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samedi, 29 septembre 2007

La France bascule alors que le Congrès bouge

Le document original est en copie jointe sous .word et rtf, avec la traduction française.
The original paper is joined herewith under .word & rtf, with its French translation.




Par Charles Krauthammer

Vendredi 28 Septembre 2007; A19

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2007...

Adaptation française de Sentinelle 5768  ©

Ahmadinejad à Columbia a fourni le spectacle, mais Sarkozy aux Nations Unies a fourni la substance. Sur la plus grande scène imaginable, l'Assemblée Générale de l'ONU, le président Nicolas Sarkozy a donné un avertissement à l'Iran. Son prédécesseur, Jacques Chirac, avait déclaré que la France pouvait vivre avec une bombe nucléaire iranienne. Sarkosy a dit que la France ne le peut pas. Il a déclaré que les ambitions nucléaires de l'Iran constituent " un risque inacceptable pour la stabilité de la région et du monde ".

Son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait déclaré auparavant que le monde fait face à deux choix - soit la réussite de la diplomatie pour arrêter le programme nucléaire de l'Iran, soit la guerre. Et Sarkozy lui-même n'a pas grand espoir avec le Conseil de Sécurité, où la Chine et la Russie bloquent toute action efficace contre l'Iran. Il espère obtenir de l'Union Européenne qu'elle se joigne aux Etats Unis pour imposer des sanctions sérieuses.

" La faiblesse et la renonciation ne conduisent pas à la paix " a-t-il averti. " Elles mènent à la guerre. Cet avertissement sur la conciliation était destiné en particulier à l'Allemagne, qui, pour des raisons commerciales, a résisté à la pression des USA dans le soutien à des sanctions efficaces.

Sarkozy n'est pas un 'toutou' des Américains. Comme tout président de la Cinquième République, il commence par la notion d'exception française. Mais alors que le Gaullisme traditionnel tendait à définir la grandeur en se posant en contrepoids de la puissance américaine, Sarkosy n'est pas opposé à voir l'affirmation française exercée en conjonction avec les Etats-Unis. Comme Kouchner le formule, " l'anti-américanisme permanent est une tradition que nous oeuvrons à dépasser ".

Cette volte-face française crée un mouvement crucial dans l'équilibre des forces en Europe. Les Européens de l'Est sont naturellement pro-américains pour des raisons historiques (souvenirs tout frais du rôle de l'Amérique dans la défaite de leurs occupants soviétiques), et géographiques (proximité physique d'une Russie récemment revivifiée et agressive). L'Europe occidentale est intrinsèquement méfiante à l'égard de la puissance américaine et culturellement anti-américaine par réflexe. Le changement de la France de Chirac à Sarkozy, du ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin (qui avait fait une campagne de propagande active auprès des pays du tiers monde pour s'opposer à l'Amérique en Irak) à Kouchner (qui a soutenu l'invasion des USA sur des fondements humanitaires) représente un immense mouvement dans la relation de l'Europe avec les Etats Unis.

La Grande Bretagne est un allié naturel ; l'Allemagne, étant donnée son histoire, est plus un suiveur qu'un meneur. La France peut définir une politique européenne, et Sarkosy en a l'intention.

La bascule française n'est qu'une partie du changement de paysage qui a conféré une nouvelle vie à l'Iran de Bush et à la politique en Irak dans les derniers mois de son administration. L'humeur du congrès a aussi évolué significativement.

Cette semaine précisément, le Congrès* a adopté massivement une résolution appelant à des sanctions très fortes contre l'Iran, et pressé l'administration de qualifier d'entité terroriste le 'Corps des Gardes Révolutionnaires d'Iran'. Une mesure similaire est passée au Sénat mercredi, par 76 voix contre 22*, déclarant que " il est dans le plus haut intérêt des USA " d'empêcher l'Iran d'utiliser des milices chiites à l'intérieur de l'Irak, pour renverser le gouvernement soutenu par les USA à Bagdad.

Il y a quelques mois, la question était : le Congrès à majorité Démocrate va-t-il contraindre à un retrait d'Irak ? Aujourd'hui, la question au Congrès est : Que peut-on faire pour parvenir au succès en Irak - plus particulièrement en contrant l'Iran qui veut nous voir échouer ?

Cette modification d'humeur et de sujet est totalement le résultat des changements sur le terrain. La réalité a pris du temps pour s'infiltrer dans le débat à Washington. Mais après le témoignage de Petraeus et Crocker, la réalité du succès relatif de notre nouvelle stratégie de contre-insurrection - et la possibilité renouvelée d'un ultime succès en Irak - sont devenues indéniables.

Et cette réalité est reflétée même dans la rhétorique d'Hillary Rodham Clinton, la plus sophistiquée des candidats présidentiels du Parti Démocrate**. Elle a bien voté contre le financement de la guerre de façon à modifier la politique du Président (et pour se concilier la Gauche), mais cela en tant que sénateur. Interrogée sur ce qu'elle ferait comme Présidente, elle esquive prudemment. Elle répond que cela dépendrait de la situation et du moment, et par exemple, si notre alliance avec les tribus sunnites sera parvenue à vaincre al Qaïda en Irak. Mais interrogée par ABC News pour savoir si elle aura ramené les soldats à la maison d'ici janvier 2013, elle refusa de " se livrer à des hypothèses ou à faire des promesses ".

Le bulletin de décès de la présidence de Bush - et sa politique étrangère - ont été notifiés le matin suivant l'élection de 2006. Pas tant que cela. La France s'apprête à nous rejoindre dans un effort ultime pour trouver une solution non militaire à la question iranienne. Et sur l'Irak, le succès relatif de la montée en puissance*** a redonné au Président Bush la liberté de manoeuvre pour poursuivre la stratégie de contre-insurrection de Petraeus jusqu'à la fin de son mandat. Le Congrès, et les Démocrates réalistes, commencent finalement à penser sérieusement à assurer la réussite de cette stratégie, et à prévoir ce qui viendra après.

letters@charleskrauthammer.com

Notes du traducteur

* Le sénat américain compte un total de 100 membres, soit deux par Etat, quelles que soient sa taille et sa population ; le Congrès américain est la " Chambre des Représentants " : il  correspond à notre Assemblée nationale.

**Hillary R. Clinton, épouse de l'ex-président Bill Clinton, élue sénatrice de l'Etat de New York en 2000, et réélue en 2004, est donnée comme la plus probable des candidats du Parti Démocrate aux futures présidentielles des USA qui se tiendront en novembre 2008 ; elle représente la " Gauche libérale " au sens américain de ces termes, non transposables directement selon nos critères politiques français.

***Stratégie de montée en puissance ('Surge'), préconisée par le Général en chef des troupes US en Irak, David Petraeus, les faisant passer de 120.000 soldats au début 2007 à 160.000 en quelques mois, pour mater, avec succès, " l'insurrection ", alimentée par l'Iran et la nébuleuse al Qaïda en Irak. Celles-ci ont semé le chaos et la mort dans toutes les communautés irakiennes (chiites majoritaires ; sunnites, écartés des revenus pétroliers ; et Kurdes au Nord, enclins à préserver leur autonomie) pour y déclencher la guerre civile.

16:40 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

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