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mercredi, 12 septembre 2007

Un peu de prudence, M. Kouchner !

Un peu de prudence, M. Kouchner !

par Jean-Pierre Bensimon, mercredi 12 septembre 2007

http://www.objectif-info.fr/un-peu-de-prudence-m.-kouchne...

 

Une dépêche d'Associated Press nous apprend que Bernard Kouchner en visite en Israël et dans les territoires palestiniens vient de faire une déclaration tonitruante.

 

Selon lui, la conférence internationale que Georges Bush devrait réunir à Washington au mois de novembre prochain ne serait un succès que "si elle décide de la création d'un État palestinien…". Alors que le président de la république, Nicolas Sarkozy, déclarait avec prudence, dans son discours aux ambassadeurs du 28 août dernier que la France " a une conviction : la paix se négociera d'abord entre Israéliens et Palestiniens", le ministre avec ou sans l'accord de l'autorité supérieure, adopte une position radicalement différente. Il prend une posture visant à forcer la décision des parties en présence, sans mesurer l'importance ni le volume des contentieux restant à régler.

 

Bernard Kouchner devrait faire preuve d'un minimum de prudence et de sagesse. Les bonnes intentions, sincères ou affectées, peuvent aboutir à des cataclysmes que l'on prend d'autant à la légère qu'ils devraient survenir chez les autres. Il faudrait, M. le Ministre, ne pas ignorer totalement les effets boomerang de notre monde globalisé qui pourraient affecter jusqu'au cœur de notre nation.

 

M. Kouchner sait que les accords d'Oslo signés en 1993 avec l'approbation enthousiaste de la communauté internationale ont institué une "Autorité palestinienne", un quasi État palestinien doté d'une force militaire, d'une administration et d'un appareil judiciaire.

 

Le ministre qui devrait avoir un minimum de culture historique, ne peut pas méconnaitre aussi que la création de cette "Autorité" s'est accompagnée d'une montée de la haine et du racisme antisémite, d'un déferlement de violences, de la généralisation des attentats-suicide, d'une quasi-guerre à l'initiative de Yasser Arafat, d'une corruption à très vaste échelle et d'un appauvrissement du peuple car la montée de la violence se traduit toujours par la faillite économique de ses auteurs.

 

Cette très récente leçon de l'Histoire qui nous aveugle aujourd'hui de ses feux ne peut pas être balayée du revers de quelque déclaration intempestive. Tant que de nombreux problèmes en suspens ne trouvent pas une issue, les remaniements institutionnels mal contrôlés sont le moyen le plus sur de relancer les affrontements et les effusions de sang.

 

Les représentants actuels des Palestiniens sont-ils prêts à renoncer à ce qu'ils nomment "le droit au retour" qui serait fatal pour l'équilibre interne de l'État hébreu? Sont-ils prêts à accepter l'idée que leurs territoires participent de la profondeur stratégique d'Israël et qu'ils devront accepter les limitations de souveraineté indispensables à la sécurisation de l'espace aérien commun et de la vallée du Jourdain ? Sont-ils prêts à combattre non seulement le terrorisme et la prolifération des milices, mais aussi l'incitation à la haine et au racisme antisémite qui continue de sévir dans les média, dans les écoles, dans les mosquées des Territoires. Et s'ils se déclaraient prêts, alors que leurs structures pré étatiques sont embryonnaires plus de 15 ans après qu'on leur ait remis un certain nombre de fonctions régaliennes, qui est en mesure de garantir qu'ils tiendront parole et qu'enflammés par la vox populi qu'ils auront alimentée, ils ne jetteront pas au panier leurs engagements comme feu Arafat?

 

Dans un contexte aussi inflammable et aussi complexe, M. Kouchner aurait gagné à ne pas lancer des ukases médiatiques, sonores et creux. D'autant qu'il a assorti sa retentissante déclaration d'une injonction morale "Oui, a-t-il dit, il faut réparer les injustices, alors commençons par l'injustice des injustices: un peuple sans nation et sans territoire."

 

Un peu d'histoire encore, M. Kouchner, ne serait pas superflue pour compléter votre information et tempérer vos élans. S'il y injustice subie, c'est qu'il y a injustice infligée. Il y aurait donc un responsable de "l'injustice" subie par les Palestiniens et ce responsable, qui serait-il d'autre qu'Israël?

 

Il faut se souvenir, M. Kouchner, qu'une commission réunie par le mandataire britannique en 1937, la commission Peel a offert un premier plan de partage de la terre entre Juifs et Arabes, il y a 70 ans, qui concédait aux Juifs un minuscule territoire. Les Juifs l'acceptèrent pas les Arabes. Dix ans plus tard l'ONU votait un nouveau plan de partage. Les Arabes répondirent par l'invasion de cinq armées qui devaient jeter les Juifs à la mer. On connait la suite.

 

En 1967, dès la fin de la guerre des Six jours, Levi Eshkol alors premier ministre proposait une négociation sur la base "paix contre territoire" et Moshe Dayan déclarait qu'il attendait dans son bureau le coup de téléphone. Il ne vint jamais. S'ensuivit le triple non de Khartoum (pas de reconnaissance, pas de paix, pas de négociations) de septembre 1967 qu'un ministre des affaires étrangères ne saurait avoir perdu le souvenir, gelant pour très longtemps la situation des territoires.

 

Enfin à Camp David II, la proposition d'Éhoud Barak d'une rétrocession de l'ensemble des Territoires et d'ajustements compensés quasiment à 100% reçut la seconde Intifada et ses milliers de morts et de blessés pour toute réponse. L'Égyptien Sadate, qui avait conscience, lui, de ses intérêts nationaux, avait récupéré en échange d'un traité de paix l'intégralité du Sinaï demeuré entre les mains d'Israël à l'issue de la guerre.

 

L'accusation du ministre a quelque chose de profondément indécent, d'autant que ses nombreux prédécesseurs depuis une quarantaine d'année ne sont pas indemnes de tout questionnement sur tout ce sang versé. M. Kouchner devrait se garder tout particulièrement de son naturel tempétueux et de ses envolées lyriques, des effets d'estrade dont il est un expert mais qui au Proche Orient mettent de l'huile sur le feu parce qu'elles réactivent les rancunes, les égarements, les frustrations réelles ou fantasmées qui sont au cœur de la geste arabe contemporaine.

 

Les Palestiniens paraissent aujourd'hui très loin des conditions psychologiques et de la maturité collective qui les habiliteraient à diriger un État de pleine souveraineté, vivant en bonne intelligence avec Israël. Ils contestent majoritairement le droit d'Israël à exister au nom de préceptes religieux qui prescrivent l'extension indéfinie du Dar Al Islam et qui refusent au misérable peuple de dhimmis voué à l'humiliation que sont les Juifs, le moindre droit à une nation. C'est ce droit qui est contesté depuis un siècle M. Kouchner, pas celui des Palestiniens. C'est ce droit des Juifs à une nation et à un État que M. Ahmadinejad veut rayer de la carte, que le Hamas conteste avec des fusées tournées contre des civils, que le Hezbollah récuse avec des "surprises", …

 

Déchaussez vos gros sabots et laissez la situation murir M. le Ministre. Cela vous honorerait.

20:15 Publié dans Israel | Lien permanent | Commentaires (0)

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