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mercredi, 08 août 2007

Hommage à un guetteur de "la lumière de l'origine"

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 Publié le 07 août 2007

Par Maurice-Ruben Hayoun, philosophe et écrivain.

 

La disparition du cardinal Jean-Marie (né Aaron) Lustiger, ancien archevêque de Paris, ne laissera personne indifférent. Que l'on ait approuvé ou, au contraire, condamné son itinéraire spirituel, cet homme, animé d'une foi absolument sincère, méritait notre respect.

 

Il avait publié dans les derniers mois de 2005, dans les colonnes du journal Le Monde, un texte inspiré, animé d'un souffle quasi prophétique et marqué du sceau d'une invincible sincérité. Voici un homme qui, après une vie active si riche, se souvient de sa double fidélité : celle qu'il doit au judaïsme de ses parents, ainsi qu'à son propre judaïsme, et celle qui le lie au catholicisme qu'il a embrassé à l'âge de 14 ans, à une époque troublée, lorsqu'il fut confronté à un néant intérieur d'où une voix lui prescrivit le chemin à suivre...

 

Dès l'introduction, le cardinal rappelle le chemin parcouru en un demi-siècle, tournant le dos à près de deux millénaires d'incompréhension, de persécutions et de conflits. Une vibrante allusion est faite à la visite historique du pape Benoît XVI à la synagogue de Cologne où le Souverain Pontife a exhorté juifs et chrétiens à faire preuve d'audace et à resserrer encore plus leurs liens.

 

 

 

Cette mention du rapprochement entre juifs et chrétiens lui inspire une réflexion extrêmement pertinente sur la notion du judéo-christianisme et de valeurs judéo-chrétiennes, où l'on veut généralement percevoir des contraintes, des restrictions ou des complications : cette mise au point s'imposait, car si les moeurs de nos sociétés en perpétuelle mutation évoluent sans discernement véritable, il est incontestable que la vraie « constitution » de l'Europe - je parle de constitution éthique - est la Bible, la charte du judéo-christianisme.

 

Le cardinal relève que même des observateurs extérieurs et généralement peu favorables aux juifs et aux chrétiens les unissent et les citent ensemble, ce qui prouve qu'il existe entre eux plus qu'une simple connivence, une véritable communauté de destin, une Schicksalsgemeinschaft.

 

Ce fait induit deux choses : juifs et chrétiens portent ensemble une responsabilité commune vis-à-vis de l'humanité, juifs et chrétiens sont les héritiers de la révélation biblique. Cette action commune constitue le voeu le plus fervent et le plus cher du cardinal, qui parle d'abord de rencontre, ensuite de réconciliation et, pour finir, de retrouvailles. Sous la plume ou dans la bouche d'un prince de l'Église, cette gradation n'est pas le fruit d'un pur hasard ni la conséquence d'une émotivité mal contrôlée, c'est la manifestation d'un objectif sacré.

 

Dans ces retrouvailles, le cardinal voit aussi une réponse possible à la mondialisation qui se profile avec insistance sur l'ensemble de la population du globe. Deux religions que l'histoire a si longtemps séparées, pourront-elles, un jour, s'unir pour contribuer au rassemblement des cultures et des religions ? On le voit, le cardinal a le mérite d'éviter les poncifs à la mode et n'évoque pas le « dialogue des cultures », mais leur rassemblement...

 

 

 

Juifs et chrétiens doivent expliquer à l'humanité son monogénisme, c'est-à-dire qu'elle est une, issue d'un homme unique et obéissant à un Dieu un. Les prophètes, les envoyés du Seigneur, doivent, selon la belle formule du cardinal, guetter la lumière de l'origine, non l'imposer.

 

C'est saluer la vigilance et la lucidité des prophètes d'Israël qui proclamèrent la vocation universelle de leur peuple : n'est-ce pas ce qui est confié à Jérémie qui ne doit pas limiter sa pratique visionnaire à la tribu de Jacob mais en faire bénéficier tous les peuples ? Telle est bien l'expression de l'espérance juive pour le monde...

 

Ce monde qui n'était pas constitué des seuls juifs mais aussi de nombreux païens que l'Église a attirés vers elle au point de devoir unifier en son sein deux rameaux assez distincts : le judéo-christianisme, d'une part, et le pagano-christianisme, d'autre part. Cet afflux massif n'a pas manqué de heurter le judaïsme des premiers siècles chrétiens. Car, on l'oublie souvent, les apôtres étaient des juifs, et le verset des Évangiles qui parle des racines et des branches fait allusion à ce qui allait se muer en un divorce bimillénaire.

 

Qu'allons nous faire, demande le cardinal ? Il lancera un appel à l'unité, une unité à ne pas confondre avec l'unification religieuse, synonyme de prosélytisme.

 

Ces développements du cardinal Lustiger ne manquent pas de nous interpeller car ils nous confrontent à ce face-à-face permanent entre juifs et chrétiens, séparés depuis deux mille ans et pourtant condamnés à vivre ensemble.

 

En nous communiquant ces réflexions qui le touchent au plus intime de son être de juif et de chrétien, le cardinal nous dévoile une âme ou une sensibilité presque mystique. Pour reprendre une boutade de Jacques Derrida qui parlait alors du Talmud, le cardinal ne connaît probablement pas la kabbale mais « celle-ci s'y connaît en lui ».

10:00 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

LA LUMIERE DE L 'ORIGINE est un livre de poésie!L'auteur est le poète juif Alain SUIED...

Écrit par : jacques touati | mercredi, 08 août 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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