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vendredi, 07 septembre 2007

L'Égypte spécule sur la succession de Moubarak

L'Égypte spécule sur la succession de Moubarak

Le Caire TANGI SALAÜN.
 Publié le 06 septembre 2007


Des rumeurs sur la santé du président Hosni Moubarak et sur la montée en grade de son fils Gamal provoquent des interrogations.  

« LA PHOTO de Moubarak ne peut plus disparaître un seul jour de la Une des journaux sans qu'il soit aussitôt donné pour mort. » Pour ce diplomate étranger en poste au Caire, les rumeurs qui se sont répandues ces dernières semaines sur la santé d'Hosni Moubarak sont le prix à payer pour un dirigeant au pouvoir depuis vingt-six ans, toujours omniprésent sur le plan médiatique. Le mois dernier, sa discrétion inhabituelle dans les journaux a alimenté des rumeurs de décès, ou de grave maladie. « L'existence de telles rumeurs est préoccupante, nous devons y répondre activement et faire preuve de transparence sur ce sujet », a admis hier le premier ministre, Ahmed Nazif, lors d'un entretien accordé à des journaux européens, dont Le Figaro. « Le président n'a pas été malade, il a pris une semaine de vacances. La question de sa succession ne se pose pas aujourd'hui », a-t-il encore affirmé.
 
Les entretiens d'Hosni Moubarak avec le roi Abdallah de Jordanie ou Tony Blair, en ce début de semaine, n'ont pourtant pas ramené la sérénité en Égypte. « L'inquiétude règne sur la scène politique intérieure, c'est la seule vérité sur laquelle tout le monde s'accorde. Tout porte à croire que l'Égypte est au seuil d'une grande épreuve », écrivait récemment le quotidien d'opposition Al-Wafd.
 
La question de la disparition d'Hosni Moubarak n'est en tout cas plus un tabou, y compris dans les cercles officiels, d'ordinaire plutôt enclins au mutisme. « Nous savons tous que le président n'a pas 40 ans », souligne de son côté le ministre de l'Investissement, Mahmoud Mohieldine, un proche de Gamal Moubarak, fils cadet et héritier présomptif du raïs. « Si l'inévitable se produit, que Dieu nous en préserve, il y a des règles, des institutions et des mécanismes qui garantissent la stabilité du pays. La transition, que ce soit au moment de l'élection (présidentielle) en 2011, ou avant, si cela devait arriver, se fera dans le cadre de la Constitution », a précisé le ministre, interrogé en marge de la conférence Euromoney sur l'avenir de l'économie égyptienne.
 
Mahmoud Mohieldine a, au passage, fustigé les « fausses informations » et ceux qui les propagent, une pique lancée aux médias et aux Frères musulmans, que des « sources officielles » anonymes ont accusés, sans fournir de preuve, d'être à l'origine des rumeurs. Le ministre n'a en revanche pas voulu commenter la convocation par la justice d'Ibrahim Eissa, rédacteur en chef du journal d'opposition Al-Dostour, auquel il est reproché d'avoir - comme beaucoup d'autres - relayé les rumeurs. Une initiative dénoncée par le syndicat des journalistes égyptiens, qui craint de servir de bouc émissaire dans cette affaire.
 
Candidat naturel du PND
 
Les interrogations sur l'état de santé du raïs ne sont pas nouvelles. À 79 ans, Hosni Moubarak, ancien pilote de chasse, a déjà connu plusieurs alertes : malaise en direct à la télévision pendant un discours devant le Parlement en novembre 2003, ou hospitalisation en Allemagne quelques mois plus tard pour se faire opérer d'une hernie discale. Comme au printemps dernier, quand une rumeur de décès avait déjà semé la panique dans les salles de cotation de la Bourse du Caire, le régime a hésité à démentir les récents bruits de couloir. Ces derniers ont donc enflé fin août quand Hosni Moubarak a renoncé, pour la première fois en dix ans, à participer à une rencontre annuelle avec des étudiants d'Alexandrie. D'autant qu'il y a délégué son fils Gamal, relançant ainsi les spéculations sur la succession.
 
Au sein du Parti national démocrate (PND), la relève est en marche. Les élections internes organisées ces dernières semaines en vue du Congrès annuel du parti au pouvoir, début novembre, ont été placées sous le signe du « rajeunissement ». Pour les commentateurs politiques, le Congrès devrait asseoir l'influence de Gamal Moubarak, 44 ans, dont le zèle à nier toute ambition présidentielle n'a toujours pas convaincu ses compatriotes, peu enthousiastes devant cette perspective. Déjà secrétaire général adjoint du PND, l'ancien banquier pourrait, selon les analystes, accéder au poste de secrétaire général, voire de président du parti, si son père devait prendre du recul pour conserver une simple fonction honorifique. Il deviendrait, dans un cas comme dans l'autre, le candidat naturel du PND pour la prochaine présidentielle. Et un successeur tout désigné pour son père.
 
Un scénario écrit d'avance qui agace le premier ministre : « Gamal a toujours dit qu'il voulait jouer un rôle actif en politique, pas briguer la présidence. Laissons-lui au moins le bénéfice du doute ! »

10:06 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

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