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jeudi, 09 août 2007

MEMOIRE /Par Diego MELCHIOR




Aujourd’hui 12 juillet 2006, nous pouvons fêter le centenaire de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus condamné à la dégradation et à la déportation à l’île du Diable en décembre 1894. En effet, le 12 juillet 1906, la Cour de cassation annule le verdict de Rennes et reconnaît l’innocence de Dreyfus qui est réintégré dans l’armée, puis décoré des insignes de la Légion d’Honneur. Le 12 Juillet 1906 aurait pu signer le retour du respect des Juifs et la fin de l’antisémitisme en France pour tout le XXe siècle, mais l’Histoire nous a prouvé le contraire. Entre 1906 et 2006, la question juive a toujours été d’actualité en France. Il semble bien que l’antisémitisme soit une de ces composantes dont la société française ne puisse pas se débarrasser. 100 ans après la réhabilitation de Dreyfus, l’antisémitisme est toujours présent. En France, l’antisémitisme a ses particularités. Il a été nourri directement par le nationalisme qui ne voyait l’unification de la nation française que par l’élimination des autres communautés et indirectement par l’universalisme républicain qui par souci d’égalité a toujours refusé d’accepter la spécificité de la communauté juive. L’entre deux pour les religions tant demandé par les intellectuels de la revue Esprit, par exemple, n’a jamais été de mise en France. Le pays a toujours été dans le rejet massif des religions que se soit au nom du nationalisme ou de l’universalisme. Mais revenons sur 100 ans d’antisémitisme en France.


1906-1940 : la maturation antisémite.

En 1906, l’antisémitisme en France résulte de la convergence de trois courants : le courant antisémite catholique, le courant antisémite nationaliste et le courant antisémite anticapitaliste. Le premier est hérité du Moyen Age, il a évolué de l’antijudaïsme à l’antisémitisme. À partir de 1880, les Catholiques qui refusent la République dénoncent un soi-disant complot Juif au sommet de l’Etat. La rhétorique de cet antisémitisme puise dans les écrits contre-révolutionnaires d’illuminés comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald. L’antisémitisme nationaliste s’inspire des écrits venant d’Allemagne comme ceux de Wilhelm Marr qui opposent une civilisation aryenne à une civilisation sémite ; en France, on a opposé une race juive à une race franque… L’antisémitisme anticapitaliste est divers : on retrouve cette idée que le capitaliste est forcément Juif chez des fouriéristes comme Toussenel et chez Proudhon. C’est à travers la symbolique du banquier Juif qu’une partie de la gauche anticapitaliste, même si elle est minoritaire, justifie la lutte contre les Juifs au nom de la lutte contre le grand capital. Ces courants au début du XXe siècle forge l’antisémitisme français. Entre 1906 et 1939, ce sera finalement la composante nationaliste anticapitaliste qui prendra le dessus.

Même si l’antisémitisme semble être maîtrisé par la IIIe République jusqu’en 1939, les ligues et le fascisme naissant porte en eux l’antisémitisme qui sera institutionnalisé sous Vichy. En 1934, l’affaire Stavisky provoque une forte poussé antisémite en France heureusement arrêtée par une mobilisation antifasciste socialiste et communiste qui portera au pouvoir en 1936 le Front Populaire avec à sa tête Léon Blum. Mais l’arrivée à la présidence du Conseil du socialiste  de confession israélite relance l’antisémitisme en France tandis qu’en Allemagne, Hitler est au pouvoir depuis 1933 et provoque en 1938, la « Nuit de cristal » qui ne manquera pas d’inspirer plus tard les tortionnaires de Vichy. Lorsque la France perd la guerre en 1940, la IIIe République laisse place à l’Etat français collaborationniste qui pratique l’antisémitisme de fait.

1940-1944 : la France complice de l’antisémitisme nazi.

Jamais avant 1940, on aurait pu croire que la patrie des Droits de l’Homme cautionnerait les actes antisémites des nazis jusqu’à en perpétrer elle-même. L’antisémitisme sous Vichy est institutionnalisé avec le premier « statut des Juifs » du 3 octobre 1940. Le 18 octobre, c’est « l’aryanisation » des entreprises appartenant aux Juifs. Le 21 octobre, l’Etat français révoque les enseignants Juifs. Le 2 juin 1941 le second « statut des Juifs » signe la collaboration totale de la France occupée avec l’occupant nazi. Le 29 mai 1942, les Juifs sont obligés de porter l’étoile jaune en zone nord. Les 16 et 17 juillet, 13 000 Juifs parisiens sont arrêtés par la police française sur ordre de Vichy et incarcérés au camp de Drancy avant d’être déporté dans les camps de la mort ; c’est la rafle du Vel’d’Hiv’. L’antisémitisme de Vichy se termine par trois faits : obligation d’apposer la mention « Juif » sur toutes les pièces d’identité le 11 décembre 1942, grandes rafles des Juifs de Marseille et de Nice en 1943 et liquidation du groupe Manouchian en février 1944 présentant les résistants comme des Juifs étrangers. L’épisode vichyste a consacré la présence de l’antisémitisme de la société française en exacerbant le nationalisme.

1944-1972 : un antisémitisme français en sommeil.

Après l’Holocauste, les nations décident de lutter efficacement contre l’antisémitisme. Du 30 juillet au 5 août 1947 se tient la conférence de Seelisberg où des Catholiques, des Protestants et des Juifs adopte une charte de lutte contre l’antisémitisme. Malheureusement, en 1951, en France, une loi d’amnistie en faveur des anciens collaborateurs est votée tandis qu’à partir de 1954, Pierre Mendès France, président du Conseil, est calomnié par la droite et l’extrême-droite. On constate une résurgence de l’antisémitisme sur tout le territoire. À partir de 1967, la question juive et l’antisémitisme viennent à être lié au sort d’Israël. On accuse le peuple Juif d’être « dominateur » à la suite de la guerre des Six-Jours. Néanmoins, l’antisémitisme français semble être en sommeil ce qui permet au Parlement, en 1972, d’adopter à la quasi-unanimité une loi condamnant l’antisémitisme et toute les formes de racisme, ce qui enclenche un début de jurisprudence en ce qui concerne les actes racistes et les discriminations.

1972-1990 : l’antisémitisme de retour avec le fascisme politique.

La fin des Trente Glorieuses nourrit un certain mal aise social en France qui, avec la renaissance des courants d’extrême-droite, entraîne la réapparition de l’antisémitisme couplé au négationnisme. En mars 1979, se déclenche une vague d’attentats antisémites contre le Foyer Médicis, des synagogues et des cimetières juifs. Le 3 octobre 1980, un attentat devant la synagogue de la rue Copernic à Paris fait quatre mort et vingt blessés. Le 9 août 1982, l’attentat antisémite contre le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers à Paris, fait six morts et vingt deux-deux blessés. En 1987, Klaus Barby est condamné à la réclusion à perpétuité pour crime contre l’humanité. La même année, en septembre, Jean-Marie Le Pen qualifie de « détail » l’existence de chambre à gaz dans les camps d’extermination nazis. En mai 1990, la profanation de tombes juives dans le cimetière de Carpentras soulève l’indignation. Les auteurs, des skinheads, ne seront arrêtés et jugés qu’en 1997. Entre 1980 à 1992, on recense alors : 317 agressions antisémites, 1669 menaces ou actions injurieuses, environ 387 attentats et on compte, entre 1987 et 1992, 10 profanations de cimetière. La France, à la fin du XXe siècle, n’est toujours pas sorti de l’antisémitisme ambiant.

1990-2006 : l’antisémitisme contemporain.

Les seize dernières années n’ont pas vu la disparition de l’antisémitisme latent qui règne depuis 1906 en France. Cependant, l’antisémitisme reste désorganisé. Les courants antisémites anticapitalistes et catholiques ont disparu, seuls persistent les courants néo-nazi d’extrême-droite et islamique cautionné par les fondamentalistes. Une partie de la gauche, parce qu’elle se déclare anti-sioniste et soutient fermement le peuple palestinien, a tout de même franchi la limite en basculant dans l’antisémitisme ; ils sont aujourd’hui bien peu tel Maurice Rajfus à avoir réussi à faire la différence jusqu’au bout. L’extrême-droite est de plus en plus forte dans le paysage politique français et les ressentiments à l’égard d’Israël sont de plus en plus vifs, notamment depuis 2003 à cause du soutien d’Israël à la Guerre en Irak.

Aujourd’hui, le nationalisme traditionnel existe toujours et nourrit l’antisémitisme. L’intolérance islamique a remplacé l’intolérance catholique d’autrefois, cependant l’antisémitisme religieux reste minoritaire chez les musulmans. L’antisémitisme anticapitaliste a été remplacé à gauche par un antisioniste frôlant dans de nombreux cas la haine des juifs accusés de servir l’impérialisme américain.


La question juive reste donc toujours d’actualité et l’antisémitisme n’a pas disparu même s’il a pris de nouvelles formes. Encore et toujours donc la vigilance doit être de mise. Il ne s’agit pas de tomber dans la paranoïa et de favoriser le repli des juifs sur eux-mêmes afin de mieux les protéger, mais des rester vigilant en luttant au quotidien contre l’antisémitisme pour que des événements tels que l’affaire Dreyfus ou la Shoah ne puissent plus jamais se reproduire.

Diego MELCHIOR
http://diego.melchior.over-blog.com/archive-07-12-2006.html
 

09:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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