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mercredi, 23 janvier 2008

Citoyenneté, judaïsme, laïcité/Par Haïm Korsia

Citoyenneté, judaïsme, laïcité

 

 

 

 

Par Haïm Korsia

 

 

Aumônier général israélite des armées, Secrétaire général de l'association du rabbinat français

 

 

 

 

 

 

Suite à la libre opinion intitulée « Judéité, laïcité, citoyenneté » parue dans le Figaro sous la triple signature des chefs spirituels d'un mouvement juif libéral, et critiquant la saisine de la Halde à propos des examens le shabbat et les jours de fêtes juives, il me semble nécessaire de préciser quelques points.

 

 

Jamais il n'a été question d'interdire en France tous les examens les samedis, mais de demander à trouver des solutions de bon sens. Y a t'il atteinte à la République à engager au dialogue? Je ne le pense pas. Il faut affirmer qu'un jeune qui croit en une foi religieuse n'est pas un danger pour la laïcité, bien au contraire, puisque c'est l'Etat qui garantit sa liberté de pratique.

 

 

Les signataires n'ont malheureusement pas lu la saisine, car ils y auraient trouvé l'expression d'un attachement profond à la laïcité que justement nous défendons. L'Etat laïc n'a pas vocation à normer les pratiques religieuses et il est surprenant que le judaïsme libéral dénie aux juifs ce qu'il accepte et même parfois revendique pour les autres cultes, à savoir le respects de nos règles, traditions et devoirs religieux. Le Consistoire est dans son rôle lorsqu'il plaide pour des carrés juifs dans les cimetières, car toutes les religions ont la même demande qui est celles de tous nos fidèles, y compris les plus libéraux. Le Consistoire est dans son rôle lorsqu'il s'inquiète d'un laïcisme outrancier de certains concernant les examens les jours fériés et il est toujours dans son rôle lorsqu'il préconise la nourriture cacher dans les hôpitaux ou des ouvertures de portes compatibles avec nos règles, mais jamais au dépend de la sécurité. Le Consistoire est fidèle à sa devise « Patrie et religion » qui s'incarne dans tout ce qui fait notre vie juive et qui est un cadre rituel qui, de nos jours, doit être mieux expliqué, en particulier dans un monde où les rites s'effacent, emportant avec eux nombres de repères de notre société.

 

 

Par ailleurs, c'est faire insulte au travail remarquable de la Halde que de ne pas reconnaître que la notion de discrimination indirecte est une réalité que connaissent certains juifs qui se heurtent à un refus de trouver des solutions pour des questions aussi simples qu'une serrure ou un examen.

 

 

Le texte de la Halde est limpide: « La discrimination est indirecte lorsqu’une disposition, un critère, une pratique apparemment neutre, est susceptible d’entraîner un effet défavorable pour une personne ou un groupe de personnes en raison d’un critère prohibé par la loi, par exemple leur origine, leur sexe ou leur religion, par rapport à d’autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit effectivement justifié par un objectif légitime et que les moyens de réaliser cet objectif ne soient appropriés et nécessaires. »

 

 

De manière absolue, le judaïsme se réclame de la France car nous sommes une part de son génie, mais ce lien n'implique pas une oblitération de notre foi. Depuis Louis XIV qui voulait une France acquise à « un roi, une foi, une loi », les Lumières et 1789, ou plus exactement 1791 pour les juifs, ont permis à chacun d'être porteur d'une double fidélité à sa foi et à son pays.

 

 

Je ne méconnais pas l'histoire de France et l'apport du christianisme, mais je sais que des juifs étaient présents et actifs avant même que Clovis ne soit baptisé en 496, je sais ce que la langue française doit au rabbin Rachi de Troyes et à tant d'autres, et ce serait faire preuve de peu de mémoire que d'effacer les traces de ces apports à la culture et à l'histoire de France.

 

 

Je plains sincèrement ceux qui se vivent eux même en situation de dhimmi, de soumis, dans un pays qui ne fait, lui, aucune différence entre ses enfants. Je plains ceux qui n'ont pas appris de l'histoire biblique ou plus tragiquement contemporaine que rien ne peut justifier le rejet de son frère, et que la grandeur d'un homme est de défendre ceux qui vivent intensément, authentiquement leurs convictions ou leur foi, sans jamais nuire à la collectivité, bien au contraire, même s’il ne les partage pas.

 

 

Nul ne se grandit en abaissant ses propres frères, c'est ce que nous enseigne la parole du deuxième fils de la Haggadah du soir de Pâques: « Quelles sont ces traditions pour vous? ». La force du judaïsme a toujours été de porter les espérances des uns et des autres, les combats des uns et des autres, les rêves des uns et ceux des autres, même si ce n'étaient pas les notres.

 

 

Sachons conserver nos traditions afin de donner plus à la France.

 

 

23:00 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

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