Avertir le modérateur

samedi, 06 juin 2009

Les limites de la liberté d’expression/Par Olivia Cattan

Les limites de la liberté d’expression

Depuis quelques mois, l’humoriste Dieudonné multiplie les dérapages verbaux à tonalité antisémite. Provocation gratuite d’un homme de spectacle ou véritable incitation à la haine raciale ? Pour dépasser les anathèmes et les condamnations sans appel, “Réforme” rend compte de l’un de ses spectacles. Et s’est entretenu avec son avocat, le protestant François Roux.

par Olivia CATTAN

Lien vers la librairie Oberlin

Une de Réforme

Ph. Eric Dessons/JDD/ © GAMMA

Avant les derniers dérapages verbaux de la conférence de presse en Algérie où l’humoriste Dieudonné aurait qualifié la Shoah de « pornographie mémorielle », il était au Zénith, à Paris.

29 décembre 2004, 5 000 personnes, la salle est comble. Des tracts sont distribués à l’entrée par de nombreuses associations, une impression d’aller à la fête de l’Huma. Un service d’ordre, au crâne rasé, inspecte. Quelques jeunes filles portent un drapeau palestinien. Un groupe de rap commence le spectacle, les gens s’impatientent et réclament « Dieudo ». Une présidente d’association monte sur scène, un homme l’accompagne : « Bonsoir, j’ai le trac, je suis juive », dit-elle avant de s’écrouler. L’homme l’excuse et ils disparaissent derrière le rideau. Ni son nom ni l’objet de son association ne sont mentionnés, le seul fait d’être juive semble important. Le public est très mélangé : quelques skins isolés, des couples de 50 ans en famille avec leurs enfants, des femmes d’associations de gauche, de jeunes couples baba cool, des blacks en costard, des femmes voilées, des lycéennes arborant des drapeaux palestiniens et des types de banlieue tapant la causette avec des bourgeoises quinquagénaires… Un mélange détonnant qui inspire bien des réflexions : comment Dieudonné réussit-il à concilier ces extrêmes ?

Le ton est donné

La lumière s’éteint, le roi M’bala M’bala entre en scène. Les lycéennes scandent, sans reprendre leur souffle : « Palestine, Palestine ! ». Le rapport entre la Palestine et ce spectacle échappe à la compréhension, Dieudonné étant d’origines bretonne et camerounaise. La voix de Fogiel, « en voix off », résonne, les gens crient, Dieudonné commence : « Je m’excuse, oh ! peuple élu, pardonne les offenses proférées, mais je n’ai pas d’âme. Ma parole est un grognement. Merci de m’avoir épargné, Maître. Les excuses dans ton cul, ouais ! » Le ton et le titre du spectacle sont donnés. Après quelques pitreries empruntées ici et là, il se met à zouker, la salle est chaude, le feu commence à prendre. « Ne ris pas, public, Raffarin, Perben, Sarkozy sont montés au créneau car dès qu’on parle un peu d’Israël ils baissent plus ou moins leur froc et Israël est le deuxième trafiquant d’armes. La France m’a lâché, un peu comme Jean Moulin ou Dreyfus. »

Dieudonné-résistant, Dieudonné-victime. Puis il s’attaque aux chanteurs, à un certain Maurice Benguigui, dit Bruel : « Maurice, oui, c’est son prénom à Bruel. Il a changé de prénom, il fait ce qu’il veut, ce mec. Moi aussi, j’ai voulu changer de prénom, moi, mon origine, j’la porte sur ma face, y’a pas moyen d’esquiver. » Puis c’est au tour d’un animateur de télévision : « Fogiel, il nous a fait sa petite chatte. Il a fait une descente d’organes. » Après avoir contourné le véritable sujet du spectacle, il se lâche peu à peu et attaque le sioniste « excessif » ainsi que le bétard, « bêta violent qui jette de l’acide aux petites filles, mais elle était marocaine, c’est pas grave ». Enfin, au tour du chef terroriste handicapé Cheikh Yacine, assassiné par les Israéliens, qui « ressemblait pourtant avec son petit fichu à mère Teresa ».

Israël-France, France-Israël, Dieudonné nous offre sans cesse un aller-retour mélangeant les deux pays, créant l’hystérie et une certaine confusion. La salle est chauffée à blanc, les gens sont debout, les lumières s’allument et s’éteignent. L’ambiance est électrique. Quelques bouffonneries pour en rajouter un peu sur les Israéliens et les juifs « qui pleurnichent sous prétexte que mémé et pépé en ont chié et qui s’croient tout permis ».

Une foule hystérique

Bruit de sirène, une tierce personne dit : « Il faut faire évacuer la salle. » Dieudonné répond au téléphone : « Allô ! bonjour, c’est le Mossad, c’est quoi cette histoire ? Quelqu’un m’a appelé, Sarkozy ? Si vous voyez une bombe, vous vous couchez dessus. Par contre, je préfère que ce soit un invité qui se couche sur la bombe. Je leur dis, il faut apprendre à vivre avec la mort, les gens sont prêts à mourir, les gens sont courageux. » Serait-ce une incitation au terrorisme ?

Entre le bruit assourdissant des sirènes, les gens qui hurlent et qui tapent des pieds, la tête tourne avec l’impression d’être dans ces arènes romaines où l’on attend la mise à mort de quelqu’un. Dieudonné lâchant en pâture à une foule hystérique quelques noms de personnalités juives afin de nourrir une salle affamée. C’est au tour de Bernard-Henri Lévy « d’en prendre pour son grade, un retour à l’envoyeur », nous dit-il. Au tour des chrétiens et de la Vierge Marie et, d’une pirouette habile, « Jésus et les marchands du temple » deviennent « Dieudo et le CRIF ». Puis il se met à crier « Palestinien », mot qu’il serait « interdit de prononcer en France, sous peine d’être arrêté ». Les gens lui répondent en criant « Palestine » comme s’ils criaient le nom d’un chanteur à la mode, s’accaparent une cause qui n’est pas spécialement la leur. Puis, le dernier sketch, « les alcooliques anonymes », version « les racistes anonymes ».

Dieudonné joue le rôle d’un antisémite qui se prend pour un nazi mais qui se soigne et qui rechute parfois. Il lève le bras et crie « Heil Hitler ! », la salle en transe crie avec lui. Dieudonné a réussi son tour de force, réunir tous les extrêmes, de la gauche à la droite, de la banlieue colorée à la province blafarde.

Le Zénith, salle mythique, où des générations ont vu leurs premiers concerts, ressemble ce soir à une salle de spectacle des années 40. Que dire de ce que déclarent ensuite les « supporters » de Dieudonné : Djamel Bourras, Daniel Prévost, Djamel Debouze – qui remerciera Dieudonné en lui lançant « qu’il a le courage de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas »…


Les oublis de Dieudonné

Je m’attendais à quelques blagues perfides mais pas à un meeting politique de l’extrême détestation des juifs. Je ne m’attendais pas non plus à une telle hystérie collective aux seuls mots de « Palestine » et de « Heil Hitler ». Je fus surprise de voir qu’en 2005 de tels spectacles pouvaient encore se jouer en France, soutenus par des gens bien-pensants au nom de la liberté d’expression. Sa liberté d’exprimer de la haine et de la violence afin de réduire la liberté d’autres hommes.

Bien sûr, ce n’est qu’un humoriste qui a le droit à la liberté d’expression dans un pays démocratique, ce n’est qu’un bouffon qui manie bien le rire et la rime, mais qui ne contrôle pas la haine de ceux qui viennent l’applaudir. A force de plonger les gens dans la confusion, associant Arabes, musulmans et Palestiniens. A force de confondre politique du gouvernement israélien, citoyens israéliens et juifs de France. A force de détourner les mots, transformant le sionisme, mouvement de libération des juifs, en apartheid et de mettre côte à côte Résistance, courage et terrorisme. Dieudonné oublie son rôle d’humoriste et endosse le costume d’un militant politique de l’extrême. Creusant des fossés entre les êtres de différentes religions et de différentes couleurs, Dieudonné oublie la leçon de l’Histoire : juifs, Arabes et Noirs ont toujours péri de la même gangrène, celle du racisme et de la haine.
O.C.

11:48 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

C'est quelle origine "CATTAN" pour que ça soit marqué sur ta tronche?
Si c'est juif et bien on peut dire que c'est très difficile de détecter quelqu'un de juif de quelqu'un qui ne le serait pas.
De plus on trouve des juifs de toutes origines( blancs, noirs et j'en passe) alors certes, des fois on peut se douter d'en reconnaitre car il y a des particularités qui pourraient y laisser penser (nom à consonnance hébraïque ou nez crochu pour les anatomitien) mais il faut remarquer à quel point certains sont tellement bien insérés dans la société qu'ils préfèrent changer leur nom en nom français (va les reconnaitre après ça..Demande à bruel) .
Enfin quand on appartient à un peuple qui tue des milliers d'innocents en 2009, on ne viens pas se plaindre et s'étonner de la monté en force de l'antisionisme, juste réponse à l'infamie palestinienne.
Herzl, un des fondateur du sionisme, comprenait bien le danger de ce mouvement raciste et nationaliste et il avouait comprendre l'inquiétude des chrétiens face au sionisme.
Alors rassurez vous Mme Cattan, les gens n'en veulent et n'en voudront jamais aux juifs de base mais ils haïront toujours le pouvoir et le nationalisme des dirigeants israéliens, qui sont des criminels contre l'humanité, et ce pour des siècles et des siècles..

Écrit par : TINO | lundi, 08 juin 2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu