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mardi, 10 juin 2008

Conférence:Le mercredi 11 juin à 20:30 heures, à Toulouse,Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency et analyste stratégique développera le thème d’actualité suivant :Israël, 60 ans d'un pays pas comme les autres.

Metula News

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Une conférence co-organisée par l’EDJ, le CRIF Midi-Pyrénées et la na

 

 

A l’EDJ

2 place Riquet à Toulouse

Réservations : 06 63 79 97 97

Entrée payante : 15 euros. Etudiants, chômeurs, Rmistes : 5 euros

 

 

Vaste opération militaire à Gaza : on intoxique qui ? (info # 010906/8) [Analyse]

Par Ilan Tsadik dans le Néguev © Metula News Agency

 

"Très proche" et "imminente", c’est en ces mêmes termes que, tant le 1er ministre Olmert qu’Ehoud Barak définissent l’éventualité d’une intervention de grande envergure de Tsahal dans la bande de Gaza. A peine revenu d’un voyage de trois jours aux Etats-Unis, M. Olmert, qui y a rencontré le président Bush, a annoncé que "la pendule avançait plus dans la direction d’une opération militaire à Gaza, que quoi que ce soit d’autre".

 

Il est vrai que, pendant sont absence, un membre d’une commune agricole socialiste du pourtour de la Bande a été tué par un obus de mortier islamiste et que plusieurs travailleurs agricoles ont été blessés. La colère est d’ailleurs à son paroxysme chez les habitants de la zone, qui manifestent de plus en plus fréquemment pour exhiber leur impatience.

 

Ce qui les irrite, c’est l’indécision du gouvernement, et l’écart frappant existant entre ses déclarations bellicistes et son inaction qui leur est insupportable. Environ 150 000 Israéliens vivent depuis des mois sous la menace permanente des roquettes et des mortiers du Hamas, et ils ont de plus en plus de mal à accepter que l’armée de leur pays ne fait pas ce qu’ils la savent capable de faire afin de leur assurer l’existence paisible à laquelle ils ont droit.

 

Ce lundi matin, j’ai brièvement quitté mon unité et revêtu mes habits civils pour aller mesurer la température dans un kibboutz limitrophe. Nati, un ancien du Palmach, qui a toujours bon pied bon œil, au point de continuer de s’occuper de la culture des pommes de terre, m’a dit, dans un français chantant et coloré, qu’au gouvernement, "maintenant, ce sont tous des tapettes". Il a ajouté à cette remarque homophobe – mais sait-il seulement, à soixante-dix-sept ans, ce que cela signifie - qu’"à son époque, on se battait avec des cocktails Molotov contre les chars égyptiens, mais qu’on n’aurait jamais accepté de subir une situation de ce genre".

 

Sa femme, Rivka, le visage buriné par des années de soleil du Néguev, en me versant une limonade malheureusement imbuvable, y va de son grain de sel. De sous sa barbe endurcie, elle me dit que "les gens d’ici sont persuadés que le gouvernement n’en a rien à faire d’eux, et que si c’était Tel-Aviv qui subissait une seule nuit de Qassam, cela suffirait pour envoyer Ismaïl Hanya en orbite autour de la planète Mars" (je cite littéralement, comme à mon habitude). Je demande s’il s’agit de son point de vue personnel ou si tout le monde dans la région pense comme elle. "Posez la question à qui vous voulez, vous verrez bien que les gens du Néguev ne sont pas des frayer [1]".

 

Je quitte Rivka sur son grand sourire, qui me découvre autant de ratiches à l’appel que de portées disparues. C’est qu’on n’en fait plus des femmes de cette trempe, mère de quatre enfants, dix petits enfants et déjà sept arrière petits-enfants.

 

"Je l’ai rencontrée au Palmach", me confie Nati, alors que nous nous dirigeons vers les champs qui jouxtent la Bande et ses snipers. Elle a fait partie des partisans des frères Bielski, passant quatre ans dans la forêt glaciale de Russie Blanche à combattre les Boches. C’aurait été l’une des deux femmes officiers de cet illustre maquis juif, et grand-mère Rivka aurait abattu plus de 75 nazis et en aurait égorgé trois de ses propres mains.

 

"Nommez-la chef d’état-major, la ramène Boaz, le jeune agriculteur qui conduit le tracteur blindé et climatisé, et elle vous réglera le compte des djihadistes en trois jours", "même qu’il n’en resterait pas beaucoup sur pied", complète l’époux de cette Jeanne d’Arc des temps modernes, esquissant une grimace de connaisseur dans sa moustache jaunie.

 

A deux cents mètres de la maison de Rivka : les champs. Sous une chaleur de plomb, parmi les mirages, on distingue des silhouettes pliées en deux qui mettent quelque chose en terre. Elles sont toutes très habillées, de la tête aux pieds, afin de se protéger du soleil. Cela les fait ressembler à des épouvantails. "Il y a des ouvriers thaïlandais, des femmes bédouines du voisinage, des volontaires scandinaves et des jeunes du kibboutz, qui font ce boulot pour entasser des économies", fait le chauffeur. "Tous ont adopté plus ou moins les vêtements des Thaïs, de loin les plus efficaces contre la déshydratation. Sauf que les non-Thaïs ne portent pas la cagoule de sports d’hiver, en laine, car ils n’ont pas réussi à s’y habituer".

 

Et les obus de mortiers, ils s’y habituent ? Lancé-je pour couper l’ambiance pastorale qui s’ingéniait à l’intérieur du Massey Fergusson. "Le pire, ce n’est pas les mortiers, réagit Boaz, ce sont les snipers. Ils font des cartons sur les paysans, à une distance de 70 mètres, vous voyez, ils sont juste là, dans les herbes folles". Tout en parlant, il tapote sur la vitre, à hauteur de son oreille : trois impacts ne sont parvenus qu’à lézarder le plexiglas renforcé. "Ca, c’était pour moi", admet-il, dans un rire appuyé, qui découvre une dentition toute blanche, en bien meilleur état que celle de savta [2] Rivka. Le vieux Nathan rit aussi.

 

Vous êtes des dingues graves, leur fais-je instinctivement, risquer sa vie pour des patates, il faut être complètement branque. J’ai dit "branque” en français, mais ils avaient compris. Les deux originaux se marrent de plus belle : j’ai l’impression d’avoir affaire à Astérix et Obélix.

 

Et les ouvriers, ils n’ont pas peur ? "Si, répond Boaz, qui a retrouvé soudain son sérieux, il y a deux jours, les terroristes ont déclenché un bombardement de mortiers et des tirs nourris de snipers, alors eux ont filé en courant. J’en ai retrouvé un sur la route du Nord, il essayait de rejoindre Bangkok à pied". Et alors ? "Il a dit qu’il ne voulait plus travailler, qu’il voulait retourner chez lui vivant, alors je lui ai payé son dû et il a pris le bus du lendemain. Ses copains sont là à 20 mètres".

 

Tandis que nous parlons, quelqu’un crie patzmar, mortier ! La chose atterrit à trente pas de nos roues et génère un jet unilatéral de terre et de ferraille incandescente. "Ca n’est pas très spectaculaire, mais ça tue", commente Boaz. On s’approche, avec une pince, il soulève ce qui ressemble à un fond de bouteille, mais en fer. C’est la base de l’obus, il fume encore.

 

Nous sommes maintenant à cinquante mètres de la frontière. Deux balles sifflent dans notre direction, l’une d’elles touche la carrosserie du tracteur et on l’entend ricocher sur les tôles. "Boaz, rentre les ouvriers, le temps est à l’orage, commande gentiment Nati". Le grand gaillard barbu place sa monture rouge entre les Palestiniens et les travailleurs, en guise de frêle bouclier. En quelques mots de thaï, mélangé à de l’anglais, de l’hébreu et de l’arabe, il enjoint aux cultivateurs d’abandonner leur ouvrage et de rejoindre en rampant les buissons qui marquent le début du village.

 

Et l’armée, elle n’est pas là ? - "Elle ne peut pas être partout à la fois", défend Nati. "Hier, les soldats ont dégommé un terroriste qui tentait de poser une bombe sur cette route ; dans la nuit, les tankistes (il montre le camp des Merkava à deux kilomètres) ont abattu deux snipers et ont touché un groupe de lanceurs de Qassam".

 

Une jeep Sufa (Tempête), de fabrication israélienne, blindée elle aussi, vient justement à notre rencontre. Un jeune sous-off s’en extrait, on est toujours tout près de la barrière de sécurité, et demande à mes hôtes si tout va bien et s’il y a des blessés. Nati fait "non, pas cette fois". On se serre la main et les soldats s’en vont.

 

Il est l’heure pour moi de rentrer à ma base. Pendant qu’ils me reconduisent, je demande à Boaz et à Nathan s’ils savent qu’un Juif français, Dominique Vidal, fils de rescapé d’Auschwitz, journaliste, prétend que la situation est de leur faute, en soutenant son accusation par le bilan des combats dans leur région. C’est vrai qu’il y a beaucoup plus de personnes tuées à Gaza que chez vous, fais-je, un brin provocateur ?

 

Boaz passe sa main devant son visage comme pour chasser une grosse mouche. Visiblement, ils ont de la peine à me croire. Ils se taisent un instant. "Il sait, ce Vidal, que ce sont eux qui nous tirent dessus et que nous ne faisons que répliquer ? "

 

- Oui, mais il écrit que ce que vous subissez ce sont les représailles de l’encerclement de Gaza.

 

"C’est totalement faux", réagit Nathan, "nous avons quitté toute la Bande en 2005 et avons laissé tous les points de passage ouverts. Ce Juif n’a pas lu la charte du Hamas ?".

 

Je n’en sais rien, mais soit il s’en fout (en français), soit il ne croit pas en leur volonté de nous exterminer. Boaz : "il se sentirait mieux s’il y avait plus de Juifs morts que de Hamasnikim (miliciens et terroristes du Hamas), ce type ?".

 

"Avec des Juifs comme ça, pas besoin d’Ahmedinejad pour nous exterminer", grogne Boaz, et les voilà qu’ils se remettent à rire comme des sangliers.

 

Je voulais leur dire combien il y a de leurs coreligionnaires parmi les signataires de l’appel de l’Obs en faveur du co-metteur en scène de l’assassinat de Nétzarim, qui les accusent d’avoir, de sang froid et 45 minutes durant, tiré sur un gamin palestinien avant de l’abattre, mais je me suis dit qu’ils ont bien assez déjà des bombardements islamistes quotidiens et qu’il n’est pas forcément nécessaire de les attrister un peu plus.

   

Je suis de retour dans mon unité et je tape rapidement ce petit témoignage "de proximité" avant d’aller travailler. J’ai lu, ce lundi matin dans la presse israélienne, que les menaces d’Olmert et de Barak étaient uniquement destinées à faire plier le Hamas à nos exigences en vue d’une trêve, et qu’aucune décision militaire ne serait prise avant une quinzaine de jours. Je comprends l’usage de ces intoxes lors de négociations, mais je vois aussi la situation factuelle des habitants du Néguev occidental et de Tsahal.

 

A mon avis, il y a des menaces que l’on ne devrait pas brandir en l’air. Pourvu seulement que, durant ces deux semaines, il n’arrive rien de fâcheux à Nathan, Boaz, Rivka et leurs copains, car la politique de retenue des huiles de Jérusalem refoule déjà des odeurs de saturation voire d’irresponsabilité. Les gens de Sdérot et des kibboutzim ne méritent pas de faire les frais de l’indécision de leurs gouvernants, ni d’équilibrer le bilan des morts entre les assaillants du Hamas et les assaillis du Néguev, pour donner bonne conscience à Dominique Vidal et aux nombreux journalistes juifs français dont j’ai honte, professionnellement, dont je méprise la vilenie, et qui me font irrépressiblement penser aux kapos des camps hitlériens au niveau de leur conduite "politique". 

 

 

Notes :

 

[1] frayer, mot d’origine Yiddish, intégré à l’hébreu, signifiant candide, naïf, crédule.

 

[2] savta, en hébreu, grand-mère

 

 

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