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dimanche, 12 août 2007

Tour du Golan et notes stratégiques

Tour du Golan et notes stratégiques (1ère partie) (info # 011108/7)[Analyse]

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

 

Hier, vendredi, ce fut mon tour d’aller prendre l’ambiance dans le Golan et d’inspecter le niveau de déploiement des deux armées se faisant face. Jean Tsadik avait certes déjà effectué cette reconnaissance la semaine dernière, mais deux opinions valant toujours mieux qu’une, j’y suis allé jeter un coup d’œil, en empruntant un itinéraire différent du sien. N’allez surtout pas imaginer une expédition au Pôle Nord ou une traversé du désert de Gobi, le plateau du Golan se situant à une demi heure de voiture de nos bureaux.  

 

Partant de Kiriat-Shmona, dès qu’on dépasse le "Carrefour du tank" – l’endroit le plus avancé jamais atteint par un char syrien – la route s’élève rapidement et devient méandreuse. Des deux côtés de la voie, des concentrations d’Eucalyptus désignent l’emplacement des camps des soldats de Hafez Al Assad à l’aube de la Guerre des Six jours, au printemps 1967.

 

C’est le maître espion Elie Cohen, pendu sur la place publique à Damas, qui avait persuadé l’état-major ennemi de planter ces grands arbres autour des places fortes, pour "donner de l’ombre à la troupe". En conquérant les pentes de la montagne, on reste étonné du contraste de ces taches vertes sur le paysage ocre qui prévaut ; on évalue, une fois de plus, la position archi-dominante qu’occupaient les Syriens, en observant, dans la vallée et à un jet de pierre, toutes nos agglomérations, le Kibboutz de Daphna, celui de Shamir, et, plus au Nord, mon village de Metula ; et on se dit que la junte alaouite était fort naïve de planter ces arbres, ou que Cohen sut se montrer extrêmement convainquant. Toujours est-il que ces mini-forêts avaient fait du repérage aérien un jeu d’enfant et aussi, que sans le trait de génie d’Elie Cohen, les positions adverses auraient été terriblement difficiles à identifier, tant le versant occidental, abrupte et accidenté, se prête au camouflage.

 

Je tourne à droite après les ruines de Banias, une ville sur la voie des épices et de la soie, qui égalait Jérusalem, à certaines périodes, par sa taille et sa richesse, je choisis de suivre la route de service de l’oléoduc de l’Aramco, baptisé le Tapline. Ce pipeline, inauguré en 1950, acheminait le brut du nord de l’Arabie Saoudite et de Bahreïn jusqu’au port libanais de Sidon. Il transitait par la face ouest du Golan, à quelques kilomètres de la frontière israélienne d’alors. L’écoulement de l’or noir ne fut pas interrompu par la guerre de 67, du moins pas jusqu’au jour où un tracteur israélien sectionna (plus ou moins) accidentellement la conduite. S’ensuivirent des négociations délicates, qui aboutirent à la remise en état de l’oléoduc, qui transporta du pétrole saoudien sur un territoire contrôlé par Israël jusqu’en 1975 environ. Dès cette époque, les supertankers constituèrent une alternative de transport plus avantageuse et le Tapline se tarit.

 

La route de service n’est pas entretenue mais elle demeure carrossable avec précaution. Elle traverse d’anciens camps syriens ainsi qu’un nouveau lotissement de villas israéliennes. Parfois, des troupeaux entiers de biches s’aventurent à proximité de la voiture, finissant de donner à ce lieu d’exception un caractère magique.

 

Je rejoins la nationale et mets le cap au Nord. Ce qui m’intéresse, c’est le niveau d’activité prévalant dans la région de la route de Damas. Situation cocasse : les milliers de touristes qui utilisent la voie principale menant de Boukata (village druze du nord-Golan) au sud du plateau, ne peuvent pas imaginer qu’ils viennent de couper l’artère la plus stratégique du différend israélo-syrien. Il faut dire que la route de Damas n’est pas signalisée et qu’elle ne paie pas de mine. Grise, large, criblée de petits cratères, elle s’enfonce, droite comme un règle à calcul, direction nord-ouest.

 

La route de Damas est censée se trouver en terrain militaire interdit. Toutefois, des agriculteurs druzes la pratiquent régulièrement pour se rendre à leurs vergers. Si l’on fait fi des interdictions et du danger de se trouver sur le premier axe qui sera assurément bombardé en cas de reprise du conflit, on peut avancer de cinq kilomètres environ, dans un paysage devenant de plus en plus désert et sous une tension de plus en plus palpable. Mais aucun soldat n’est visible. Ceux-ci me regardent depuis les collines – d’anciens volcans éteints, de 50 à 300 mètres d’élévation, qui parsèment le plateau du Golan – et que Tsahal a puissamment fortifiées.

 

Par temps calme, la plupart de ces positions sont laissées en jachère ; ces jours, elles sont occupées. C’est le signe le plus évident du niveau d’alerte de l’armée israélienne.

 

Au bout de la route de Damas, juste avant d’arriver en Syrie, un barrage antichar coupe l’horizon. Il est constitué d’énormes blocs de basalte inertes, ne laissant un passage que pour un véhicule à la fois. En cas d’alerte, des bulldozers poussent les rochers sur la chaussée, qui devient ainsi infranchissable. Lorsqu’on a passé ce dernier rempart – ce que je déconseille vivement à nos lecteurs -, on se trouve devant une brève descente, puis la zone de séparation, contrôlée par l’ONU, qui ne dépasse pas ici une trentaine de mètres et où les casques bleus n’assurent pas de présence permanente.

 

En face, de l’autre côté du chemin des patrouilles, la ville de "La Nouvelle Kuneïtra", que les Al Assad ont construite pour remplacer l’ancienne, à 8 kilomètres au Sud, occupée et détruite par les Israéliens en 67. C’est le seul endroit sur la frontière où les intrépides et les désobéissants peuvent apercevoir l’intérieur d’une cité syrienne.

 

Une grande mosquée sur la droite. Une jeep militaire d’un modèle ancien, pas d’activité frénétique ni de concentration de troupes visible.

 

Arrière toute, histoire de ne pas attirer l’attention. Destination le sommet du Mont Hermon, les abords de L’observatoire des neiges, (Mitspé Hashlagim), l’œil d’Israël, à 2 400 mètres d’altitude et 42 kilomètres, à vol d’oiseau, de la capitale syrienne. Le grand public peut accéder à un point de vue aménagé en empruntant un télésiège, mais uniquement par groupes, et sous la conduite d’un guide officiel.

 

Je m’autocensure… les soldats israéliens sont bien installés et ils disposent de tous les moyens nécessaires à identifier un mouvement inhabituel, sur le Golan, dans la plaine qui s’étire en pente douce en direction de Damas, à Damas et bien au-delà.

 

Dans la capitale syrienne, je distingue, à l’œil nu, la piste de l’aéroport international. Entre nos postes avancés, sur le plateau, mille mètres en contrebas, à mi-chemin de Damas, le gros bourg de Sassa. C’est dans cette région, entre le plateau et sa capitale, que l’armée syrienne a déployé ses roquettes. Du gros, du même type que celles détruites par l’armée de l’air israélienne dans les entrepôts du Hezbollah, au début de juillet dernier. Des engins de 200, de 300 et de 600 millimètres, capables de véhiculer des charges de 100 kilos à une demi tonne. De quoi souffler un bloc d’immeubles entier à Tel-Aviv.

 

Le problème suggéré par certains analystes civils et militaires : si les Syriens décident d’ouvrir les hostilités, il n’y aura pas de temps d’alarme. Ils peuvent tirer des centaines de ces roquettes, ainsi que des Scud, de l’endroit où ils se trouvent, ce, avant d’activer les systèmes de guidage de leurs missiles sol-air, dont la signature est repérable, et dont la multiplication annonce soit de grandes manœuvres, soit des intentions bellicistes.

 

En constatant les positions occupées actuellement par l’armée syrienne, il faut exclure une confrontation type Guerre de Kippour. Si Béchar attaque, le seul scénario qu’il puisse suivre est le suivant : noyer nos villes et nos bases militaires sous un tsunami de roquettes, et peut-être de Scud, tout en protégeant ses lanceurs de nos contre-attaques, avec les missiles sol-air et antichars qu’il a reçus des Russes et qui lui sont offerts par les Iraniens.

 

Je ne conteste pas la possibilité dont dispose Al Assad pour se lancer dans une telle opération. J’admets également que Téhéran le pousse à la guerre, en lui faisant croire que nous allons procéder à une action préventive qui va engloutir son régime. Je concède également que les décisions opérationnelles des Syriens sont parfois intuitives et contre-productives, comme l’assassinat de Rafic Hariri. S’ils n’avaient pas fait ce mauvais calcul stratégique, ils seraient, plus que probablement, encore les maîtres du Liban.

 

Certes, mais ce qui compte, ce n’est pas comment un conflit commence mais comment il se termine. Or les confrères analystes stratégiques auxquels je fais allusion terminent leur réflexion à l’issue de l’évaluation du risque d’une hypothétique agression syrienne. C’est là qu’ils s’égarent et qu’ils risquent d’égarer une partie de l’état-major : ils oublient soudain qu’un grand nombre de pays possèdent la capacité d’agresser un Etat tiers et de lui infliger des dommages initiaux plus ou moins conséquents. A moins de faire la guerre à tous ceux qui possèdent une armée et qui étalent des intentions hostiles – on n’en finirait pas ! –, il faut considérer que la décision de déclencher une guerre appartient au chef de toute armée et qu’elle ne saurait être contrôlée par l’agressé potentiel.

 

Mais ce n’est pas ce qui importe en définitive dans une analyse stratégique. Ce qui compte, plus que tout autre chose, c’est d’évaluer correctement les capacités de réaction de l’agressé potentiel, avant, pendant et après que l’agression se produisît. Dans le cas d’une attaque syrienne, selon le scénario envisagé, il s’agirait d’un suicide pur et simple de la part des dirigeants de la junte syrienne, et je ne doute pas un instant qu’ils en soient conscients.

 

Au pire – on en est loin ! – si l’atteinte tactique s’avérait si énorme qu’elle mettait en danger l’existence même d’Israël et de ses habitants, le gouvernement de l’Etat hébreu possède le recours ultime de détruire la Syrie corps et biens, au moyen des diverses versions de l’arme atomique dont il dispose dans ses arsenaux. Même si nous n’envisageons pas qu’un conflit entre la Syrie et Israël pourrait, dans les normes actuelles, nécessiter la mise en œuvre de cette hypothèse apocalyptique, celui qui s’apprête à faire la guerre à une puissance nucléaire a meilleur temps d’évaluer soigneusement le risque qu’il encourt.

 

Cela signifie, en particulier, que Béchar Al Assad n’a le choix qu’entre une défaite et une victoire limitée. La possibilité d’infliger une déroute à ses ennemis lui ferait en effet affronter le plus grand des périls. Avouez que cette donnée limite déjà, et même considérablement, la marge de manœuvre de l’armée syrienne. Celle-ci peut ainsi, au mieux pour elle, "récupérer" quelques arpents de Golan et/ou provoquer des destructions non fondamentales dans les infrastructures civiles et militaires d’Israël.

 

Cela exclut – dans une lecture stratégique excluant les actes menant à un suicide national – l’emploi de missiles dotés d’ogives de destruction massive, genre chimiques ou bactériologiques. Car si c’était le cas, Jérusalem se verrait légitimée à utiliser, à son tour, des armes tactiques. Or Israël se situe dans le peloton de tête dans le domaine de ces armements. Et si la Syrie est totalement incapable, lors d’une agression par surprise, de priver l’Etat hébreu de la capacité de second recours, ce dernier peut, pour sa part, moduler sa riposte à sa guise, en choisissant la proportion du territoire et les cibles qu’il entend neutraliser à coup sûr en Syrie. Le fossé entre les deux niveaux technologiques, et les possibilités qu’ils offrent, est simplement colossal. Suffisamment large pour ramener à la raison les intentions autodestructrices de Damas.

www.menapress.com

 

               

 

Metula News

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16:13 Publié dans Israel | Lien permanent | Commentaires (0)

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