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vendredi, 07 décembre 2007

Les larmes d'Enrico

LES LARMES D'ENRICO MACIAS

Enrico Macias a néanmoins tenu à souligner qu’il restait très attentif à ce qu’a écrit la presse algérienne sur cette affaire, autant qu’il l’a été par rapport à ce qui s’est passé auparavant. Le chanteur s’est limité à déclarer qu’il voudrait juste «dire aux Algériens que j’aime le soleil et j’apporterai avec moi un peu de soleil aux Algériens».

 

Une phrase qui dénote du message de paix et d’amour de cet enfant de Constantine, bien sûr,  mais aussi sa volonté de ne pas ajouter de l’eau au moulin de ce front de refus qui l’a déjà dissuadé de venir à Constantine en 2000. Celui qui a si souvent chanté la nostalgie de sa terre natale n’a pas manqué de préciser hier qu’il serait «l’homme le plus heureux si je venais en Algérie».

 

«Je serais très heureux», insiste-t-il d’une voix émue. «Excusez-moi, je ne peux pas dire davantage pour le moment,»  lance-t-il, sous l’emprise de l’émotion, non sans un sourire propre à ce «mendiant de l’amour», tout en tenant à remercier le journal pour ses écrits consacrant la tolérance et le respect des différences. «Je vous remercie pour tous ces mots», nous dit-il.

 

Il est à noter que dans une déclaration faite hier à l’AFP, le chanteur a annoncé, à propos de cet éventuel voyage : «j’ai exprimé mon désir auprès du président (Nicolas Sarkozy) de l’accompagner, mais je lui ai dit que si cela posait des problèmes, il ne fallait pas qu’il se gêne pour me le dire».

 

On ne sait toujours pas, cependant, si le chanteur viendra ou non, ni ce qu’en a décidé donc l’Elysée. Contacté dans l’espoir d’obtenir une quelconque indiscrétion, Kamel Claude Bouchareb, né à Constantine et installé en France depuis 4 mois, n’a pas exclu qu’Enrico Macias soit effectivement dans la capitale de l’Est le 4 décembre. Il a également indiqué que si cela advenait, beaucoup d’endroits seraient à l’ordre du jour de sa visite.

 

Témoignant sur le passé du chanteur, il dira : «J’ai exercé comme écolier à l’école Digrou et Enrico Macias était à l’école Montesquieu de Chelghoum-Laïd.

 

Nous suivions Enrico Macias, deux autres personnes et moi, auprès de l’instituteur Roger Halimi, des cours de rattrapage pour l’obtention du CEP. Il avait deux grands amis, cheikh Amar Bouhabib et Ali Slimani (décédé). Ils se rencontraient au café El Bahdja. Enrico Macias et cheikh Amar Bouhabib étaient amoureux du malouf et jouaient ensemble».

 

Et d’ajouter : «je fais partie du mouvement contre le racisme et la xénophobie (MCRX), créé juste après l’invitation faite par le président Bouteflika à Enrico Macias en 2000 pour sa venue à Constantine».

 

«Enrico Macias n’a jamais fait de mal aux Algériens. S’il l’avait fait je ne l’aurais jamais soutenu», lance-t-il.

 

Des travaux de réfection ont eu lieu, à l’époque, dans cette école, à Chelghoum-Laïd, dans la perspective du voyage d’Enrico Macias.

 

Ce voyage annulé suite au tollé soulevé par un «front de refus» animé à l’époque par Abdelaziz Belkhadem, était très attendu par des familles constantinoises qui avaient proposé l’accueil, chez elles, de cet enfant de Constantine.

 

«Ces familles sont toujours prêtes à l’accueillir,» nous dira le professeur Abdelhamid Sakhri, président du MCRX.

enrico et son pere et les reves de retour

Enrico Macias qui s'appelle en réalité Gaston Ghrenassia, naît le 11 décembre 1938 à Constantine en Algérie dans une famille juive. Il suit sa scolarité normalement tout en s'adonnant au plaisir de la musique, celui de la guitare en particulier. Son père est violoniste dans l'orchestre de Cheick Raymond Leyris, grand maître du maalouf, musique arabo-andalouse spécifique du Constantinois. Dès l'âge de 15 ans, le jeune Gaston se retrouve dans cet orchestre prestigieux et devient rapidement l'éventuel successeur de Cheick Raymond.

 

En 56, il obtient son baccalauréat et postule pour avoir une place de surveillant dans une école. La musique ne semble pas lui proposer un métier d'avenir. Comme il y a un manque d'effectif notoire dans l'enseignement, il est embauché comme instituteur. Il continue néanmoins à pratiquer la guitare.

 

Mais l'Algérie "française" vit ses derniers instants, celle où les catholiques, les Juifs et les musulmans vivent sur le même territoire. Un mouvement nationaliste mené par le Front National de Libération (FLN) se bat pour obtenir l'indépendance de ce pays colonisé par la France au XIXème siècle. La guerre passe aussi par la guérilla, les meurtres, les assassinats. En 1961, Cheick Raymond est tué le 22 juin à Constantine. Le jeune Gaston se rend compte de l'aspect inéluctable de l'exil, signe flagrant de la fin d'une époque.

constantine(la ville natale d'enrico)

Exil

 

 

Il s'embarque en 61 avec Suzy, sa femme et fille de Cheick Raymond sur le "Ville d'Alger", bateau qui les emmène en "métropole". Le départ est un vrai déchirement pour toute une population condamnée à l'exil. Il en va de même pour Gaston. En arrivant à Paris, il décide de se lancer dans la musique. Prodige du maalouf, il lui faut s'adapter au public métropolitain. Il tente de traduire en français, les morceaux de ce genre particulier. Mais le résultat ne lui semble pas satisfaisant. Il se compose alors un répertoire personnel fait de ses propres expériences.

 

Mais il faut survivre. Il exerce plusieurs métiers pour subsister puis reprend sa guitare, chante à la terrasse des cafés, et se décide à prospecter les cabarets. Il est engagé au Drap d'Or en 62. Son premier disque, il le doit à une rencontre hasardeuse avec Raymond Bernard de chez Pathé qui lui fait enregistrer "Adieu mon pays" composé sur le bateau de l'exil : "J'ai quitté mon pays, j'ai quitté ma maison, j'ai quitté ma famille…". En octobre, il passe à la télévision lors d'une émission Cinq colonnes à la une consacrée aux rapatriés d'Algérie, aux "Pieds noirs" comme on les appelle dorénavant. C'est le déclic.

 

En 63, il commence à se produire en public et fait sa première tournée en vedette américaine de Paola et de Billy Bridge. Il la terminera en vedette principale avec des titres comme "Enfants de tous pays" ou "L'Ile du Rhône". Cette année-là, naît aussi sa fille Jocya.

enrico et sa guittare

Le chantre des Pieds Noirs

 

 

En plein boom yéyé, Gaston devenu Enrico Macias, fait un véritable malheur. L'année 64 est le début d'une grande carrière française et internationale. Il se produit à l'Olympia en première partie des Compagnons de la chanson au printemps. Il part bien sûr en tournée à travers la France mais aussi au Liban, en Grèce et en Turquie où il chante des chansons qui vont devenir des tubes, "Paris, tu m'as pris dans tes bras" ou "les Filles de mon pays".

 

Si son public originel est bien celui des Pieds Noirs qui se retrouvent dans le répertoire de Macias et qui voient en lui un représentant de leur communauté, le chanteur réussit à toucher aussi le plus grand nombre, à faire fredonner ses chansons par n'importe qui. En 65, il reçoit le Prix Vincent Scotto et compose "les Gens du Nord" et "Non je n'ai pas oublié". L'année suivante, il se produit à Moscou devant 120.000 personnes au stade Dinamo et dans 40 autres villes soviétiques. Il s'embarque aussi pour le Japon où son succès est impressionnant. Il enregistre des disques en espagnol et en italien. R.

les larmes d'enrrico

 

 

Les années suivantes se ressemblent entre les disques et les tournées, tout en apportant leurs lots de nouveautés et d'émotions fortes. En 68, il remporte un immense succès au Carnegie Hall à New York et enchaîne sur des concerts au Canada. Il sort un titre intitulé "Noël à Jérusalem". L'année suivante est marquée par une tournée aux Etats-Unis, Chicago, Dallas, Los Angeles, etc. En 71, il revient à l'Olympia à Paris, se produit aussi au Royal Albert Hall à Londres et va chanter au Japon, au Canada, en Italie et en Espagne. Il retourne aux Etats-Unis pour plusieurs dates et se produit une nouvelle fois au Carnegie Hall à New York en 72. Deux ans plus tard, c'est à l'Uris Theater à Broadway qu'il donne une dizaine de représentations ainsi qu'à l'Olympia pour la sixième fois depuis ses débuts.

13:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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