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mardi, 06 novembre 2007

La Paix au Moyen-Orient dépend du contrôle crucial sur les ressources en eau

Une réflexion très utile du fameux historien américain, auteur de "Myths and Facts of Conflicts in the Middle-East***



Mitchell Bard, publié sur "Aisch" le 21 10 2007

http://www.aish.com/jewishissues/middleeast/Israel's_Wate...

Adaptation française de Sentinelle 5768 ©


Malgré la volumineuse littérature sur le processus de paix et les nombreuses propositions pour un compromis territorial, de façon surprenante, peu de choses ont été écrites sur la question cruciale des ressources en eau. L'eau est critique non seulement parce c'est une cause de conflit avec les voisins d'Israël, mais elle est aussi vitale pour le développement d'Israël et sa santé économique, qui ne sont pas moins importants pour la sécurité de la nation. Pour maintenir un standard de vie qui permettra à Israël de poursuivre comme une nation occidentale avancée, il doit avoir de l'eau pour l'agriculture, l'industrie, la boisson et l'hygiène, les jardins, et les installations récréatives tels les piscines et les parcs. Avec l'amélioration de standard de vie, la consommation d'eau augmente.

La situation devient plus dangereuse chaque année. Alors que la population de la région continue d'augmenter exponentiellement, et que des milliers d'immigrants arrivent en Israël, les conflits politiques sur les ressources en eau existantes deviennent plus prononcées, et Israël et les Palestiniens doivent négocier les droits sur l'eau dans la Rive Occidentale et à Gaza.

La Terre que D.ieu a promise aux Israélites peut bien avoir regorgé de lait et de miel, mais elle ne dispose pas de ressources naturelles. Israël a peu de territoire et pas de grands fleuves, de forêts, ou de gisements de minerais. Il dépend d'une faible pluviosité, et aléatoire, pour sa fourniture d'eau. Ses trois principales ressources en eau sont les aquifères côtiers et montagneux, et le lac Kinneret (la mer de Galilée). Chacune fournit environ 25 % du total de l'eau consommée en Israël. Environ 20 % provient de plus petits aquifères ; les 5 % restants proviennent du recyclage de l'eau d'épuration. 

L'aquifère côtier s'étend le long de la côte méditerranéenne d'Israël entre les abords au Sud du Carmel au Nord, et la bande Gaza au Sud. Environ 80 % de la population d'Israël et la plus grande partie de son activité économique sont concentrés sur la plaine côtière. Le bassin de Kinneret couvre un peu plus de 384 km², 24 km de long sur 16 km de large. Il est alimenté par le Jourdain et ses sources - les rivières Hatsbani, Dan, et Banias - ainsi que par des courants et des oueds des Hauteurs du Golan qui se drainent dans le Jourdain et directement dans le Kinneret.

L'aquifère montagneux s'étend des abords à l'Est de l'aquifère côtier, sous les collines de Judée et de Samarie. L'eau coule à l'Ouest depuis les hauteurs, où les pluies d'hiver rechargent l'aquifère, et émerge à la surface à travers des sorties proche de la côte dans les rivières Yarkon et Taninim, qui se jettent dans la mer Méditerranée.

Cet aquifère chevauche la " ligne verte " (la ligne d'armistice de 1949 qui a séparé Israël de la Rive Occidentale) et 90 % de son eau provient de précipitations sur la Rive Occidentale. C'est la principale ressource d'Israël en eau potable de haute qualité, et elle fournit les plus grands centres de population comme Jérusalem, Tel Aviv et Beersheva.

Toutes ces sources d'eau ont des équilibres délicats qui ont conduit les autorités israéliennes de l'eau à établir des "lignes rouges" sous lesquelles l'extraction d'eau supplémentaire peut provoquer un dommage permanent par salinisation ou autre contamination qui peut rendre l'eau non potable. Le niveau de l'eau du Kinneret, par exemple, varie selon les années pluvieuses ou sèches et, si le niveau est trop bas, il est nécessaire de réduire le pompage pour empêcher l'eau salée de sources proches de s'y infiltrer. Si le niveau s'élève trop, il peut être nécessaire de laisser l'eau s'écouler vers la Mer Morte pour empêcher une inondation. L'excès de pompage a déjà provoqué de sévères dommages à l'aquifère côtier, dont la salinité a rendu près de 20 % de l'eau inutilisable.

L'autre menace majeure à la fourniture d'eau est la pollution provoquée par l'infiltration des eaux usées, les rejets industriels et les pertes, les produits chimiques agricoles, et les nuisances environnementales typiques de la croissance des nations industrielles.

Utilisation frugale

Cette crise de l'eau n'est pas le résultat d'un gaspillage israélien. Les Israéliens sont particulièrement sensibles à la rareté de l'eau et sont relativement frugaux dans leur utilisation, prélevant seulement une petite fraction de la quantité d'eau qui est consommée par la population dans une zone avec un climat comparable, comme le Sud de la Californie. Le gouvernement a pris le contrôle des ressources en eau en 1959 quand une loi a fait des ressources en eau une propriété publique, et a depuis régulé l'exploitation des ressources en eau et leur allocation.

Malgré la conscience de ce problème, les ressources en eau ont été utilisées à l'excès et contaminées, et la qualité de l'eau dans certains endroits s'est détériorée. De nombreux avertissements ont été émis au cours de la dernière décennie sur le fait qu'Israël sera confronté à une pénurie d'eau de boisson et pour l'agriculture du fait de pompes récurrents et de l'augmentation de la population. On s'attend aussi à ce que l'eau de qualité décline rapidement au point que la réduction de son utilisation dans l'agriculture ne donnera pas davantage d'eau disponible pour l'usage ménager.

Les besoins domestiques (88 %) et industriels (12 %) comprennent moins de la moitié de la consommation d'eau d'Israël ; la plus grande partie de l'eau (56 %) est utilisée pour l'agriculture. Par conséquent, un important effort de recherche a été consacré pour trouver des moyens de réduire la quantité d'eau nécessaire pour faire pousser des fruits, des légumes, et d'autres produits agricoles.
Une innovation a eu un immense succès dans la réduction de l'usage de l'eau en Israël, et a été ensuite exportée autour du monde, l'irrigation au goutte à goutte (et la fertilisation) : l'eau est délivrée par des goutte à goutte uniformément et directement vers les racines plutôt que sur la totalité du champ. Cette méthode permet l'utilisation d'eau de qualité inférieure (eau salée et effluents) et diminue la perte d'eau par évaporation.

A travers le Jourdain

L'équilibre de l'eau d'Israël est aussi affecté par la fourniture et les besoins de ses voisins et par le conflit sur les terres qui contiennent la plus grande partie de l'eau dont Israël a besoin pour survivre… Le Jourdain participe aussi très sérieusement au problème de l'eau. Une partie des problèmes de fourniture d'eau est liée à la pollution et à des canalisations vieilles et mal entretenues. Une question plus sérieuse pour le Jourdain, c'est le prélèvement plus important par la Syrie dans la rivière Yarmouk qu'il n'avait été agréé dans les négociations.

Israël et la Jordanie ont très bien traité leurs différends sur l'eau au cours des années, même en temps de guerre ; cependant, la question du partage de l'eau du Yarmouk, qui borde la frontière israélo-jordanienne, était une importante question dans les négociations du traité de paix signé entre Israël et la Jordanie en 1994. Israël donna son accord à la fourniture de 50 millions de mètres cubes (mcm) d'eau par an, dont une certaine quantité provenant du Yarmouk et le reste de la désalinisation de sources saumâtres autour du Kinneret. Même après la signature du traité, l'eau devint vite une source de conflit, parmi les rares entre les deux pays, et Israël accrut l'allocation d'eau à 75 mcm.

Malgré les accords, l'avertissement du roi Hussein sur le conflit potentiel reste une préoccupation pour Israël, alors que la population jordanienne continue de croître et sa consommation d'eau augmente. La Jordanie pourrait  être tentée de satisfaire ses besoins  en prenant une mesure agressive pour obtenir l'accès aux ressources en eau de Judée et Samarie. Etant donnée la relative faiblesse militaire de la Jordanie, et la capacité d'Israël et de la Jordanie de négocier y compris pendant la période avant le traité de paix, le danger dans cette direction est supposé demeurer faible.

Traiter avec la Syrie

Un problème beaucoup plus sérieux est posé par la Syrie, qui exige la restitution totale des Hauteurs du Golan en échange de la paix avec Israël. Si la frontière syrienne était redessinée plus près de celle de 1967, ou de la frontière internationale de1923, la Syrie aurait la capacité d'affecter la fourniture d'environ un quart de l'eau d'Israël. Selon des rapports de négociations secrètes dans les années 1990 entre Israël et la Syrie, même le Premier Ministre Benyamin Netanyahou, tenant de la ligne dure, était prêt à rendre le territoire à la Syrie qui borde le flanc Nord du lac de Kinneret. Selon ce point de départ, il est improbable qu'aucun dirigeant syrien ne se satisfasse de rien moins que cela.

Si la Syrie contrôlait les Hauteurs du Golan, cela pourrait compromettre sévèrement la fourniture d'eau d'Israël si ses intentions étaient malveillantes. On peut s'attendre à ce que la Syrie bâtisse sur cette zone avec peut-être jusqu'à un demi million de personnes, qui produiraient des rejets et d'autres contaminants, qui pourraient polluer le Kinneret. Comme un spécialiste israélien lde l'eau e formule : " suivant les standards de la protection de l'environnement et du traitement des déchets en Syrie, le Kinneret deviendrait un horrible étang d'odeur répugnante, inadapté à toute attrait touristique et certainement incapable de fourniture de l'eau potable sans un traitement approfondi et coûteux ".

Il est aussi possible que l'augmentation de la population globale en Syrie et/ou le détournement par les Turcs des eaux du fleuve Euphrate sur le flanc Sud de la Syrie, puisse provoquer une pénurie d'eau qui entraînerait les Syriens à détourner l'eau du Golan. Une Syrie belliqueuse pourrait à dessein détourner l'eau pour priver Israël d'eau à tout moment…Ce fut l'une des causes de la Guerre des Six Jours en 1967.

Tout traité de paix avec la Syrie devra assurer à Israël des droits sur l'eau, mais Israël peut-il se permettre de mettre un tiers de sa ressource en eau à la merci d'une puissance étrangère, spécialement l'une de celles dont les chefs ont parlé de refuser à Israël toute " eau arabe " ? Comme Joyce Starr le dit : " un gouvernement israélien qui concèdera un territoire sur le Golan sans une fourniture d'eau garantie des eaux du Yarmouk, ou une alternative dédiée de ressource en eau, commettrait un suicide national ". Pour finir, Israël pourrait avoir à choisir entre l'eau et la paix avec la Syrie.
Rive Occidentale aquifère

La sécurité de l'eau d'Israël est de plus menacée du fait que la montagne aquifère, qui fournit aussi un quart de l'eau d'Israël, dont la plus grande part de l'eau potable pour les grandes villes, est partiellement localisée sous la Rive Occidentale. La prévision de la 'Commission de l'Eau du Moyen-Orient' dans les années 1990 la Rive Occidentale et de la bande de Gaza connaîtraient un déficit en eau d'ici 2020. Selon les autorités palestiniennes de l'eau, jusqu'à 50 % de l'eau domestique est perdue du fait de systèmes d'approvisionnement usagés et inefficaces. Aujourd'hui, l'eau qu'Israël prélève de la montagne aquifère n'est pas suffisante pour qu'Israël augmente sa production agricole ; pourtant, les Palestiniens exigent le droit d'augmenter leur secteur agricole en utilisant les mêmes ressources limitées en eau.

Comme dans le cas de la Syrie, même si un futur Etat palestinien avait des intentions pacifiques, il pourrait réduire significativement l'eau disponible pour Israël du fait des besoins à satisfaire pour sa
propre population, qui pourrait exploser de plus de deux millions à plus de trois millions si les réfugiés palestiniens y étaient réinstallés. Même aujourd'hui, le forage palestinien non autorisé de puits dans la Rive Occidentale a affecté la qualité de l'aquifère. Sans autre ressource en eau, les Palestiniens seront tentés de pomper davantage dans l'aquifère pour satisfaire leurs besoins croissants, et de là, ils pourraient ainsi l'inonder avec de l'eau de mer. Il n'y a rien qu'Israël pourrait faire pour les stopper. Bien sûr, les Palestiniens voient la situation à rebours. Si la population et la consommation d'Israël augmentent, il pompera davantage d'eau en réduisant la quantité disponible pour ceux-là.

De même, comme pour la Syrie, la mauvaise qualité des installations palestiniennes de traitement de l'eau, leur mauvaise gestion, la négligence, et la faible priorité dédiée aux questions d'environnement augmentent la probabilité que l'aquifère soit pollué et sa qualité diminuée, peut-être au point de devenir imbuvable. Cela est déjà survenu dans la bande de Gaza où l'unique aquifère est inutilisable du fait de la contamination et de la salinité. Aujourd'hui, seulement cinq stations de traitement des déchets existent pour la population palestinienne sur la Rive Occidentale, et une seule parmi elles est en fonctionnement. Cette installation peut traiter les déchets de 50.000 personnes, mais la population de la zone dépasse deux millions. Les Israéliens se demandent justement, si les Palestiniens ne peuvent pas prêter attention à l'eau pour leur propre population, comment ils peuvent leur faire confiance pour protéger l'eau dont Israël dépend ? 

Une affaire de contrôle

En dehors des installations de traitement, puisque l'eau est cruciale pour le développement de l'Etat palestinien, il n'est pas surprenant que les Palestiniens soutiennent que parce l'aquifère repose sous la Rive Occidentale, il doit être placé sous leur contrôle. Avant 1967, Israël utilisait 95 % de cette eau, les arabes seulement 5 %. Depuis lors, la part des Arabes s'est accrue à 17 %, et Israël a donné son accord à l'Autorité Palestinienne pour pomper une quantité négociée à travers la ligne verte.

Les Palestiniens maintiennent qu'Israël vole leur eau, bien que la majorité de l'eau qu'Israël extraie soit pompée depuis la frontière d'avant 1967. Les Israéliens soulignent aussi que le tirage palestinien pour les cultures et l'agriculture dans les territoires a augmenté exponentiellement après 1967 du fait de l'introduction par Israël de l'irrigation au goutte à goutte et d'autres techniques modernes d'irrigation. Ils remarquent aussi que sur 430 villes et villages sur la rive Occidentale, seulement 50 étaient reliés à l'eau courante avant la Guerre des Six Jours. Moins de 25 ans plus tard, leur nombre était de 260. Israël a depuis longtemps exploité la montagne aquifère alors que les Palestiniens l'utilisaient à peine ; Cependant, ils exigent maintenant 100 % de l'eau de l'aquifère, et une compensation pour l'eau pompée depuis 1948, ou au minimum depuis 1967. Israël réplique qu'il a un droit à l'eau fondé sur son utilisation antérieure, son investissement dans le développement, et le flux naturel de l'eau à travers la ligne verte.

Pour son avenir en matière d'eau, Israël devrait maintenir son contrôle sur trois régions de la rive Occidentale, comprenant 20 % de ce territoire. Ces régions demeurent adjacentes à la ligne verte dans le Nord et l'Ouest de la Samarie, et comprennent les collines de Jérusalem dans la direction Sud après Gush Etzion. Comme dans le cas du Golan cependant, Israël a déjà offert des concessions territoriales  qui compromettent la fourniture d'eau. A camp David en 2000, Israël était prêt à rendre jusqu'à 97 % de la Rice Occidentale, et il est improbable que les Palestiniens ou la communauté internationale soit prêts à en accepter moins aujourd'hui. Maintenir la fourniture d'eau nécessiterait aussi d'incorporer un grand nombre de Palestiniens à l'intérieur des frontières d'Israël - précisément ce qu'Israël cherche à éviter. Dans la plupart des scénarios, les zones qu'Israël conserverait - à savoir les principaux blocs d'implantation - couvrent une partie de la montagne aquifère, mais ne confèreraient pas à Israël un contrôle complet sur son utilisation.

Les accords d'Oslo signés en 1993 n'ont pas résolu la question de celui qui contrôlerait les ressources en eau, laissant cela de côté avec les autres questions contentieuses pour les négociations du statut final qui n'ont jamais eu lieu. Si les deux parties devaient discuter de la question de l'eau, nombre de questions difficiles devraient être résolues, comme qui détermine les sites de pompage, combien d'eau peut être pompée sans provoquer de dommage, qui prend les décisions sur le traitement et sa mise à disposition, et qui contrôlera l'adhésion au traité.

Enfin, le problème est le même que celui avec la Syrie. Si Israël abandonne le contrôle de la montagne aquifère, comme c'est implicite dans les propositions faites à ce jour, il dépendra de la bonne volonté des Palestiniens pour la protection de la qualité de l'eau, et assurer qu'Israël continuera de recevoir de l'eau en suffisance pour satisfaire ses besoins. Le contrôle par Israël augmenterait, mais n'assurerait pas la probabilité d'un bon résultat. Une seconde possibilité est que les deux parties disposent d'un contrôle conjoint pour une période intérimaire pour donner aux Palestiniens la chance de démontrer leur capacité à gérer la fourniture d'eau. Une autre option serait d'enrôler une tierce partie neutre pour contrôler l'eau, mais cela pourrait être mal vécu par les Palestiniens. Les Palestiniens pourraient rejeter toutes ces options, cependant, comme autant d'intrusions dans leur souveraineté.

Approvisionnement en danger

Une légère source  d'optimisme provient de l'effort de la part d'Israël et de l'Autorité Palestinienne de protéger la fourniture d'eau pendant la guerre palestinienne. En 2001, les deux parties émirent un appel conjoint pour s'interdire d'affecter l'infrastructure de la fourniture d'eau aux Israéliens et aux Palestiniens sur la rive Occidentale et à Gaza ; ce fut maintenu pendant tout le conflit. De son côté, Israël se tint aussi à ses obligations et résista à la tentation d'utiliser l'eau comme une arme. Même quand les allocations d'eau furent coupées en Israël, il continua de fournir l'eau promise à l'Autorité Palestinienne. Après avoir négocié la quantité d'eau qu'Israël fournirait aux 'territoires', on tomba plus tard d'accord sur une formule d'accord pour augmenter l'allocation d'eau pendant la période intérimaire soulignée dans les Accords d'Oslo. 

Qu'un accord final sur le contrôle de l'aquifère soit obtenu ou non, Israël sera confronté au dilemme de savoir que faire si la fourniture d'eau est menacée. Israël pourrait détecter toutes les  tentatives arabes de cibler son eau, comme la construction d'un barrage, ou le détournement d'eau, mais il sera plus difficile de savoir si l'aquifère de la montagne est affecté par les activités qu'il ne peut pas contrôler, comme le forage de puits dans la rive Occidentale. S'il observe que sa fourniture ou la qualité de l'eau est en danger, Israël devra décider s'il doit répondre militairement pour arrêter le forage de puits, ou le détournement d'eau, ou s'emparer de la source d'eau. Quel niveau de provocation l'ONU, les Etats-Unis, ou la communauté internationale en général  pourrait justifier une action israélienne ? Qu'est-ce que ces parties pourraient faire, si elles sont enclines à la moindre réaction, pour empêcher l'accès à des fournitures d'eau à Israël ? La réponse historique à cette question n'est pas encourageante. Clairement, si Israël n'a pas le contrôle sur ses sources d'eau, son avenir est menacé.

Sources alternatives

Si Israël n'a pas le contrôle sur les Hauteurs du Golan et/ou sur la rive Occidentale, le besoin de sources d'eau alternatives sera essentiel. Il devra prévoir le pire des scénarios d'une coupure de sa fourniture d'eau, et s'assurer qu'il a suffisamment d'eau pour combler la perte de toutes ses fournitures. Cela signifierait aussi augmenter l'infrastructure nécessaire pour une fourniture supplémentaire, qui à son tour nécessiterait plus d'énergie et d'investissement. La répercussion sur l'économie serait significative si ce n'est dévastatrice. Même si Israël maintient le contrôle sur ces zones, il aura inévitablement besoin de davantage d'eau pour répondre aux besoins d'une population croissante et d'une économie florissante.

J'aime l'idée que j'ai lue sur le remorquage d'icebergs depuis les régions polaires vers le Moyen-Orient, mais la plupart des propositions pour résoudre la pénurie d'eau sont plus pratiques et réalistes. Bien que l'amélioration du traitement, de la gestion et de l'infrastructure de l'eau puissent faire gagner une différence marginale dans la disponibilité et la qualité de l'eau, des étapes plus drastiques sont nécessaires pour assurer qu'Israël dispose de l'eau dont il a besoin à l'avenir. La consommation annuelle d'eau d'Israël est d'environ 2550 milliards de litres, et ses ressources en eau totalisent seulement 1980 milliards de litres. Israël surconsomme 25 % de ses ressources en eau.

Cela entraîne la réduction du niveau de l'eau du Kinneret et des aquifères à des niveaux dangereux. Pour combler le déficit, Israël explore et recherche selon quantité d'options.

Une possibilité est de réduire la quantité d'eau fraîche à l'agriculture et de la transférer pour l'usage urbain et industriel. Très peu d'eau peut être détourné de cette manière cependant, parce qu'il n'y a pas de moyen de transporter une grande quantité de l'eau des zones de fermage vers les centres urbains métropolitains. De plus, la réduction de la production agricole israélienne pourrait conduire à une augmentation des cultures par les fermiers palestiniens qui demanderaient de l'eau des mêmes ressources pour leurs récoltes, et utiliseraient probablement l'eau de manière plus inefficace, avec pour résultat une perte nette de fourniture d'eau. Alors que la réduction de l'agriculture économiserait de l'eau, cela aurait d'autres coûts économiques associés à la perte de revenus de ce secteur, et nombre d'autres effets dommageables potentiels, rendant plus difficile le maintien des communautés dans des zones arides comme le Negev.

Une seconde option est de maintenir l'utilisation de l'eau de retraitement des eaux usées dans l'agriculture. Des réservoirs sont construits par le fond National Juif (KKL) pour conserver l'eau rejetée recyclée, et collecter l'eau de débordement et de ruissellement, dont le KKL prévoit qu'elle fournira l'eau à 1.2 million de personnes. Un pourcentage élevé de l'eau utilisée dans l'agriculture, cependant, est déjà recyclé (par exemple l'industrie du coton utilise 90 % d'eau recyclée), et la quantité supplémentaire qui pourrait être utilisée pourrait ne pas augmenter significativement la quantité d'eau fraîche disponible. De plus, l'eau recyclée a quelques effets indésirables comme le potentiel de contaminants  s'infiltrant dans les ressources de l'eau souterraine, des sels de l'eau recyclée endommageant le sol, et réduisant le rendement des récoltes.

Une troisième possibilité pour augmenter l'eau disponible est d'en importer d'un autre pays. Cela est difficile sur le plan logistique, risqué politiquement, et très coûteux. Les idées les plus populaires ont été soit des navires transportant de l'eau depuis la Turquie vers Israël, ou de la transférer via un pipeline. Il y a eu discussion, par exemple, pour un " canal de la paix " turc, qui apporterait de l'eau à la Syrie, à la Jordanie, à Israël et aux Palestiniens. Cette proposition paraît improbable car le coût prévisible est de plus de 8 milliards de $, et cela prendra peut-être 15 ans à construire. Le projet est aussi problématique parce qu'il suppose que la Turquie n'aurait pas besoin elle-même de l'eau dans le futur. De plus, un pipeline serait une  cible tentante pour des terroristes.

Il serait aussi incertain qu'Israël soit inclus dans le projet ; il est possible que la Turquie choisisse de ne fournir que des nations musulmanes. Les relations entre Israël et la Turquie ont été très bonnes cependant, et des négociations prolongées ont eu lieu pour discuter d'un accord d'exportation. Un agrément a été finalement signé en août 2005 : la Turquie a donné son accord pour exporter environ 0,6 milliards de mètres cubes d'eau depuis la rivière Manavgat vers Israël chaque année pendant les 20 prochaines années. On prévoyait pour l'agrément un coût situé entre 800 millions et 1 milliards de $. Le coût de l'importation de l'eau turque est considérablement plus élevé que le prix de l'eau déssalinisée ou recyclée, aussi quand le besoin immédiat est devenu moins urgent avec davantage de pluies, Israël a abrogé l'accord.

Plutôt qu'un pipeline à travers plusieurs pays, une autre suggestion a été d'en construire un à travers Israël. Des propositions diverses pour pomper l'eau de la Mer Rouge ou de la Méditerranée, ont été considérées comme trop coûteuses, et risquant de provoquer la contamination de l'eau fraîche des aquifères lors du transfert de l'eau salée. L'un des canaux proposés aurait du également traverser la Rive Occidentale, ce qui l'aurait rendu politiquement délicat.

L'idée la plus populaire pour réduire la pénurie d'eau en Israël, celle sur laquelle le gouvernement travaille activement aujourd'hui, c'est la dessalinisation - c'est-à-dire, l'extraction du sel de l'eau pour la rendre potable. La dessalinisation est une technique éprouvée avec plus de 7500 usines utilisées dans environ 120 pays, dont 60 % sont situées au Moyen-Orient (l'Arabie saoudite possède la plus grande usine du monde). Malte, par exemple, a commencé la dessalinisation dans les années 1960, et en 1995, celle-ci représentait environ 70 % de ses besoins en eau. Les compagnies israéliennes ont été pionnières dans le domaine de la dessalinisation, fournissant 30 % du marché mondial avec 300 usines dans environ 40 pays. L'un des bénéfices de l'eau dessalinisée est qu'il s'agit d'une ressource plus prévisible et fiable que les ressources d'eau renouvelables. Bien que coûteuse, on s'attend à une baisse du prix avec l'introduction de nouvelles technologies.

En 2000, Israël a lancé un 'Projet Directeur de Dessalinisation' qui prévoit la construction d'une série d'usines le long de la côte méditerranéenne. La première d'entre elles a été construite en moins de trente mois à Ashkelon et mis en route en août 2005. On prévoit que l'usine de 250 millions de $ fournisse entre 5 à 6 % des besoins totaux en eau d'Israël, ou environ 15 % de la consommation domestique du pays. En théorie, Israël pourrait aussi vendre de l'eau dessalinisée aux Palestiniens, mais pour des raisons nationalistes, ils pourraient rejeter l'idée de dépendre d'Israël pour une telle ressource vitale.

En février 2005, un accord a été signé pour une usine de dessalinisation de l'eau de mer d'un montant de 85 millions de $ dans la zone de Palmahim, qui devait être opérationnelle d'ici 2007. d'autres installations sont prévues à Hadera et Ashdod. De plus, Israël a signé un accord en 2006 avec Siemens pour développer ensemble des technologies de traitement de l'eau pour résoudre des défis comme la fourniture d'une eau de haute qualité.

La dessalinisation n'est pas la panacée dans l'immédiat. Elle peut améliorer les problèmes de l'eau d'Israël mais pas les résoudre. Les usines sont coûteuses, leur construction prend du temps, consomment beaucoup d'énergie, et ne fourniront pas autant d'eau qu'Israël en aura besoin. Elles constituent aussi des cibles tentantes pour les terroristes. L'installation d'Ashkelon, par exemple, n'est pas éloignée des endroits où les roquettes tirées depuis la bande de Gaza ont atterri.

Conclusion

Il y a un certain prix de la "Poule Mouillée* " aux mises en garde concernant une pénurie d'eau, semblables aux proclamations inexactes entendues dans le passé sur l'épuisement de l'approvisionnement en pétrole. La première mise en garde sur l'excès de pompage a été émise par le contrôleur des finances de l'Etat d'Israël en 1966. Des prévisions affreuses pendant les années 1990 suggéraient que l'eau deviendrait plus importante que le pétrole d'ici 2000 et que, dès 2005, Israël ne disposerait pas de suffisamment d'eau pour la consommation des ménages.
L'eau peut encore devenir une menace pour la survie d'Israël, mais Israël a pris des mesures  pour améliorer sa sécurité dans ce domaine, et cela peut s'avérer être le moindre danger décrit dans ce livre**. Si la nature ne joue aucun tour pendable en Israël, tel qu'une sècheresse prolongée, la combinaison de l'augmentation de l'eau recyclée et dessalinisée devrait satisfaire les besoins d'Israël pour l'avenir prévisible.

Malgré la hantise que l'eau ne puisse devenir un point de déclenchement d'un conflit, Israël et ses voisins ont, depuis plusieurs décennies, mieux réussi à coopérer dans les conflits au sujet de l'eau que sur d'autres questions. De plus, des négociations passées et des plans de paix proposés ont démontré que l'eau ne sera pas le principal facteur dans la détermination des concessions territoriales : des questions stratégiques, économiques, et politiques seront considérées d'un bien plus grand poids dans les calculs des décisionnaires. La complexité de la question a conduit les deux parties à un moratoire pour la résoudre, mais un accord doit être obtenu pour éviter des conflagrations futures au sujet de l'eau.

Chapitre extrait de : " Will Israel Survive ? " *** (Palgrave-MacMillan)

Pour lire en anglais toutes les " Fact Sheets", aller à l'URL :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/talking/talkt...

Notes du traducteur

* Chiken Little Award : La récompense de la "Poule mouillée", couronne une réalisation douteuse décernée par le 'National Anxiety Center' aux individus ou organisations qu'il considère comme impliqués
dans des campagnes médiatiques inspirant la peur dans le domaine environnemental (Wikipedia).

** Ce chapitre sur " La paix au Moyen-Orient dépend du contrôle crucial des ressources en eau " est tiré du livre le plus récent de Mitchell Bard :  Will Israel Survive? (editions Palgrave-MacMillan)

*** Mitchell Bard est aussi l'auteur du livre : "Mythes et Réalités des conflits du Proche-Orient ", destiné au public américain, traduit et adapté pour le public francophone par Liliane Messika  sous ce titre, et publié aux éditions Raphaël  en juillet 2003. 

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