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jeudi, 16 août 2007

Le scandale des survivants.

Le scandale des survivants
de la Shoah en Israël
par Richard Prasquier
Président du Conseil Représentatif
des Institutions juives de France
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La situation des survivants de la Shoah vivant en Israël a été ces jours-ci à la première page des journaux. L'état de très grande pauvreté dans lequel se retrouvent certains d'entre eux, a déclenché l'indignation. Alors que le Premier ministre, Ehoud Olmert, avait promis de prendre le problème à bras le corps pour assurer aux survivants une vieillesse digne, la récente proposition de son gouvernement d'augmenter les pensions de120 000 survivants dans le besoin, de 83 shekels (environ 18 euros) par mois a été reçue, comme une humiliation et une aumône cynique, d'autant plus qu'elle s'accompagnait d'une promesse de revalorisation en 2011.Chaque année 10% environ d’entre eux disparaissent !

Les survivants de la Shoah représentent une population très disparate, m’a indiqué Noah Fluh, que je viens de rencontrer à Jérusalem. Le représentant des survivants israéliens à la claims conférence et au musée international d'Auschwitz m’a précisé que les aides ou allocations qu'ils reçoivent ne sont pas identiques, et que leur niveau de vie est très différent d'un individu à l'autre.
La plus grande variable n'a rien à voir avec les aides. Elle dépend de la possibilité pour le survivant d'avoir effectué une carrière professionnelle lui permettant d’accéder à des droits normaux à la retraite. C'est le cas de la totalité des survivants venus en Israël alors qu'ils étaient encore jeunes, dans les années d'après guerre. C'est aussi le cas de ceux, plus rares, qui ont mené une carrière professionnelle dans les pays occidentaux. En ce qui concerne les juifs venus de l'Europe de l'Est, un petit nombre, arrivé dans les années 50 ou 60, en général de Pologne ou de Roumanie, ont pu finir leur carrière professionnelle en Israël avec des droits à la retraite limités. Mais la plupart des survivants venus lors de la grande vague d'alyah de (l'ex-)Union Soviétique des années 90 étaient trop âgés pour travailler en Israël et leur revenu a dépendu exclusivement des aides accordées.
L'autre facteur de disparité, d'ailleurs corrélé au précédent, dépend des allocations reçues de la claim's conference, qui sont les conséquences des négociations du congrès juif mondial et de l'Etat d'Israel avec l'Allemagne de l'Ouest en septembre 1952 et qui sont liées à l'époque d'arrivée et au lieu de départ des survivants. Les accords initiaux ont été suivis d'accords complémentaires, mais différents, en fonction de l'évolution de la situation politique : disparition du rideau de fer, unification de l'Allemagne.... Ainsi, le niveau des allocations versées par le gouvernement aux survivants venus en Israël avant 1953, était-il moindre que qu'ils recevaient s'ils vivaient en dehors du pays (1070 au lieu de 2060 shekels), la différence allant au budget israélien. Les survivants venus dans les années 50 recevaient une allocation un peu plus élevée, mais ne bénéficiaient en général plus des retraites professionnelles.

Mais il y a surtout ceux qui ne sont pas administrativement des "survivants" ("nitzolei ha Shoah"). Car ce terme a dans le domaine des compensations des définitions précises: il faut par exemple avoir passé 18 mois dans un ghetto. Ainsi ceux qui ont vécu dans le ghetto de Budapest, établi en 44, ne sont par définition pas des ayants droit, et n'ont reçu que l'allocation isolée pour travail d’esclave. Surtout, il y a ceux qui ont fui ou qui ont vécu dans des territoires non envahis par l'armée allemande .C'est le cas de la plupart des réfugiés de l'ex-Union soviétique, qui cumulent donc toutes les causes de médiocre couverture. Ils reçoivent le "bitouakh leumi" et la "hashlamat hahnassa", allocations minimales qui reviennent à environ 350 euros par mois. Même quand elles s'accompagnent d'une aide au logement, elles sont insuffisantes pour vivre décemment.
Les négociations serrées sont actuellement en cours entre les associations de survivants et le gouvernement pour déterminer les aides qui seront effectivement données, une fois la proposition de départ du gouvernement unanimement rejetée.
Un argument passablement hypocrite du gouvernement est d’énoncer que d'autres vieillards en Israël, vivent aussi dans la pauvreté, après être passés par d'autres épreuves .Par exemple ceux qui ont été chassés des pays arabes .Il ne faudrait pas les discriminer par rapport à ceux qui ont vécu dans les pays européens, déclarent des responsables politiques. Tout cela est parfaitement vrai, mais ne saurait être un argument pour faire moins que le minimum....

Richard Prasquier

http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=9434&artyd=10

 

 

01:15 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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