Avertir le modérateur

dimanche, 13 avril 2008

L'IRAN POSE PROBLEME

L'IRAN POSE PROBLEME

 

 

Par David Ignatius- L'auteur est un chroniqueur du Washington Post et co-anime l'émission en ligne PostGlobal. Son adresse email est davidignatius@washpost.com

 

Paru dans Washington Post du 9/04/08

 

Adapté par Albert Soued, www.chez.com/soued pour www.nuitdorient.com

 

 

Lors du compte rendu devant le Sénat américain du Gen. David Petraeus et de l'ambassadeur à Bagdad Ryan Crocker, ces derniers ont utilisé un langage crû et révélateur, en parlant de l'Iran. Les activités de Téhéran sont désignées comme "abominables", son influence est "nuisible" et elle présente la plus grande menace pour la viabilité du gouvernement de Bagdad. L'Iran était au centre du débat lors de ce témoignage sur la guerre d'Irak. Avec al Qaeda en fuite, la menace Iranienne est devenue la raison de notre mission, mais aussi l'explication de nos faiblesses. C'est à cause de l'Iran que nous sommes enlisés en Irak, mais c'est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons pas nous retirer. Le spectre des mollahs rôde sur le champ de bataille comme un Catch22 géant. Et l'ordre de bataille ne changera sans doute pas pour le reste de cette année.

 

C'était le message implicite du général Petraeus, quand on lui a demandé si les troupes allaient être réduites en Juillet, au niveau d'avant la contre-insurrection. Il a parlé avec mystère d'une période de consolidation et d'évaluation de 45j suivie d'une autre période non limitée d'appréciation. On peut traduire ce langage en disant qu'il souhaitait garder sur place des forces importantes, pour éviter une détérioration du niveau de la sécurité. Pour un commandant, ceci est compréhensible; mais cela signifie aussi que cette affaire atterrira sur le bureau du prochain président.

 

On ne peut pas y échapper non plus, la question de l'intervention de l'Iran dans ce conflit devra aussi être abordée et résolue par le prochain président. La nouvelle administration pourra-t-elle attirer cet ennemi "nuisible" vers un nouveau système de sécurité pour la région? L'Amérique pourra-t-elle réduire ses forces armées en Irak, sans créer un vide qui sera vite rempli par les Gardes Révolutionnaires Iraniennes et les milices shiites? Pourra-t-on se lancer dans une mission dangereuse contre l'Iran?

 

Ce sont les questions posées en filigrane lors de ce témoignage. Mais tous les officiels américains parlent des troubles créés par l'Iran en Irak comme si cela était une affaire toute récente. A un moment donné de son compte rendu, Petraeus a dit "il est clair que l'Iran est intervenu en Irak ces dernières semaines". Mais pourtant cette intervention a une longue histoire derrière elle.

 

L'action subversive de l'Iran pour remodeler l'Irak à son image est déjà évidente depuis mars 2003, quand les troupes américaines sont arrivées. Les services de renseignement Iraniens avaient établi des listes de personnalités à assassiner dans les mois qui ont suivi. Ils ont expédié des mollahs Irakiens, entraînés en Iran, pour prendre le contrôle des mosquées shiites de l'Irak central et méridional, celles qui étaient persécutées par Saddam Hussein. A l'approche des élections de janvier 2005, ils ont financé leurs alliés shiites à concurrence de 12 millions $/semaine, en argent occulte. Ils ont infiltré tous les principaux partis politiques shiites, ainsi que certains partis sunnites.

 

Les Iraniens tirent les ficelles du jeu politique et sont partout à la fois. Ils ont des liens avec le 1er ministre Nouri Al Maliki et son parti de la Daawa. Ils financent l'organisation Badr du sheikh shiite Abdel Aziz al Hakim, base du recrutement dans l'armée Irakienne. Ils fournissent les armes, forment et entraînent toutes les factions extrêmes de l'armée du Mahdi. Le chef de celle-ci, Moqtada al Sadr, vit actuellement dans la ville sainte de Qom, souffrant semble-t-il d'une dépression nerveuse, selon les Renseignements. Un bon stratagème serait de l'inviter à rentrer chez lui, pour vérifier sa capacité à mener des négociations. Ce sont les Iraniens qui ont réussi à créer les troubles récents à Basra et à Bagdad, par le biais de certains agents locaux et négocient un cessez-le-feu par le biais d'autres agents, jouant de la lyre Irakienne, en pinçant toutes les cordes.

 

Mener une guerre contre l'Iran n'est pas une très bonne idée. Se battre contre ses agents en Irak où tous nos alliés sont plus ou moins manipulés par les réseaux d'influence Iraniens, est encore pire. Le seul et meilleur argument pour maintenir des troupes sur place, c'est qu'il s'agit d'un moyen de pression contre l'Iran. Mais c'est aussi le bon argument pour réduire ces troupes à un niveau politiquement et militairement acceptable. Car alors, l'Amérique aura les mains plus libres pour agir contre l'Iran s'il le faut.

 

 

Le prochain président devra mêler l'action militaire à la diplomatie, pour discuter avec l'Iran et lui fixer des limites à ne pas franchir Ce dialogue semble nécessaire pour que le futur Moyen Orient soit stable. Mais attention, une Amérique faible parvenant à un faux accord avec un Iran impudent qui l'aurait roulée, ce serait un désastre. (1)

 

L'ambassadeur Crocker a raison de dire "Tout ce qui est lié à l'Irak, c'est vraiment dur!" Il en est de même de l'Iran. Hier, Petraeus et Crocker ont dû répondre à un flot de questions très dures; demain, ce sera le tour de l'un des 3 candidats actuels à la présidence des Etats-Unis, ceux qui, hier encore, posaient à juste titre des questions.

 

 

Note de la Traduction

 

(1) Mr Ignatius semble jouer au naïf, car il doit savoir que lors de toute négociation avec l'Iran l'interlocuteur américain sera roulé dans la farine: il suffit d'observer toutes les négociations passées, quel qu'en soit le partenaire. L'attaque ciblée des sites nucléaires Iraniens semble inéluctable. La date reste à deviner.

 

 

The Iran Problem

 

By David Ignatius - The writer is co-host of PostGlobal, an online discussion of international issues. His e-mail address isdavidignatius@washpost.com

 

Wednesday, April 9, 2008; Washington Post

 

 

The language that Gen. David Petraeus and Ambassador Ryan Crocker used yesterday to describe the Iranian role in Iraq was extreme -- and telling. They spoke of Tehran's "nefarious activities," its "malign influence" and how it posed "the greatest long-term threat to the viability" of the Baghdad government.

 

Iran was the heart of the matter during Senate testimony on the war. With al-Qaeda on the run in Iraq, the Iranian threat has become the rationale for the mission, and also the explanation for our shortcomings. The Iranians are the reason we're bogged down in Iraq , and also the reason we can't pull out our troops. The mullahs in Tehran loom over the Iraq battlefield like a giant Catch-22.

 

The order of battle in Iraq isn't likely to change significantly for the rest of the year. That was Petraeus's implicit message when he was asked about additional troop withdrawals after July, when U.S. forces are to return to pre-surge levels. He spoke opaquely about a 45-day period of "consolidation and evaluation," followed by an additional, open-ended period of "assessment." The translation was that he wants to keep the most robust force there possible, to prevent security from deteriorating on his watch. That's understandable for a commander, but it means the question of future troop strength will land squarely on the shoulders of the next president.

 

And, inescapably, the issue of containing Iran will fall to the next American president, too. Can a new administration draw the malign adversary that Petraeus and Crocker described into a new security architecture for the region? Can America reduce its forces in Iraq without creating a dangerous vacuum to be filled by Iranian Revolutionary Guards and Shiite militias?

 

Who will bell the Iranian cat? That was the question lurking behind yesterday's testimony. U.S. officials, even the most sophisticated ones such as Petraeus and Crocker, sometimes speak as if Iranian mischief in Iraq is a recent development. "The hand of Iran was very clear in recent weeks," Petraeus said at one point. But it has a long history.

 

Iran's covert campaign to reshape Iraq has been clear since the U.S. invasion in March 2003. Iranian intelligence officers prepared lists of Iraqis for assassination in the weeks and months after the war began; they sent Iranian-trained mullahs to take over the Shiite mosques of central and southern Iraq that had been smashed by Saddam Hussein; they pumped an estimated $12 million a week in covert financial support to their allies as the January 2005 election approached; they infiltrated all the major Shiite political parties, and many of the Sunni ones, too.

 

The Iranians have fixed the political game. They are on all sides at once. They have links to Prime Minister Nouri al-Maliki and his Dawa party; they funnel money to the Badr organization of Shiite cleric Abdul Aziz al-Hakim, which is a key recruiting ground for the Iraqi army; they provide weapons, training and command and control for the most extreme factions of the Mahdi Army. Moqtada al-Sadr, the Mahdi Army's nominal leader, is actually living in the Iranian holy city of Qom , suffering from what intelligence sources believe may be clinical depression. A useful ploy would be to invite him to come home and see if he can be drawn into negotiations.

 

The Iranians were able to start the recent trouble in Basra and Baghdad through one set of operatives, then negotiate a cease-fire through another. In short, they play the Iraqi lyre on all its strings.

 

Fighting a war against Iran is a bad idea. But fighting a proxy war against it in Iraq , where many of our key allies are manipulated by Iranian networks of influence, may be even worse. The best argument for keeping American troops in Iraq is that it increases our leverage against Iran; but paradoxically, that's also a good argument for reducing U.S. troops to a level that's politically and militarily sustainable. It could give America greater freedom to maneuver in the tests with Iran that are ahead.

 

Somehow, the next president will have to fuse U.S. military and diplomatic power to both engage Iran and set limits on its activities. A U.S.-Iranian dialogue is a necessary condition for future stability in the Middle East. But the wrong deal, negotiated by a weak America with a cocky Iran that thinks it's on a roll, would be a disaster.

 

Crocker has it right when he says, "Almost everything about Iraq is hard." That's especially true of the Iran problem. Petraeus and Crocker were taking the hard questions yesterday, but soon enough it will be one of the presidential candidates who were dispensing sound bites yesterday: John McCain, Barack Obama or Hillary Clinton.

 

 

19:00 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu