy for the agreed compromises that both Israelis and Palestinians will need to make as part of any future agreement negotiated between them.

 

 

 

The Arab and Muslim world can also act as a catalyst for Israeli-Palestinian reconciliation by advancing parallel steps towards regional reconciliation and giving all peoples of the Middle East tangible indications of the benefits they will enjoy when the region is at peace. In this way, the principle of normalization can be transformed from a vague reward offered at the end of the conflict into a concrete process that helps bring it about.

 

 

 

There are some encouraging signs that we are moving in this direction. The first historic meeting between Israel and representatives of the Arab League, held in Cairo last month, could signal the beginning of a process of working together to support the cause of peace, and creating the climate in which it can take root.

 

 

 

We should have no illusions. The enemies of co-existence, headed by the likes of Iran , Hezbollah and Hamas will do all in their power to sabotage any prospect for peace. They are determined to transform conflicts that are political and resolvable into ones that are religious and irreconcilable. If they succeed, they promise a future of violence, hatred and despair for us all. We cannot close our eyes to the dangers they pose and we will not reach peace unless we work together to overcome them.

 

 

 

It is not enough for the people of the Middle East to quietly hope that the dark designs of the extremists will not materialize. Yes, there is a peace alternative. It offers a brighter, more secure and more dignified future for us all. It offers an alternative reality for a region built on hope rather than fear. But the people of the Middle East , and their leaders, must have the wisdom and the courage to choose it.

 

 

 

*The writer is Vice Prime-Minister and Minister of Foreign Affairs of Israel

 

 

 

The article in Arabic can be found on the Asharq Alawsat website at:

 

www.asharqalawsat.com/leader.asp?section=3&article=424203&issue=10429

 

 

 

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