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mercredi, 28 mai 2008

URGENCE HUMANITAIRE : LA SOLUTION DES "casques rouges" à l'ONU

______________________________ nicole guedj ______________________________
Ancienne Secrétaire d’Etat aux droits des victimes et présidente de la fondation Casques rouges

Banda Aceh, 26 décembre 2004 : le Tsunami en Asie du Sud-est a entraîné la mort de 280 000 personnes et la disparition de plus de 130 000 individus. Privées de vivres et d’eau potable, les populations vivaient dans des conditions sanitaires des plus déplorables. Le territoire, resté pendant des semaines dépourvu d’électricité et de moyens de communication, s’est retrouvé isolé. Pourtant, grâce à la diffusion en boucle, d’images du désastre sur l’ensemble des chaînes de télévision, l’opinion publique internationale s’est largement impliquée pour venir en aide aux victimes. Campagne de levée de fonds sur les écrans du monde entier, SMS militants, dons en ligne, l’utilisation des nouvelles technologies a permis de sensibiliser chaque citoyen, à la nécessité de se mobiliser en faveur de l’action humanitaire. Grâce aux 13 milliards de dollars récoltés, les acteurs de la crise ont pu acheminer leur matériel de première urgence et procéder à la reconstruction du pays dévasté par la catastrophe.

Cette prise de conscience collective a marqué un tournant dans l’histoire de la solidarité entre les peuples. Depuis, chaque membre de la communauté internationale a à cœur d’assumer la « responsabilité de protéger », principe reconnu un an après par les Nations-Unies. Et pendant le Tsunami, les ONG et les Etats se sont efforcés d’honorer cette responsabilité envoyant tous azimuts des milliers d’hommes et des tonnes de matériels pour assister, tant bien que mal, les populations sinistrées. Malgré la bonne volonté générale, le manque d’organisation et de coordination des secours a empêché d’atteindre les objectifs d’efficacité exigés.

Face à ce bilan, seule une « force internationale humanitaire de réaction rapide », gérée par l’ONU, et permettant de mutualiser les ressources humaines et matérielles de chaque organisation, aurait permis de réagir, dans l’urgence, à l’ampleur d’une telle crise. Si l’on est en mesure d’envoyer des centaines de soldats et une logistique de taille, en quelques semaines, pour maintenir la paix sur une zone de guerre, c’est également à l’échelle des Nations-Unies qu’il faut penser l’organisation des secours aux victimes de catastrophes naturelles. C’est pourquoi, Secrétaire d’Etat aux droits des victimes en 2004, j’ai proposé la création de « Casques Rouges », « frères humanitaires » des Casques bleus. Ce projet a été soutenu par la France et accepté, alors, par le Secrétaire Général de l’ONU.

Dotée d’un Etat Major renforcé, il s’agirait pour cette force d’analyser en continu les risques potentiels de catastrophes et de pré-identifier les moyens humains et logistiques existants sur chaque continent, pour être capable d’intervenir dans l’urgence. Envoyés dans les premières 24 heures d’une crise, les « Casques Rouges » auraient pour mission de faire un état des lieux de la situation, pour ensuite solliciter l’aide internationale nécessaire à la prise en charge des victimes. Une fois déployée, celle-ci serait coordonnée par des spécialistes de l’action humanitaire. Regroupés sous une seule et même bannière, des pompiers, médecins, logisticiens, ingénieurs, géologues, professionnels de la sécurité…, ayant une parfaite connaissance du terrain, s’attacheraient à organiser précisément l’action des équipes de secours, pour optimiser l’investissement de chacun. Et pour faciliter le travail des ONG mobilisées, les « Casques Rouges » leur mettraient à disposition une flotte logistique, déjà pré-positionnée à proximité. Ainsi, nous pourrions compter sur des hélicoptères, des hôpitaux mobiles, des conteneurs de télécommunications, des outils de traitement de l’eau, toujours pour répondre efficacement aux exigences d’une catastrophe. Au final, il s’agirait de proposer à la grande famille des humanitaires, d’unir ses forces et ses moyens autour d’un unique organe international, habilité à opérer dans n’importe quelle région du monde.

Rangoun, 3 mai 2008 : Selon la junte birmane, le cyclone Nargis aurait fait plus de 130 000 morts et disparus. Les Nations Unies, quant à elles, parlent de 1,5 million de sinistrés. Et ces chiffres sont certainement encore sous-estimés. En moins de quelques heures, les principales infrastructures des régions de l’Irrawaddy et de l’ancienne capitale ont été détruites. Alors que l’ONU tente de négocier l’entrée de ses équipes dans un pays réfractaire à l’apport de toutes aides étrangères, que les ONG essaient d’acheminer des bâches, de l’eau, des tentes et de la nourriture, pour secourir la population, laissée pour l’heure à l’abandon, les « Casques Rouges » se seraient justement attachés, au préalable, à prévoir l’organisation d’une opération de secours en Myanmar.

Et c’est justement sur cette question cruciale que se porte aujourd’hui l’attention du monde entier. Alors que chaque jour, le nombre de morts ne cesse de croître, la junte birmane au pouvoir s’offre le luxe de n’accepter qu’au compte-gouttes, l’aide internationale. Pour les Etats-Unis, ce sera un avion de vivres et 250 000 dollars, pour la France, seulement 200 000 euro, par contre pour la Chine, l’Inde, la Thaïlande, le Bangladesh et Singapour, quelques dizaines d’hommes seront autorisés à pénétrer sur le royaume birman. Et qu’en est-il pour les Nations-Unies, censés représenter 192 pays et porter ainsi d’une seule voix, la volonté de la communauté internationale de venir en aide aux populations dévastées ? Ce ne sera que cinq jours après l’avènement de Nargis, que l’ONU réussira à faire parvenir en Birmanie de la nourriture et du matériel de secours. Alors qu’un deuxième cyclone menace la région, les équipes, elles, sont encore pour la plupart en attente de visas. Si nous pouvions imaginer que les dictateurs birmans s’opposeraient farouchement à l’intervention de tel ou tel pays à l’intérieur de leurs frontières, nous aurions pu croire, en revanche, que l’entrée des Nations-Unies aurait été largement plus simple, de par sa position de neutralité. Mais encore une fois, la réalité a démontré le contraire car en matière d’action humanitaire, la représentation onusienne reste très disparate, et il existe presque autant d’interlocuteurs au sein de cette institution que nous pouvons trouver de pays, prêts à aider la Birmanie.

Il est donc temps de créer un unique organe de gestion de l’aide humanitaire, qui serait le premier point d’entrée des gouvernements en difficulté, après le déclenchement d’une catastrophe naturelle. Ainsi, cette structure, reconnue par tous, aurait la légitimité de réagir sur tous les théâtres de crise, puis d’emporter derrière elle, les forces et les moyens nécessaires à leur bonne résolution. Pour les pays en crise, cela représenterait un certain gage de confiance car la responsabilité serait portée par une seule entité, s’engageant à respecter un cadre de coopération fixé préalablement. Et pour les pays solidaires, il serait bien plus aisé de répondre précisément à des besoins évalués par l’ONU, puis d’intervenir conjointement sous la direction d’un Etat-major international, plutôt que d’entrer dans des négociations insensées, soumis à des enjeux politiques et diplomatiques, pour porter naturellement assistance à personne en danger.

Aujourd’hui, la machine de l’ONU dispose de Casques Bleus pour réagir aux conflits armés, d’un Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (UNHCR), d’une agence dédiée à la santé, d’une autre aux enfants… Jurons que l’acharnement de la nature déchainée forcera les hommes à créer, demain, des « Casques Rouges » dédiés à la prise en charge spécifique des catastrophes naturelles majeures.

Sichuan, 12 mai 2008 : un tremblement de terre d’une magnitude de 7,9 sur l’échelle de Richter a provoqué 50 000 morts et 40 000 disparus…

 

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Plus d’informations : www.casques-rouges.org

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