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mardi, 21 juillet 2009

Discours prononcé lors de la commémoration de la Rafle du Vel’ d’Hiv’ par Jean-François Guthmann, Président de l’Oeuvre de Secours aux Enfants 19 juillet 2009

 

O.S.E

 

 

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Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Maire de Paris,

Madame la Présidente d’Honneur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

 

 

Commémorer la rafle du Vel d’hiv, c’est se souvenir de l’horreur absolue. C’est ce souvenir de ce jour du 16 juillet 1942 où, pour reprendre les propos du Président Jacques Chirac : « La France, patrie des lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux ».

 

En me conviant, en ma qualité de Président de l’Oeuvre de Secours aux Enfants, à parler devant vous ce matin, les organisateurs de cette cérémonie ont souhaité mettre en contrepoint de l’arrestation de plus de 4 000 enfants juifs, souvent nés en France et donc citoyens français, le sort de plusieurs milliers d’autres enfants qui ont eu la chance d’avoir été arrachés des griffes de l’occupant nazi et de ses complices de la collaboration vichyssoise par les organisations juives : les Eclaireurs Israélites de France, le Mouvement de la jeunesse sioniste, le Comité de la rue Amelot et bien évidemment l’OSE.

C’est cette histoire là que je vais raconter en tâchant de mettre des noms derrière les actes d’héroïsme. Car s’il est une tradition que nous enseigne la Bible, c’est celle de nommer.

C’est à ces sauveurs qui, paradoxalement n’ont pas été honorés du titre de « Juste parmi les Nations » du fait même de leur judaïsme, que je veux rendre hommage en retraçant l’itinéraire peu banal d’une organisation humanitaire qui continue d’œuvrer.

 

L’OSE est née à Saint-Petersbourg en 1912 sous son acronyme russe « O.Z.E. », « Œuvre Sanitaire hébraïque ». Interdite par le pouvoir bolchevique en 1921, elle émigre à Berlin en 1922, puis une seconde fois à Paris en 1933 .

Rien ne la prédestinait à s’occuper d’enfants sinon son savoir-faire médical au service des plus démunis, au service des réfugiés.

En France, l’OSE se choisit comme Président d’Honneur une personnalité non-juive, Justin Godart, Sous-Secrétaire d’Etat à la Santé militaire durant la Grande Guerre auprès de Clémenceau , et qui, parlementaire, sera un de ceux qui refuseront les pleins pouvoirs à Pétain.

L’association ouvre un dispensaire, 35 rue des Francs Bourgeois, et accueille dès 1934 les premiers groupes d’enfants quittant l’Allemagne et d’Autriche dans quatre maisons à Montmorency. A partir de 1938, elle s’efforce de sortir les enfants des camps d’internement où la République parque - dans des conditions de promiscuité et d’insalubrité indignes - les réfugiés qui fuient le nazisme.

 

Ainsi l’OSE est, dès 1940, plus que d’autres, consciente du grand danger qu’encourent les familles juives et déjà préparée de façon quasi professionnelle à relever le défi de la défaite.

 

En zone occupée, sauver les enfants c’est d’abord les accompagner, les distraire dans des patronages, les aider à supporter l’étoile jaune, les privations, le fait de ne pouvoir jouer dans les jardins public, d’être interdit de tout ; c’est célébrer les fêtes juives malgré le dénuement et danger des arrestations. C’est également aider les parents dans la détresse et la maladie qui peuvent s’adresser au dispensaire, maintenu ouvert grâce à la famille Loberman et aux médecins qui y travaillent.

 

Sauver les enfants, c’est aussi commencer à les disperser à la campagne. La petite équipe autour des docteurs Eugène Minkowski et Irène Opolon s’y emploie, et surtout Madame Enéa Averbouh qui organise dans la Nièvre un réseau de familles nourricières.

 

En zone sud, l’OSE est devenue par décision de l’administration de Vichy, la 3e Direction Santé de l’UGIF . Elle est, à ce titre, autorisée par les autorités à pénétrer dans les camps d’internement et à s’occuper des enfants jusqu’à l’âge de 15 ans, y compris à les en sortir en toute légalité si une solution d’hébergement extérieure est trouvée.

 

La Direction Générale de l’association est elle-même nomade ; vivant la traque des juifs, elle s’établit successivement à Vichy, Montpellier, Vic-sur-Cère, puis Chambéry. Elle installe des centres médico-sociaux dans toutes les grandes villes et des lieux d’accueil là où se trouvent des réfugiés juifs, y compris dans les moindres petits villages d’assignation à résidence.

Grâce à l’argent du « Joint » américain, ce sont plus de 250 médecins, assistantes sociales, éducateurs, et personnel de tout genre, juifs ou non-juifs, qui travaillent pour l’OSE, en lien avec d’autres organisations juives comme l’ORT, la Wizo, les Eclaireurs Israëlites, ou protestantes comme les Quakers ou la Cimade.

Les dirigeants essaiment sur le territoire : Julien Samuel ouvre le premier centre médical à Marseille ; Jacques Salon et sa toute jeune épouse Nicole Weil organisent l’accueil des Juifs étrangers en Savoie, zone sous administration italienne ; le Dr Gaston Lévy installe un réseau de familles d’accueil dans l’Indre.

A la veille des rafles du 26 août 1942 en zone sud, l’OSE se trouve à la tête de 14 maisons ( dont 7 en Limousin ) abritant plus d’un millier d’enfants sortis des camps d’internement de Rivesaltes et de Gurs, mais également d’Agde, des Milles, de Douadic ou de Nexon, grâce au travail patient du Dr Malkin , de l’Abbé Glasberg ou de Charles Lederman (dont chacun garde le souvenir du grand parlementaire qu’il devint).

Comment ne pas s’incliner devant la douleur suprême et le geste d’abnégation des parents, et en tout premier lieu des mères, qui, conscients de la destinée funeste qui les attend, acceptent d’abandonner leurs enfants à des tiers. Cette confiance est obtenue grâce à l’opiniâtreté et à la persuasion des assistantes sociales, internées volontaires dans les camps, comme Vivette Samuel, Ruth Lambert, ou Dora Wertzberg.

Quel désespoir se devine dans ces formulaires portant leurs ultimes signatures confiant leurs enfants à l’OSE ! Quelle détresse contient la dernière bénédiction à leurs enfants, celle de ne jamais oublier qu’ils sont juifs ! L’OSE en est le réceptacle et le dépositaire.

 

Les âmes de l’association sont le Dr Joseph Weill, son Président et Andrée Salomon, l’assistante sociale chef, qui avec un enthousiasme communicatif, imaginent, prévoient, supervisent les grandes lignes del’action: organiser la vie dans les maisons, intervenir efficacement dans les camps, faire partir le plus possible d’enfants vers les Etats-Unis via l’Espagne puis, quand cela ne sera plus possible, vers la Suisse.

 

C’est Joseph Weill qui, avec une prescience hors du commun, comprend le premier, dès fin 1942, que les maisons d’enfants sont devenues des souricières ; c’est lui qui demande à un jeune ingénieur, Georges Garel, de monter un circuit clandestin pour mettre à l’abri les enfants des maisons. En quelques mois, ce circuit est opérationnel, dans 4 grandes régions de la zone sud ; un réseau de même nature est organisé à Nice autour de Moussa et Odette Abadi. Chaque région fonctionne de manière indépendante avec un chef de réseau et des assistantes sociales qui sillonnent leurs territoires : Madeleine Dreyfus au Chambon-sur-Lignon, Charlotte Rosenbaum à Châteauroux, Denise Wormus à Marseille, Elisabeth Hirsch chargée de faire traverser les Pyrénées,…

 

Georges Garel basé à Lyon coordonne l’ensemble des régions, organise les liaisons avec l’extérieur, en particulier avec les autres organisation et l’épiscopat, s’occupe des infrastructures techniques, faux-papiers, vestiaire, va chercher l’argent, colmate les brèches lorsqu’il y a des arrestations. Il est partout, tout le temps. Il charge Georges Loinger,- dont je salue la présence à nos côtés ce matin - celui qui savait passer les frontières puisque lui-même prisonnier de guerre évadé de son stalag , d’organiser une filière de passage vers la Suisse.

 

Tandis que les directeurs, Bô Cohn et Robert Job vident les maisons, des assistantes sociales s’occupent de changer les identités des enfants ; d’autres jeunes filles s’improvisent convoyeuses, parcourent à pied ou à vélo chaque département en quête d’abris, ratissent les villages, font ouvrir les couvents, inscrivent les enfants sous de fausses identités dans des internats de collèges ou de lycées avec la complicité des chefs d’établissements, payent les pensions. Je voudrais pouvoir les citer toutes, juives et non juives, mais elles sont près de 200.

 

Rappelons celles qui sont encore parmi nous : Lily Garel, Margot Cohn, Gaby Wolff, dite Niny, Madeleine Kahn, Giselle Strauss-Schulmann, Simone Weill-Lipman, Renée Ortin, Emma Loinger, Judith Hemmendinger, Dora Leidervager, Lise Hanau, ou celles qui viennent de nous quitter il y a quelques semaines comme Jeanne Frenkel ou Jacqueline Lévy-Geneste.

 

A partir de février 1944, tout le bureau de l’OSE est arrêté à Chambéry . Un télégramme codé, est envoyé par le secrétaire général Alain Mossé , sous-préfet radié par Vichy, juste avant qu’il ne soit déporté à Auschwitz. Ce message fait basculer toute l’organisation dans la clandestinité.

Les dirigeants continuent à se retrouver , mais sous de fausses identités, dans des arrières salles des cafés ou dans des trains qui ne fonctionnent plus guère.

 

Au total, le bilan fut lourd, avec 33 membres de l’OSE déportés ou assassinés, telle Marianne Cohn torturée à mort le 8 août 1944 près d’Annemasse, dont le poème bouleversant, rédigé dans sa geôle mérite de figurer – à l’instar de la lettre de Guy Moquet, dans les manuels de nos écoles.

 

A la Libération, tout est à refaire en sens inverse, les enfants sortent de leurs cachettes, ils attendent leurs parents ; peu auront la chance de les retrouver.

L’OSE ouvre 27 maisons d’enfants- terme pudique pour ne pas dire « orphelinat »-, recherche pour chaque enfant, dans le monde entier ce qui lui reste de famille de sang ou d’accueil, sous l’autorité douce de Germaine Masour et Rachel Minc.

Ce matin, Monsieur le Ministre, ces enfants sont là, devant vous ; ils sont aujourd’hui sexagénaires, septuagénaires ou octogénaires.

Chacun pourrait raconter son histoire ; une histoire triste ou gaie, invraisemblable ou banale, une histoire de « chasse à l’enfant », une histoire où un enfant aura été soustrait in extremis à la mort, sauvé, protégé, caché, puis rendu à la vie grâce à cette longue chaîne de solidarités qui permet de croire encore en l’homme.

 

C’est cette chaîne de sympathie que l’OSE a su mobiliser en mai 1945 - du journal « l’Humanité » à Geneviève Anthonioz-de Gaulle - pour que la France offre l’asile au millier de jeunes garçons que les Armées Alliées découvrent miraculeusement vivants en pénétrant dans l’enfer du camp de Buchenwald. 426 d’entre eux seront accueillis par l’OSE en juin 1945.

C’est cette histoire, c’est son histoire, que va nous narrer Izio Rosenman à qui je suis ému de passer la parole.

photo:Alain Azria

 

http://81.28.96.123/~osefrance/?id_1=2&id_2=0&id_...

 

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