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dimanche, 18 mai 2008

Le refus du travail de mémoire .Par Guy Milliere

Le refus du travail de mémoire

Par Guy Millière

Sunday 11 May

 


sans

 

© Metula News Agency

 

 

 

Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour l’Europe…

 


Me rendant, le 1er mai dernier, à Radio J, rue des Rosiers à Paris, où Michel Zerbib m’avait invité à m’exprimer, je suis passé devant le Mémorial de la Shoah. Les cérémonies organisées à la mémoire des victimes juives de la barbarie nazie avaient commencé, à Yad Vashem, la veille au soir. Le matin même, les sirènes avaient retenti dans tout Israël et la population s’était, comme chaque année, figée dans le recueillement.

 

 

 

A Paris, on énonçait les noms, parfois les âges des victimes françaises de l’Holocauste : des enfants de quatre ou cinq ans, des familles entières. Je suis resté quelques instants, les yeux tournés vers le sol. M’habitait l’immense sentiment de honte qui s’empare de moi dès que je suis conduit à penser à ce qui s’est passé, voici quelques décennies à peine, au cœur d’un continent qui se prétend parfois être celui de la civilisation.

 

 

 

Je n’étais pas né quand le Crime s’est produit, mais combien de Français n’ont rien fait et n’ont rien dit, combien ont collaboré, activement ou passivement ? Il y a eu ceux qu’on appelle les Justes, je sais. Mais cela ne compense pas. Rien ne peut compenser ce qui n’est pas compensable. Je ne puis comprendre, jusqu’à ce jour, comment tant de gens de ce pays ont pu vivre leur vie tandis que d’autres, juste à côté d’eux, se trouvaient broyés, peu à peu, par l’engrenage infernal qui allait les emporter. Je ne peux admettre, jusqu’à cette heure, que certains se soient rendus dans un jardin public, dans une salle de spectacle, ou dans quelque autre lieu alors qu’à l’entrée il était écrit : « Interdit aux juifs ».

 

 

 

 

 

Je trouve moralement inadmissible que ce soit en Israël seulement qu’on rende hommage et qu’on se souvienne des victimes, alors que dans les pays où le Crime s’est commis, on ne respecte pas même trente secondes de silence.

 


Il y a pire. La rue Geoffroy L’Asnier, où se trouve le Mémorial, était condamnée, ce jour là, par des barrières de sécurité. Des policiers veillaient, mais aussi des agents de sécurité. Un rassemblement paisible de gens, venus entendre des noms, songer à des êtres humains assassinés de façon aussi effroyable pourrait-il tenter des agresseurs, donner des idées d’attentats ? Je sais, hélas, que la réponse est : oui.

 

 

 

Je sais que la haine ancienne n’a pas disparu des cœurs et des esprits et qu’est venu se mêler à elle un afflux de haine renouvelée. Je sais que devant chaque école juive, chaque centre culturel hébraïque, chaque synagogue, il existe des mesures de précaution qu’on ne rencontre devant aucune autre sorte d’édifice dans ce pays. Je sais que ce qui se constate en France se constate ailleurs en Europe, sans que cela ne semble scandaliser quiconque un seul instant.

 


Je sais aussi que la haine des antisémites se confond souvent désormais avec celle d’Israël, et que cette haine elle-même ne dit pas toujours son nom. C’est très tendance, en Europe, aujourd’hui, d’être « antisioniste ».  C’est très branché de plaindre ces pauvres Palestiniens qui sont victimes des Juifs, bien sûr (ô pardon : des Israéliens), et pas du tout la proie de fanatiques ou de dirigeants crapuleux.

 


Je suis bien placé pour savoir que le sujet est quasiment tabou et qu’on ne peut remettre en cause les versions falsifiées de l’histoire du Proche-Orient, qui tiennent désormais le haut du pavé, qu’en prenant d’infinies précautions.

 


Mais personne ne m’empêchera de dire que je suis heureux, profondément heureux, qu’Israël fête, en ce mois de mai 2008, son soixantième anniversaire. Je trouve que ce qu’Israël a accompli en soixante ans est, au sens propre du terme, extraordinaire. Je pense avec une infinie tristesse à ceux que le Crime a broyé, et dont il ne reste rien. Je songe, avec une émotion qui me redonne confiance en l’espèce humaine, aux survivants qui se sont battus pour qu’Israël soit, et qui ont pu voir les accomplissements d’Israël.

 

 

 

Je comprends, au plus profond de mon être, tous ceux que les attitudes lâches, précautionneuses ou perfides de tant de dirigeants européens, ces dernières années, mettent mal à l’aise, et je partage leur malaise. Je comprends aussi tous ceux que la diffamation banale d’Israël, qui survient de manière récurrente dans divers media est indigne, et je partage leur indignation.

 


Je vois, enfin, dans l’incapacité de tant d’Européens à regarder en face et jusqu’au bout la monstruosité de la Shoah et l’absolue légitimité de l’existence de l’Etat d’Israël un signe sombre. Un signe montrant que les leçons ne sont jamais retenues, que le combat pour la dignité de l’être humain est à recommencer chaque jour, et qu’il reste, décidément, beaucoup de chemin à faire pour l’Europe si elle et ses habitants entendent être à la hauteur des valeurs qu’ils prétendent incarner.  

 

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