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lundi, 09 juillet 2007

Le dialogue inter-libanais de la Celle St Cloud

Le dialogue inter- libanais de La Celle St Cloud, ou quand la politique new look du Quai d’Orsay déroule ses tapis persans

 Marc Brzustowski, le 8 juillet 2007

Depuis la fin du mois de mai dernier, les initiatives diplomatiques françaises n’ont eu de cesse de dérouler des tapis rouges sous les pieds du Hezbollah, dans sa longue marche vers la conquête du pouvoir à Beyrouth. Le nouveau Ministère des Affaires étrangères sous la direction de Bernard Kouchner n’a fait que répondre avec toujours plus de déférence aux ultimatums de l’opposition libanaise pro-syrienne dont le « Parti de Dieu » est le fer de lance. Les discussions inter- libanaises du Château de la Celle St Cloud apparaissent comme le moment d’apogée dans cette reconnaissance officielle de l’utilisation au forcing du terrorisme comme mode de consécration légitime en diplomatie :

 

Depuis quelques temps, en effet, le Président Michel Lahoud tempête et menace : si une solution n’était pas trouvée à la crise libanaise, le 15 juillet, il autoriserait cette opposition pro-irano-syrienne menée par la milice shi’ite, avec le concours du groupe Amal de Nabih Berri, mais aussi les Chrétiens de Michel Aoun, à constituer un « gouvernement bis », parallèle à celui de Fouad Siniora, regroupant Sunnites, Druzes et Chrétiens maronites. Le 15 juillet coïncide également avec la mise en œuvre par le Conseil de Sécurité de l’ONU, d’une nouvelle étape vers le Tribunal International devant déterminer les responsabilités dans l’assassinat de Rafic Hariri. Autant dire que, pour Damas, il s’agit d’une date-butoir, à partir de laquelle tous les coups seront permis. C’est donc sur cette journée-charnière que la politique étrangère française s’est alignée et calée pour résoudre, d’un coup d’un seul, tous les défis qui pavent le chemin de Damas, clé de résolution de la crise libanaise…

 

Le seul risque de « rupture » qu’encoure la diplomatie française avec son passé, est celui qui menace la chaîne de décision et les rapports de forces dans le Liban sous tutelles concurrentes et impitoyables : les Forces libanaises, composées à 40% d’officiers shi’ites, pourraient adopter une prudente neutralité, laissant alors grand ouvert le portail vers l’accession au pouvoir des plus déterminés, après une période, plus ou moins longue, de guerre civile.

 

Le Hezbollah s’y prépare ardemment, si l’on en croit la presse arabe et iranienne synthétisée par MEMRI (http://memri.org/bin/latestnews.cgi?ID=SD164807). Elle surentraîne ses séides dans la plaine de la Beqaa et envoie sans discontinuer les plus affûtés d’entre eux parfaire leur formation en guérilla dans les camps de la Force Quds en Iran, dont les officiers sont les spécialistes du lavage de cerveaux, étape élémentaire pour la mise au point des bombes humaines.

 

La montée des marches au pas cadensé des menaces et du crime :

 

Si l’on suit, page après page, l’agenda observé par le Quai d’Orsay, depuis cette période, l’opposition pro-syrienne a obtenu la part belle dans cette écoute attentive des revendications du camp anti-occidental libanais :

 

•         le lundi 28 mai, le Général Michel Aoun, était reçu durant 45 minutes par Bernard Kouchner.. Il passait à Paris pour présenter et signer son livre : « Général Aoun, une certaine vision du Liban », écrit par Frédéric Domont, correspondant de RFI au Liban. Le 31 mai, Aoun était présent au Palais des Congrès de Paris, pour un rassemblement avec ses partisans en France.

•         Le lendemain de sa visite au nouveau Ministre des Affaires étrangères, le, 29 mai, ce dernier recevait une autre demande expresse du député du Hezbollah de Bint Jbeil (fief hezbollahni du Sud-Liban, théâtre central durant la dernière guerre avec Israël), Hassan (Sayed Mohammed Hussein) Fadlallah. Lui aussi souhaitait « discuter avec les autorités » françaises des « issues possibles » à la crise inter- libanaise. Inutile de préciser que le Quai s’empressa de lui retourner un avis favorable. Ce n’était, à peine deux jours plus tard, que pour mieux pousser son fameux cri de guerre : « mort à l’Amérique », à Berne, devant le très attentif ambassadeur suisse, intrigué par le sens de cette rhétorique. Evidemment, avec ce petit rien de bonnes manières châtiées que lui enseignent ses invites renouvelées sous les ores des différents ministères et ambassades :

 

« Les États-Unis jouent un rôle dommageable au Liban, en faisant la <I style="mso-bidi-font-style: normal">promotion du chaos et de la discorde et ainsi limitent les solutions potentielles », -avait-t-il alors déclaré, riant déjà sous djellabah-, suite à une réunion avec l'ambassadeur suisse François Barras avec lequel il avait discuté des dernières évolutions de la scène politique libanaise et de l'initiative de Berne pour promouvoir un dialogue entre les Libanais » (Libnanews, 31 mai 2007)

 

Un premier projet visant à organiser le dialogue inter- libanais, accueilli à la Celle Saint-Cloud, voit le jour : il est d’abord fixé entre le 29 juin et le 1er juillet. Mais, quelques jours après cette annonce, Damas impose sa marque à cette initiative : elle se solde, le 13 juin par une fin de non-recevoir : l’assassinat du député anti-syrien Walid Eido. Paris affiche alors le sentiment de comprendre, une première fois, qu’il peut recevoir et rassembler sous ses bons offices, tous les dialogues et tous les intermédiaires qu’il voudra. Les « Parrains » iraniens et syriens ne manqueront pas de répondre à sa généreuse sollicitude, pour pousser vers une résolution qui ne puisse qu’être conforme à leur propre vision de l’avenir du Liban. Si l’on a bien entendu Fadlallah, ceux qui font la promotion du chaos ne peuvent être les voisins bienveillants de ce pays du Cèdre, souverain et indépendant. Mais par là, il annonçait un autre projet parallèle : celui de faire du Liban un nouvel Irak à gérer pour les Occidentaux, la France aux premières loges...

 

Cette fois, Paris annule (en fait, reporte) tout. Jean-Claude Cousseran, prévu pour être sur le départ vers Damas, fait ses valises diplomatiques pour Paris. Au préalable, il devait rencontrer le vice-président Farouk Chareh et le ministre des Affaires étrangères Walid Al Moallem, pour s’entretenir avec eux de la situation au Liban. Il n’en sera rien.

 

On s’est alors interrogé sur les motivations de ce changement de programme. En l’absence de réponse claire, on pouvait émettre des hypothèses. Parmi celles-ci, certains ont estimé que « la diplomatie française » avait signé « <I style="mso-bidi-font-style: normal">son premier échec sous l’ère Sarkozy ». D’autres ont évoqué « une prudence sur- mesurée qui a poussé Paris à renoncer à sa médiation, <I style="mso-bidi-font-style: normal">de peur d’un échec ».

 

Reste la dernière hypothèse, la plus probable : les rapports des services de renseignements et des diplomates convergent vers un seul constat : « <I style="mso-bidi-font-style: normal">la Syrie joue son va-tout et ne permettra pas au Libanais de se réconcilier ». D’où les événements de Nahr El-Bared ; d’où aussi les renforts des positions des factions palestiniennes liées à Damas ; d’où également le coup d’Etat du Hamas à Gaza (avec toutes ses retombées sur l’ensemble de la région) ; et d’où la poursuite des assassinats au Liban. Ces rapports, désormais entre les mains de toutes les chancelleries, devant le Conseil de sécurité de l’ONU et devant la Ligue arabe, condamnent la Syrie et attestent de sa détermination à mettre en échec toute médiation inter- libanaise. D’où l’annulation de la conférence de Paris. La décision a été prise, soulignons-le, après une rencontre tenue au Maroc entre Cousseran et le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud Al-Fayçal.

 

Quant à l’annulation de la visite de Cousseran à Damas, l’hypothèse la plus probable porte sur « <I style="mso-bidi-font-style: normal">le refus de la France de se faire humilier gratuitement par la Syrie ».

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Dans la même veine, Albert Soued écrivait, le jour même de l’assassinat de Walid Eido, ce texte envoyé à plus de 2000 correspondants :

 

« Sous l'influence du quai d'Orsay, le trio Sarkosy-Fillon-Kouchner vient de commettre sa première bévue au Moyen Orient. Dans sa grande générosité, il a invité un groupe terroriste à une réunion sur le Liban à Paris. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Au bout de 48 h un attentat à Beyrouth du type "Hariri" a fauché une dizaine de vies, dont celle du député anti-syrien Walid Eido et son fils. Le trio Iran-Syrie-Hezbollah (Iran commanditaire, Syrie commandité, Hezbollah petite main) poursuit ses éliminations ciblées, après une trêve. Son but est d'obtenir au parlement libanais le quorum pour bloquer les décisions prises à l'encontre de la Syrie et refaire du Liban un satellite de fait. Le trio infernal n'a pas trouvé mieux comme solution que d'éliminer physiquement et progressivement le groupe anti-syrien au Parlement, le groupe du 14 mars. (1)- Le quai d'Orsay lui a donné le feu vert.

C'est ce qu'on appelle le changement dans la continuité. »

 

Albert Soued- 13/06/07

(1) déjà 3 assassinats, il ne reste plus que 2 autres députés à assassiner, pour réduire le nombre de la majorité anti-syrienne à 65 députés et la rendre impuissante.

 

Suite à cette interprétation par Albert Soued du message de Damas, on aurait pu croire qu'il y aurait une inclination gouvernementale à détecter lucidement le genre de "diplomatie" terroriste à laquelle se heurte en dansant la St Guy, cette politique étrangère faite d'amnistie, d'amnésie d'une fois sur l'autre, d'apeasement et disons-le, de diplomatie du Turban à l'égard des Mollahs. L’avertissement damascène n’a collé au palais de la chancellerie que le temps d’une quinzaine de jours, avant qu’elle ne reprenne langue et se lance à nouveau dans la belle ouvrage. La voilà persuadée réussir, cette fois, sa broderie, avec un peu de persévérance et de sens de la persuasion. Bernard Kouchner se changerait en animateur bienveillant des sessions d’entretiens entre les 14 différents partis, à l’issue duquel brain storming, toutes les menaces fratricides se lèveraient pour que sous les lampions du 14 juillet des solutions inouïes commencent enfin à poindre. Le French Doctor ferait aux différentes familles libanaises irréconciliables, le coup des « Etats Généraux » ou conférences de consensus qui ont tant réussi à son ancienne égérie, Ségolène Royale ; et, de jury en jury, pas à pas, la loi et l’ordre juste, le sens du compromis reprendraient leurs droits au Liban. Exit, les dates-butoirs et tous ces ultimatum qui ne sont qu’autant de barrières psychologiques limitant l’innovation à la Française, la dynamique de groupes spontanée des Libanais  !

 

Tout le monde a intérêt, au Liban en particulier, à faire comme si. Le Hezbollah fait en sorte d'être considéré comme incontournable, apparemment "pacifié", mais réarme à tout-va, joue parfaitement, sur le plan politique, son rôle de "minorité de blocage", lorsqu'à chaque proposition, un incident survient, dans lequel, bien entendu, il ne se trouve être absolument pour rien! On aura entretemps inventé d'autres milices pour faire le sale boulot à sa place. Parfois Assad s'en mêle directement. Comme cette annonce (http://lebnanews.com/Newlib/content/view/543/32/) qui n’a effarouché personne, parmi les invités au bal de la République, que l’armée syrienne s’enfonçait dans une bande de 3 kms à l’intérieur de la Beqaa, confisquée au Liban souverain. Et ça marche! Personne ne bronche! Ni Ban Ki Moon, ni Kouchner, ni Rice, ni personne !

 

Suite aux infos de Lebnanews, il n'y a eu à cette heure, aucune réaction sensée quant à ce qui constituerait une violation de souveraineté, une provocation ouverte de la part de la Syrie. Nouvel ultimatum, qui, si le Liban avait jamais été souverai, aurait valu Casus beli.

 

Le matin du 8 juillet encore, Dennis Ross, ex-médiateur d'Oslo envisageait la possibilité d'une guerre entre Israël et la Syrie (Ynet).

 

Israël est trop fréquemment aux abonnés absents pour cause de crise de leadership, mais se sait à deux doigts de la guerre à l’une ou plusieurs de ses frontières en même temps. Nos institutions Juives ont du mal à se positionner s’il s’agit d’un Etat supposé être protégé par la France. Elles "déploreront" la présence du Hezbollah et demeureront dans le flou "diplomatiquement correct" ; pendant ce temps, tranquillement, les Etats-voyous prennent leurs marques et imposent leur cadence. Le "loup" est depuis longtemps au milieu de la bergerie, mais attendons qu'il nous envoie une invitation au festin en bonne et due forme! Sans réaction appropriée d'aucune sorte. "Wait and See"! Nous vivons dans la bulle d'illusion qu'en France, un vent de réforme soufflerait favorablement pour tenir plus solidement les rênes que par le passé, avoir la franchise de ses "convictions". Nicolas Sarkozy, bien avant que d’annoncer sa candidature, n’avait-il pas été beaucoup plus franc, beaucoup plus loin encore qu’un Jacques Chirac inhabituellement sévère, ce 14 juillet 2006, à l’encontre du Hezbollah « irresponsable », que son dauphin n’hésitait pas à traiter de « Terroriste », l’appelant, pour une fois, par son nom. Mais c’était avant, à une époque où il était encore question qu’on ne nous « mentirait pas », qu'on ne "nous décevrait pas" !

 

Il serait temps que nous décillions les yeux. Si nous ne nous faisons pas un peu violence, qui le fera? Eux, assurément

09:05 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

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