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lundi, 11 mai 2009

Dieudonné, le possédé de l'« antisionisme »Par Emmanuel Berretta

Dieudonné, le possédé de l'« antisionisme »

Soufre. Enquête sur un humoriste en pleine dérive.

Publié le 07/05/2009 N°1912 Le Point

Emmanuel Berretta

A la télévision, il n'est plus question de l'inviter nulle part. Ses spectacles sont régulièrement interdits au nom du maintien de l'ordre public, le contraignant à se produire dans un bus retapé en salle de spectacle. Et voilà que, dimanche, Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, accorde un entretien à Radio J (la radio de la communauté juive), dans lequel il confie étudier l'interdiction de la liste « antisioniste » présentée par Dieudonné aux élections européennes du 7 juin... Aussitôt, c'est la controverse. A l'UMP, le député chiraquien François Baroin s'interroge : « Pas sûr que le remède ne soit pas pire que le mal. » Toujours à droite, Nicolas Dupont-Aignan juge « inadmissible » la sortie de Guéant qui risque de transformer l'humoriste politisé en « martyr » . A gauche, Benoît Hamon, le porte-parole du Parti socialiste, s'interroge : « A quoi cela sert-il et quels sont les calculs derrière cela ? Pourquoi ce coup de pub ? » D'autant qu'à ce jour la liste Dieudonné n'a pas publié de profession de foi. Sur quoi, donc, se baser pour l'interdire ?

Bref, la campagne européenne s'engage sur le terrain dangereux des antagonismes communautaires. Une diversion, diront certains, qui place Dieudonné au centre de débats enfiévrés : l'antisionisme revendiqué de ce dernier est-il un antisémitisme déguisé ? La question est régulièrement débattue devant les tribunaux saisis par le CRIF, le MRAP, la Licra et SOS Racisme.

« Je ne suis pas antisémite », clame Dieudonné, que Le Point a rencontré le 4 avril dans son Théâtre de la Main-d'Or, une petite salle au centre névralgique de sa vie artistique et politique. Ce jour-là, à la fin de l'entretien, il lâche un scoop : le 3 mars 2009, Dieudonné a rencontré Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) au cabinet de l'avocat Yvon Thiant, le président de la Fadom, une association représentant les personnes originaires de l'outre-mer. Version confirmée par Sammy Ghozlan, un ancien commissaire de police qui occupe sa retraite à relever toutes les attaques antisémites.

« Heil Israël »

« Dieudo » était prêt à renoncer à des années de provocation et à signer un texte de pacification. Il aurait ainsi mis un terme à un long « malentendu » né d'un sketch raté chez Marc-Olivier Fogiel où, encagoulé, en treillis, affublé de papillotes, il avait caricaturé un juif orthodoxe et terminé son sketch par un glaçant « Heil Israël », mimant le salut nazi... « Nous nous sommes mis d'accord sur un protocole, raconte-t-il. Si j'ai pu choquer, si j'ai pu heurter des gens de la communauté juive, profondément, dans leur croyance, dans leurs souffrances, je m'en excuse volontiers. » En contrepartie, Sammy Gohzlan devait reconnaître que l'humoriste, à la suite de son sketch douteux, avait été victime d'une agression « disproportionnée ». En effet, seize mois plus tard, le 2 mars 2005, à Fort-de-France, en Martinique, quatre individus, munis de passeports israéliens, l'ont bastonné sur le parking d'Antilles Télévision. Ces quatre personnes ont été poursuivies et condamnées à six mois de prison, dont un mois ferme.

Mais, selon l'humoriste, les discussions ont achoppé sur le terme « disproportionné ». « Ce mot-disproportionné-m'a été refusé. Sammy Gohzlan voulait y substituer le terme "sévère". Moi, j'ai un problème avec ce mot qui me renvoie à la condition d'esclave. "Tu as fait un sketch qui ne nous a pas fait rire, on te frappe. C'est une réaction sévère." Non, ce n'est pas pareil ! C'est uniquement en réaction à ce mot-là que, après, j'accepte avec d'autres amis de participer à une liste antisioniste... comme une "réaction sévère" envers Sammy Ghozlan. Me bastonner, c'est normal, même si c'est un peu sévère... »

Manipulateur

Interrogé par Le Point , le président du BNVCA livre une version très différente : « A la suite de la première réunion du 3 mars, une autre réunion était prévue le 26 mars. Sauf que, le 19 mars, Dieudonné annonce qu'il lance une liste antisioniste aux européennes. J'ai tout annulé. C'est un manipulateur qui se serait servi de ce texte comme d'un alibi. »

Manipulateur, Dieudonné ? « Il est très fort en dialectique. C'est un super-commercial. Un grand malin. Il peut retourner tout le monde comme une crêpe », confie Elie Semoun, son partenaire et ami des débuts. Entre eux, le divorce est plus que consommé. Pour Semoun, il n'y a plus de débat, Dieudonné est « antisémite » . « Elie sait très bien que Dieudonné n'est pas antisémite. Ses doutes apparents me font sourire. L'amalgame "antisioniste = antisémite" a fait long feu », souligne Josiane Grué, la mère de Dieudonné, témoin du coup de foudre amical entre les deux hommes quand ils avaient 17 ans. Dieudonné terminait son lycée où il s'était péniblement traîné jusqu'au bac. « On riait exactement des mêmes choses », se souvient Semoun, qui pousse Dieudonné à se produire sur une scène ouverte. Dieudonné enchaînait les petits boulots de vendeur. Leur premier sketch, « Maurice », s'inspire de cette expérience professionnelle : un garagiste arnaqueur.

Dès ses premiers pas dans le show-biz, Dieudonné se braque contre ce qu'il considère être une forme d'exploitation de son talent. L'idée qu'un producteur puisse décider à sa place du graphisme de ses affiches et des orientations de sa carrière lui est insupportable. Claude Martinez, leur premier producteur, est rapidement mis sur la touche. Premier d'une longue liste.

Pour conserver le contact avec son public et contourner sa mise au ban du show-biz, Dieudonné a aujourd'hui trouvé la parade : à la Main-d'Or, un numéro de portable est affiché sur le mur. Les spectateurs sont invités à envoyer leur prénom par SMS. Ils reçoivent ensuite par texto les informations sur son prochain spectacle et des réductions sur ses DVD. De l'avis de tous, Dieudonné a toujours été ingénieux pour les affaires. « Je ne suis pas un redoutable homme d'affaires, je suis plutôt un redoutable comique », rétorque-t-il. « C'est quand même le seul comédien qui m'a posé un arrêt maladie de 8 à 20 heures un jour de tournage, se souvient Dominique Farrugia, qui l'a fait jouer dans "Le clone", en 1997. Il avait décidé de ne pas tourner ce jour-là car il se produisait en spectacle le soir. » Farrugia assure que Dieudonné lui a aussi demandé de l'argent au moment d'assurer la promo du film...

Pour les mêmes raisons, il se heurte rapidement au monde de la télévision. « Il réclamait 10 000 à 15 000 francs pour un passage télé », affirme un attaché de presse. C'est de là que date son antagonisme avec Arthur, qui, au tout début de sa carrière, fait appel à Semoun et Dieudonné dans ses émissions. « Arthur, lui, se faisait payer grassement alors qu'on lui fabriquait des parties de son émission. Donc, la moindre des choses, c'était que le temps passé soit rétribué, assène Dieudonné . C'était des sketchs spécialement conçus pour son émission. » Ce qui n'était, à l'origine, qu'un contentieux commercial assez banal dans le show-biz va former les bases d'un ressentiment plus profond au fil des années à mesure que Dieudonné, à partir des attentats du 11 Septembre, glisse subrepticement d'une position antiraciste, combattant le Front national urbi et orbi, vers un positionnement antisioniste, épousant la cause palestinienne comme si c'était la sienne. Le contentieux est tel que, bien des années plus tard, quand Arthur se lance à son tour sur scène, des sympathisants de Dieudonné viennent empêcher la tenue de ses spectacles, l'accusant de soutenir l'armée israélienne contre les Palestiniens. « C'est grotesque ! Comme si mon nom était inscrit sur un char de Tsahal », se défend Arthur. La haine entre les deux hommes est palpable. Ainsi, quand Dieudonné se rend au congrès du Front national, Arthur déclare, en novembre 2006, au micro d'Europe 1 : « Même les mecs du Front national ont honte que Dieudonné soit venu les voir, c'est-à-dire que même le Front national n'en veut pas, [...] c'est bien la preuve que c'est la dernière des pourritures. » Une injure publique dont Dieudonné vient d'obtenir réparation : la cour d'appel de Riom a condamné Arthur à 3 000 euros d'amende et à verser 1 euro symbolique à Dieudonné, lequel avait lui-même été condamné pour avoir offensé Arthur en 2003 pour son soutien imaginaire à Tsahal...

Banni des médias, Dieudonné ne cache pas son jeu. Dans son dernier spectacle, « J'ai fait l'con », il dit lancer « de la viande froide » aux médias afin qu'ils se jettent dessus et parlent de lui. Il s'applique un « marketing du scandale » qu'il théorise et assimile à une démarche proche de l'art contemporain. Il se vit « incompris » aujourd'hui et disséqué demain. Il serait une sorte de Maurizio Cattelan du rire, du nom de cet artiste italien dont les installations provocatrices (une statuette d'Hitler en enfant qui prie, un éléphant en tenue du Ku Klux Klan...) font débat. C'est ainsi qu'il prétend avoir eu l'idée de demander à Jean-Marie Le Pen d'être le parrain de son dernier-né. Il en a fait un sketch de son dernier spectacle où il prétend avoir appelé le vieux leader frontiste, un dimanche matin, l'interrompant « au milieu d'une séance de torture de chats » . Puis, pour « faire plus fort », il décide d'inviter, le 26 décembre 2008, le négationniste Robert Faurisson à monter sur scène au Zénith afin de lui faire remettre un « prix de l'infréquentabilité et de l'insolence » . La vidéo prise par un téléphone portable fera le tour du Web et provoquera une nouvelle plainte bientôt jugée. De cet événement il tire matière à un sketch dans lequel il se moque de... Faurisson ! Peu importe que l'historien nie à la fois la Shoah et l'existence de Gorée, l'île symbole de la traite négrière, si chère à Dieudonné...

Haineux

« Une des forces de Dieudonné est justement cette distance étonnante qu'il peut avoir par rapport aux problèmes de ce monde, y compris les siens », explique sa mère, à la retraite après avoir passé trente ans dans l'audiovisuel d'entreprise. Plus grand malaise encore quand il joue « l'hystérie de la mémoire de la Shoah » et fait monter sur scène son assistant, Jacky, vêtu d'un pyjama fantaisiste et affublé d'une énorme étoile jaune. « J'en fais des tonnes, oui, reconnaît-il. Je stigmatise l'utilisation indécente et obscène, ne serait-ce que par le respect qu'on doit aux victimes. Il faut parfois faire taire les fanfares et les feux d'artifice et laisser le silence pour que reposent en paix toutes ces victimes. » La compétition victimaire entre l'Holocauste et l'esclavage qu'il alimente et rejette en même temps forge la trame de ses convictions qu'il met, toutefois, entre parenthèses quand, lui qui se dit anticommunautariste, il se met à fréquenter les radicaux noirs du mouvement de Kémi Séba ou, lorsque lui, l'homme profondément antireligieux, il s'acoquine avec les radicaux chiites de Yahia Gouasmi... Tous unis dans une haine de la politique d'Israël. « Il ne faut pas faire tout un plat de la Shoah comme il ne faut pas faire tout un plat de la traite négrière parce que, pour qu'il y ait des esclavagistes, il faut aussi des esclaves. L'humanité est des deux côtés du fouet, malheureusement », lâche-t-il. Qui sait si son public, fidèle en dépit des polémiques au point de remplir un Zénith, a compris où il voulait en venir...

10:26 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Dieudonné persécution sur un récidiviste
S’il fallait faire un choix, quelle face du métissage devrions-nous sauver : l’angélisme stérile ou l’abomination extrémiste ?
Pas d’alarmisme, n’ayez crainte, la troisième possibilité, celle de la nuance, du bon sens, de la majorité et de la moyenne prévaut sur tout positionnement de société.
Quand l’espace politique devient le révélateur d’une construction morale articulée par une histoire parfois repentante, souvent sélective et un ressentiment ne différenciant pas l’intime de l’universel, on peut légitimement s’attendre à une guerre civile passive qui ne porte pas son nom.
Faire des diagnostics c’est le sport national. Là où l’on cherche une raison idéologique on peut trouver des solutions pathologiques. Mais sous les projecteurs peu importe les victimes, seuls comptent les bénéfices.
Quant à Dieudonné, qui il est n’est pas la question, ce qu’il est, voilà la réponse.
La suite :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/22/16-mesures-mon-chargeur-est-surcharge-indigestion-d’integration/

Écrit par : walkmindz | lundi, 11 mai 2009

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