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samedi, 15 septembre 2007

Le général et les Démocrates

Le général et les Démocrates (info # 011309/7) [Analyse]

Par Sébastien Castellion © Metula News Agency

 

Rien de bien surprenant, à première vue, dans les commémorations d’aujourd’hui de l’attaque du 11 septembre 2001 qui tua 2.974 personnes à Manhattan, à Washington et en Pennsylvanie, et qui ouvrit pour quelque temps les yeux des Occidentaux sur la nature du monde où nous vivons. Les Américains se sont rassemblés pour se souvenir et prier. Les élus ont prononcé de beaux discours. Dans un pays où les rancœurs politiques criardes font souvent penser que l’union nationale est impossible, les familles des victimes ont pu penser, pour un moment, que leur Nation les soutient et partage leur douleur.

 

Mais il est frappant de constater qu’après six ans, l’héritage du 11 septembre se résume à cela : de la douleur, de la tristesse – et rien d’autre. Dès qu’il s’agit de la réaction à tenir contre l’ennemi qui a causé ces morts, il n’est pas possible d’émettre une opinion sans froisser d’autres Américains et commencer un débat acariâtre.

 

Même l’idée – qui pourrait sembler aller de soi dans un pays agressé – que l’ennemi doit être combattu et vaincu, est loin de faire l’unanimité. Comme je l’avais signalé il y a deux mois dans ces mêmes colonnes, la majorité Démocrate au Sénat et à la Chambre des représentants a, au contraire, mis tout son poids politique derrière l’espoir d’une défaite de leur pays en Irak – une guerre où les Etats-Unis combattent aujourd’hui le même al-Qaida, qui organisa et exécuta l’attaque, et le même Iran, qui s’en réjouit ouvertement.

 

Cet espoir de défaite a continué de se manifester, en arrière-plan des cérémonies, dans les auditions organisées par le Congrès, les 10 et 11 septembre, pour examiner le rapport sur la situation militaire, présenté par le général en chef des forces américaines en Irak, David Petraeus. Depuis deux jours, le général présente au Congrès une analyse nuancée de la situation qui peut être résumée ainsi :

 

  • Des progrès significatifs ont été réalisés sur le terrain dans la bataille contre al-Qaida et contre les milices sadristes ; ces progrès permettent d’envisager une prudente réduction du nombre des troupes américaines à compter du milieu de l’année prochaine.
  • En particulier, le nombre des victimes civiles des groupes armés a été fortement réduit grâce à un engagement accru des forces américaines contre ceux qui les tuent.
  • La guerre est cependant loin d’être terminée, en particulier parce que les communautés ethniques et religieuses sont engagées dans une compétition violente pour le contrôle des ressources et du pouvoir.
  • Dans le même temps, la République Islamique d’Iran poursuit ses efforts pour organiser en territoire irakien une armée de supplétifs, qui risque de s’installer dans le paysage, à la manière du Hezbollah, et de devenir une menace permanente pour la stabilité de l’Irak.
  • Il est donc important que les Etats-Unis maintiennent une présence militaire en Irak. Un retrait intempestif augmenterait le niveau des violences sectaires, relâcherait la pression contre al-Qaida et l’Iran, permettant aux uns et aux autres de se créer sur le territoire irakien des sanctuaires qui leur serviront ensuite de base pour étendre le Djihad.

 

Comme on le voit, le rapport du général n’a rien d’exagérément optimiste : il démontre que sa nouvelle stratégie, The Surge, a eu des succès, mais il est loin de crier victoire. Cette approche équilibrée, cependant, ne convient pas à la majorité Démocrate. Celle-ci ne voulait entendre qu’une chose : « nous sommes en train de perdre la guerre, c’est la déroute, tout est de la faute de Bush, il faut se retirer le plus vite possible ». Cette approche aurait eu quelques petits inconvénients : provoquer des massacres généralisés de civils irakiens, donner la victoire aux animaux sauvages du Djihad et les renforcer pour leurs prochaines attaques, par exemple.  Mais elle aurait eu l’avantage, et c’est bien plus important, de garantir une victoire Démocrate aux élections de 2008.

 

 

Mais non, général, ce n’est pas ce que nous voulons entendre !

 

En disant la vérité dans toute sa complexité, le général pose aux Démocrates un problème politique majeur, qui consiste à préserver l’unité de leur parti entre les réalistes, héritiers d’une culture de gouvernement et de compromis, et la foule croissante des extrémistes, qui voient dans la défaite américaine non pas une possibilité regrettable, mais une punition méritée, qui, si elle est confirmée, les plongera dans l’extase.

 

Après tout, si la guerre était réellement déjà perdue, le retrait pourrait être un programme commun pour ces deux ailes du parti Démocrate. Pour les réalistes – au premier rang desquels Hillary Clinton, actuellement favorite de tous les sondages pour l’élection présidentielle de 2008 – ce retrait serait l’occasion de définir une nouvelle doctrine militaire, plus défensive, prenant acte de la victoire ennemie en territoire irakien pour se poser la question de la défense des territoires restés libres. Pour les extrémistes, le retrait serait la vengeance de l’histoire contre l’arrogance impériale, les grandes entreprises, qui ont provoqué la guerre, et autres billevesées. La différence des interprétations est immense ; mais du moins, tout le monde pourrait se mettre d’accord sur le programme.

 

Si, en revanche, l’idée se répand dans le public que non seulement la guerre est gagnable, mais que la poursuite d’une présence militaire américaine répond à des objectifs stratégiques majeurs, les Démocrates « de gouvernement » ne pourront faire autrement que de tenir compte de ces enjeux, et de modérer leurs appels à un retrait rapide des troupes. S’ils prônent ouvertement une politique de renforcement délibéré d’al-Qaida, ils verront leur soutien s’effriter dans ce qui représente encore la majorité de leur électorat  (comme le montre le fait que Mme Clinton, la moins acharnée des grands candidats à réclamer un retrait rapide, reste nettement en tête des sondages).

 

Le problème, c’est que tout signe de comportement responsable devant la situation militaire entraîne la rage du courant extrémiste. Les idées de ce courant sont largement diffusées par les sites Internet Daily Kos et Indymedia, entre autres – elles ne sont pas un mystère. Ces Démocrates-là ne rêvent que d’un bain de sang rédempteur, dans lequel l’Amérique sera humiliée et punie comme elle le mérite ; ses alliés massacrés comme les traîtres qu’ils sont ; ses ennemis renforcés dans une vengeance orgiastique des opprimés contre leurs oppresseurs. Les hommes politiques – même Démocrates – dont l’action retarde cette parousie sont nécessairement des traîtres, des vendus à Bush, aux grandes entreprises, au lobby pro-israélien, et autres monstres qui (les extrémistes vous le démontreront volontiers si vous leur posez la question), se cachent vraiment, vraiment, sous nos couvertures.

                                        

 

Quelques Démocrates extrémistes protestent contre le financement de la guerre

 

Le message du général Petraeus est, pour les Démocrates, la plus mauvaise nouvelle possible – une nouvelle qui rendra presque impossible (si les Américains y accordent foi) de tenir ensemble les deux ailes de leur parti. Les candidats seront presque obligés de choisir entre ces deux ailes – et, perdant le soutien de l’une d’entre elles -, ils risquent de voir se concrétiser leur pire cauchemar, celui de la démobilisation de leur électorat et d’une troisième victoire républicaine à la Maison Blanche.

 

Pour éviter cette catastrophe, les Démocrates emploient les grands moyens pour tenter de détruire la crédibilité du général. Les élus du Congrès et leurs employés affirment aux journalistes, en sous-main, que le rapport Petraeus a été rédigé ou influencé par la Maison Blanche (ils refusent de le dire trop ouvertement, ce qui suffit à prouver qu’il s’agit  d’un mensonge complet). Les extrémistes attaquent le général avec l’élégance qui les caractérisent : le lundi 10 septembre, MoveOn.org s’est offert une publicité dans l’autrefois respectable New York Times, dans laquelle ils l’appelaient « General Betray Us » (le Général Qui Nous Trahit). C’est doute la première fois, dans l’histoire des civilisations, qu’un général est accusé de trahison parce qu’il refuse de donner la victoire à l’ennemi ; la première fois que l’on tire sur le porteur de bonnes nouvelles.

 

Les méthodes des deux ailes du mouvement sont différentes, mais l’objectif des « Démocrates de gouvernement » et des extrémistes est exactement le même : préserver l’unité du parti en empêchant l’analyse de David Petraeus de se répandre dans l’opinion publique ; et, pour cela, attaquer sa personne sans scrupule.

 

Il est impossible, à ce stade des événements, de savoir si cette tactique réussira. Mais il est tristement ironique de considérer aujourd’hui ce que personne n’aurait pu prévoir il y a six ans, au soir de l’attaque qui a bouleversé le monde. L’équilibre politique des Etats-Unis, et la sécurité de la planète dans les prochaines décennies, dépendent désormais du degré d’influence politique d’un mouvement convaincu que l’Amérique est plus dangereuse qu’al-Qaida. Un mouvement de citoyens américains qui, sous la protection des libertés américaines, travaillent chaque jour à la défaite de leur pays.

 www.menapress.com

Metula News

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