Avertir le modérateur

jeudi, 30 juillet 2009

lan Halimi : le deuil impossible de la Nation/Par Francine Girond

 

Francine Girond.jpgLe ministre de la Justice devait-il demander au Parquet l’appel pour les prévenus dont les peines ont été inférieures aux réquisitions, dans le procès du « gang des barbares » ?
A contrario, remettrait-on en question la notion de grâce présidentielle, en tant qu’il s’agit du geste individuel d’un représentant de l’Etat au plus haut niveau, qui prend une décision en son âme et conscience ?
On aurait apprécié que ceux-là même qui s’offusquent du comportement du Garde des Sceaux se soient insurgés avec la même ardeur en février 2006 lorsque l’on a découvert l’horreur du calvaire d’Ilan Halimi…

Pourquoi était-il « juste » que Michèle Alliot-Marie réagisse de cette manière ? et un appel est une reconsidération ; pas un jugement.
Parce que ce crime est l’illustration du point de bascule d’une idéologie..
Ce n’est surtout pas établir une hiérarchie du monstrueux en matière d’assassinat, que de pointer la « spécificité » de cette affaire. Cela ne retire rien à la conscience de la souffrance des petites victimes d’un Marc Dutroux ou du martyre de la famille Flactif.
Les meurtriers, violeurs d’enfants sont des tortionnaires dont la pathologie perverse est individuelle.
Or, il est question pour Fofana et ses complices, actifs ou collaborateurs passifs, de bien autre chose :
leur pathologie antisémite est non seulement idéologique, mais peut encore devenir une pathologie collective, comme cela s’est déjà produit – et se produit encore dans les pays d’un négationnisme et d’une haine d’Etat.

Il s’agit bien ici de justice et pas de vengeance, comme certains médias semblent l’orienter depuis la semaine dernière, en nous opposant deux types d’interview. D’une part les réactions de la famille d’Ilan – sa Maman ou ses sœurs- et de l’autre des personnes symboliques qui n’ont aucuns liens affectifs avec la victime – des représentants de syndicats de magistrats, etc.
Ce n’est pas seulement la communauté juive qui doit s’inquiéter, mais la communauté nationale tout entière, car la déshumanisation de la victime au nom d’une pathologie idéologique met en péril notre humanité à tous. Et quand l’humanité est en danger, on peut éviter de « rester calme. »

Nous, citoyens français, ne devront jamais nous « remettre » de ce massacre.
Et que nous soyons Juifs ou non-Juifs, justement parce que le jeune homme a été torturé et exécuté en tant que Juif.
La vie et la mort d’Ilan appartiennent à la sphère du privé, du familial, du religieux.
Mais l’assassinat d’Ilan Halimi appartient à la sphère collective de notre République : c’est le deuil impossible de notre Nation.

Francine Girond photo (publié sur le site de La Gauche Moderne-Paris)
Photo/Alain Azria

 

11:00 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (3)

mercredi, 29 juillet 2009

Ilan Halimi: une demande d’appel injustement attaquée.Par Hélène Keller-Lind

Ilan Halimi: une demande d’appel injustement attaquée

Posted By Hélène Keller-Lind On 14 juillet 2009 @ 15 h 35 min In Analyses-RTV, Article Resiliencetv, Headline-RTV | No Comments

Il y a incompréhension totale de beaucoup de faiseurs d’opinion sur ce qu’a été l’effroyable sort d’Ilan Halimi qui fut kidnappé, séquestré, torturé trois interminables semaines et assassiné parce que juif. Il y a incompréhension totale de l’émotion déclenchée par des carences issues d’un procès dissimulé par un huis clos. Procès de ceux qui ont participé, d’une manière ou d’une autre mais qui reste indissociable, à son calvaire. Et ces faiseurs d’opinion voudraient aujourd’hui que soit jetée l’opprobre sur «certaines associations» qui auraient exercé avec succès des « pressions » sur « nos gouvernants » …

Pressions ?

Mais de quelles pressions parle-t-on tant au lendemain de la décision d’appel contre les peines prononcées à l’encontre de 14 des accusés pour le meurtre d’Ilan Halimi ? Décision prise à la demande du ministre de la Justice qui en avait saisi le Parquet.
Il y avait des craintes, certes. Craintes de voir que les peines décidées par le jury de la Cour d’Assises de Paris ne soient pas à la hauteur de la sauvagerie et des circonstances du crime. Craintes d’autant plus grandes que « pour certains » des accusés l’Avocat général, pour reprendre les mots d’Elsa Vigoureux du Nouvel Observateur, a « requis la bienveillance de la cour… »

http://elsa-vigoureux.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/07/01/proces-fofana-le-requisitoire.html [1]

Bienveillance ? En effet, toujours selon la journaliste, si l’Avocat général, Philippe Bilger, « s’attarde sur certains accusés, » en revanche à propos du sort d’Ilan Halimi son commentaire est le suivant : « Un enlèvement, une séquestration, des tortures. L’avocat général passe vite, mais gravement, sur ces séquences. » Vite. Il n’est pas du tout question d’avoir souhaité un quelconque voyeurisme, impossible d’ailleurs dans le cadre d’un huit clos, mais il semble qu’il y ait eu ici une certaine volonté de ne pas voir pleinement l’horreur du crime commis…
Et, oui, beaucoup se sont inquiétés de voir que les réquisitions, une fois celles-ci connues, n’étaient pas, pensaient-ils, à la hauteur du crime. Des peines jugées trop clémentes et avec sursis de surcroît qui se seraient traduites par une remise en liberté imminente pour certains accusés, des acquittements, mêmes. Sans oublier les comparses qui courent toujours, leurs complices ayant choisi de taire leur nom. Des craintes exprimées ici et là. Mais des pressions ?
C’est d’ailleurs « un mot que récuse » absolument Richard Prasquier, Président du CRIF. « Nous avons, » dit-il, « exprimé une émotion. » Et c’est, en effet, avant tout, une émotion qu’ont exprimé tous ceux qui ont  pris part à un hommage à Ilan Halimi le 13 juillet au soir aux abords du ministère de la Justice à Paris, la place Vendôme étant bouclée. Très nombreux surtout pour ce long weekend en début de vacances estivales. Des portraits d’Ilan Halimi rappelaient que c’est d’un être humain torturé et assassiné qu’il s’agissait. Dans de rares slogans dans une manifestation surtout silencieuse des jeunes gens réclamaient « Justice pour Ilan. » Des roses et œillets blancs avaient été distribués, des drapeaux français aussi. Et, c’est brièvement et dans le calme que Gil Taïeb, vice-président du FSJU, expliquait qu’il ne s’était pas « agi d’un procès comme les autres, qu’il y avait besoin d’exemplarité. » Puis, une Marseillaise a été entonnée par tous.

Huit clos

Or, d’exemplarité pourtant si nécessaire ici, il n’y a pas eu. Pour cause de huit clos. Un huit clos auquel les accusés mineurs au moment des faits avaient droit en l’état actuel de la législation, certes, alors qu’ils sont majeurs aujourd’hui. Mais un huit clos bien confortable pour eux, sans doute, auquel ils n’ont pas renoncé comme ils auraient pu le faire. Et huit clos qui a eu pour effet, dans sa perception générale, comme l’a résumé Michel Zerbib, qui représentait le BNVCA, que « le procès n’ait pas eu lieu. » En effet, de ce procès en trompe-l’oeil « on en a entendu tout et son contraire, » souligne Richard Prasquier. Qui a notamment rappelé aux représentants du ministre qui ont reçu une délégation de responsables d’associations au ministère « qu’il est nécessaire de bien exposer les circonstances dans lesquelles Ilan a été assassiné, exposer le fonctionnement du groupe et le rôle joué par chacun dans cet assassinat. »
Le FSJU, représenté par Gil Taïeb et Joe Zrihen, autre vice-président qui d’un point de veu républicain, se disait étonné de certaines peines, distribuait ce soir-là, pour sa part, un fascicule reprenant « des informations qui ont filtré en dépit du huit clos » pour tenter de pallier le vide créé des carences engendrées. 
Patrick Lozès, Président du CRAN, avait tenu à participer à la manifestation hommage car « c’est l’ensemble de la population française qui est concernée. » Il déplorait, lui aussi, « un très grand décalage entre l’émotion considérable et un procès à huit clos qui est passé à côté de sa dimension pédagogique, »  ce meurtre ayant montré « jusqu’où peuvent nous mener nos préjugés car Ilan a été tué parce qu’il était juif. Ce que l’on n’a pas assez entendu. »

Antisémitisme

En effet, ce rôle joué par l’antisémitisme dans ce meurtre effroyable n’a pas non plus été mis en évidence dans le silence de ce huit clos. Richard Prasquier réclamait d’ailleurs aussi aux représentants du ministre de la Justice que cela soit fait. Antisémitsme qui est, on le sait, une circonstance aggravante.
Or, un antisémitisme d’un genre nouveau a réapparu en France à la fin de l’année 2000. La CNCDH constatait, en effet, «  un spectaculaire quintuplement des violences antisémites (116 en 2000, 24 en 1991), après le 28 septembre 2000, date du déclenchement des affrontements israélo-palestiniens. »
CNCDH qui concédait en 2001 « Pour certains, on assisterait aujourd’hui à une nouvelle mutation, avec ce que Pierre-André Taguieff appelle la « nouvelle judéophobie. » Et poursuivait ainsi : « Cet antisémitisme répondrait à de nouvelles caractéristiques telles que la corrélation avec la crise israëlo-palestienne d’une part, et avec la lutte contre le terrorisme islamique d’autre part ; la concentration en des zones géographiques déterminées, généralement là où cohabitent des communautés juives dynamiques et des populations musulmanes, souvent dans des quartiers sensibles ; la gravité des violences contre des synagogues, des écoles, des attributs visibles de la religion et l’ampleur des menaces et frictions de proximité. »
Les travaux du BNVCA ont démontré que le conditionnel utilisé ici n’avait guère lieu d’être. Les victimes sont d’ailleurs juives et les bâtiments visés sont juifs.
En 2004 selon la CNCDH toujours : « L’évolution mensuelle de l’antisémitisme ne marque pas de pics pouvant correspondre à des événements forts au Proche-Orient, comme ce fut le cas dans les années précédentes. Ce constat semble indiquer seulement que les auteurs d’exactions antisémites semblent moins réactifs à l’actualité. Mais l’inquiétude n’est pas moins grande puisqu’on en déduirait que l’antisémitisme s’installe, à haut niveau, de manière continue et durable. » Une 
Antisémitsime qui perdure hélas, 9 ans plus tard et qui était bien réel dans le milieu où fonctionnait et sévissait, toujours selon l’Avocat général, dans des propos rapportés par Elsa Vigoureux, cette « bande, un groupe de fraternités qui a œuvré pour le pire. Et qui a trouvé le chef qu’elle méritait. » Bande qui, avec Ilan Halimi n’en était pas à sa première tentative de kidnapping de Juif et avait élaboré ses tentatives dans ce climat d’antisémitisme évident. D’après ce qui a filtré du procès le memeur de la bande, condamné à la peine maximale, a reconnu non seulement l’assassinat d’Ilan Halimi mais aussi ses motivations antisémites. L’Avocat général aurait dit de lui, « il est antisémitisme. » Mais, en revanche, il aurait en quelque sort exonéré d’antisémitisme les autres membres du groupe puisque Philippe Bilger aurait parlé d’une « bande soumise attirée par le goût du lucre plus que par l’antisémitisme. » Comment croire qu’il n’y ait pas eu chez certains protagonistes pour ne pas dire la plupart cette composante antisémite quand on connaît le milieu où ils sévissaient ? Ce qui heurte entre autres, Michel Zerbib qui s’indigne du fait que pour l’Avocat général « il y aurait eu un ansiémtisme banal et donc quasi acceptable et un autre antisémitsme, brutal, celui-là… »
Car, en 2006, la CNCDH constatait une « hausse de 6 % des violences et menaces antisémites. Mais plus que cette hausse de l’antisémitisme en général, c’est le caractère plus violent de l’expression de l’antisémitisme qui suscite les inquiétudes de la CNCDH. En effet, plus que les menaces, ce sont les actions violentes qui ont augmenté, elles étaient au nombre de 134 en 2006 contre 99 en 2005 soit une augmentation de 35 %. On relève aussi que parmi les actes de violence, le nombre d’agressions contre les personnes a pratiquement doublé, passant de 53 en 2005 à 94 en 2006. On note également dans la catégorie des menaces, un doublement des menaces envers les personnes physiques (135 menaces contre les personnes sur un total de 407 menaces en 2006, contre 69 sur un total de 409 en 2005). »
Agresser des Juifs était donc devenu de plus en plus courant en France….Juifs qui ne représentent que 1% de la population française, faut-il le rappeler….

République et valeurs républicaines

Procès invisible, incompréhensible, donc. Et les valeurs de la République n’ont pu être rappelées comme cela aurait dû l’être. A cela s’ajoute pour Joël Mergui, Président du Consistoire, un autre fait, passé sous silence, et qui mérite, lui aussi d’être souligné : « puisque l’on ignore le nom de deux des membres du groupe, cela veut dire que pour ceux qui les connaissent la loi de la cité fait plus peur que la loi française… »

Réactions aux procédures d’appel : la charge

Écouter Europe Matin en ce 14 juillet, au lendemain de la manifestation hommage à Ilan Halimi, était édifiant à cet égard. L’heure était à la charge contre une décision ministérielle prise « pour satisfaire à des pressions… » La presse, nous disait-on, était « critique » de la décision prise par le ministre de la Justice qui avait demandé au Parquet de faire appel des verdicts prononcés contre  certains membres du « gang des barbares. » Dans les cas de verdicts inférieurs aux réquisitoires de l’Avocat général . On y parlait de « justice malléable. » On évoquait (étonnamment ) les déclarations de Théo Klein, qui fut président du CRIF…. il y a 20 ans ! On parlait de « prétendue déferlante antisémite » en France…Voir, à ce sujet, les rapports de la CNDH plus haut.
Et, toujours dans Europe Matin on apprenait que cette décision ministérielle avait provoqué parmi « les foudres de l’opposition » celles du député Vert Noël Mamère qui dénonce « un précédent fâcheux…la tyrannie de l’émotion…. » accusant le ministre de la Justice d’avoir « cédé aux pressions exercées par certaines associations.., » qui aurait donc « agi en politicienne et pas en garant de la justice… » On citait un socialiste qui « ne conteste pas le fond, » dit-on en glissant sur ce qui est pourtant l’essentiel, « mais la précipitation. »
Et, pour couronner cette charge, il y a eu l’interview de l’avocate de la personne qui a attiré Ilan Halimi dans cet abominable piège, n’a pas renoncé au huit clos, et va faire l’objet d’un nouveau procès. Interview menée par Aymeric Caron avec un mordant rarement constaté de nos jours et qu’on aimerait entendre plus souvent. Cette avocate, choisit ses mots avec une grande prudence, dit sans dire, ne suit pas textuellement le journaliste lorsqu’il lui demande / suggère que la décision mise en cause a été prise à l’Elysée, mais, citant Montaigne, fait mine de s’indigner du danger qui menacerait notre société,  « la séparation des pouvoirs étant l’un des piliers de notre démocratie… » Elle accuse « certains conseils » de s’être « répandus dans les couloirs du Palais de Justice » rapportant que « bien avant les verdicts ils disant qu’ils avaient moyen d’obtenir un appel… » devant l’insistance du journaliste elle finit pourtant par lâcher que « en quelque sorte l’indépendance de la justice est remise en cause, si c’est ce que vous voulez me faire dire… » Et l’avocate, qui vient pourtant de rendre un hommage aux jurés « formidables » qui ont condamné sa « cliente » à 9 ans de prison, estime que celle-ci n’aurait dû être condamnée qu’à 7 ans. Sept ans pour avoir livré un jeune homme sans histoires entre les mains d’une telle bande et l’avoir mené ainsi – sans le savoir, nous dit-on, mais cela aurait-il été démontré lors du procès ? – à un calvaire de 3 semaines…C’est oublier que sans elle Ilan Halimi n’aurait jamais été ainsi massacré. C’est oublier aussi que si un seul de ces coupables ou accusés avait parlé, n’avait pas gardé le silence pendant 24 jours, Ilan Halimi ne serait pas mort. Mais, après tout, les avocats ont des clients – terme qu’utilisait d’ailleurs à juste titre cette avocate – et sont donc payés pour ça.

http://www.europe1.fr/popup/reecoute/%28idconducteur%29/114297/%28idsequence%29/1767 [2]

Hélène Keller-Lind


Article printed from RESILIENCETV: http://www.resiliencetv.fr

URL to article: http://www.resiliencetv.fr/?p=4827

URLs in this post:

[1] http://elsa-vigoureux.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/07/01/proces-fofana-le-requisitoire.html : http://elsa-vigoureux.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/07/01/proces-fofana-le-requisitoire.html

[2] http://www.europe1.fr/popup/reecoute/%28idconducteur%29/114297/%28idsequence%29/1767 : http://www.europe1.fr/popup/reecoute/%28idconducteur%29/114297/%28idsequence%29/1767

Copyright © 2009 RESILIENCETV. All rights reserved.

 

07:11 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 27 juillet 2009

Prasquier : pourquoi nous ne garderons pas le silence !

Prasquier : pourquoi nous ne garderons pas le silence !
27/07/09
  imprimer cet article envoyer à un ami  
 - - Thème: Crif


 

 

Richard Prasquier, une partie de la presse se déchaine contre le CRIF au lendemain du procès des assassins d'Ilan Halimi. Que s'est-il passé pour qu'au lieu de parler d'un  assassinat antisémite, on soit passé à des attaques contre le lobby juif ?
 
Ces attaques violentes ne proviennent que d'une partie de la presse: pour dire les choses en clair, il s'agit de Marianne  et du Nouvel Observateur. Ces journaux sont depuis longtemps hostiles au CRIF et ne manquent pas une occasion de le déclarer non-représentatif, alors qu'il représente une variété d'opinions et d'institutions et que sa représentativité est surtout mise en cause, et encore que par  ceux des Juifs, et c'est leur droit, qui réclament de n'être représentés par personne.
 
Il y a là des raisons politiques qui touchent Israël: les amitiés de ces journaux depuis plusieurs années vont aux Juifs qui sont  hostiles aux divers gouvernements israéliens, alors que ces gouvernements représentent l'expression démocratique de la société israélienne. Ils refusent de voir que les grands noms des pacifistes en Israël même ont  aujourd'hui des positions plus réticentes et plus sécuritaires que dans le passé, et que ceux qui vivent en France, les plus virulents, ne représentent guère qu'eux-mêmes.
 
La campagne en faveur du livre de Shlomo Sand est un exemple: un historien sans qualification sur le sujet, à peu près inconnu dans son pays, mais violemment antisioniste, est mis en vedette par ces journalistes comme un représentant de "l'autre Israël". Shlomo Sand dit que le peuple juif n'existe pas. Cette construction fantasmagorique tient sa logique: si le peuple juif n'existe pas, le CRIF, représentant non religieux des Juifs, ne représente rien! CQFD.
 
Les positions se sont  durcies depuis la mise en place du nouveau gouvernement israélien qu'il est de bon ton de critiquer, sans même écouter ses arguments et ses propositions.
 
Mais il ne faut pas oublier non plus, en amont, l'affaire Al Dura où ces deux journaux se sont distingués par une étonnante pétition de protestation contre un arrêt de la Cour d'appel déboutant Charles Enderlin de sa mise en cause de Philippe Karsenty pour diffamation: quand on a un tel comportement corporatiste et qu'on émet une telle critique de la chose jugée on est assez mal placé pour donner des leçons en matière d'intrusion judiciaire.
 
Le deuxième motif de ces journalistes est le rejet du communautarisme: c'est un rejet que nous partageons tous, mais c'est une accusation facile et gratuite: la France ne doit surtout pas devenir une juxtaposition de tribus plus ou moins indifférentes au bien commun. Mais précisément la mission du CRIF, et je considère qu'il la remplit, est de promouvoir les valeurs de la République, liberté, égalité, laïcité -avec le rêve de la fraternité.
 
La société d'aujourd'hui n'est plus celle de 1791, la notion d'appartenance identitaire est devenue moins univoque, plus complexe. Elle n'est plus exclusive comme dans le passé: l'identification au peuple juif et au peuple français ne sont pas contradictoires. Et il est entendu que la loi du pays où nous vivons est la loi.
 
Les tentations de mettre sur le même pied les expressions d'appartenance au monde juif d'une part, à l'intégrisme islamique et d'autres mouvements anti-démocratiques et antirépublicains d'autre part comme autant de manifestations de communautarisme sont des signes de myopie "politiquement correcte".
De là vient l'occultation de l'antisémitisme dans ce procès. S’il n'y a pas à chercher l'antisémitisme là où il n'est pas, il n'y a pas non plus à nier qu'un antisémitisme primaire et potentiellement féroce s'est développé ces dernières années, pas seulement en France, sur fond d'antisionisme, ce qui ne le rend pas moins inquiétant. J'ai dit continuellement que j'espérais que le procès d'appel pourrait se tenir en public pour mieux analyser le rôle de l'antisémitisme dans ce meurtre. Certains préfèrent le minimiser, parmi eux mon admiré prédécesseur à la tête du CRIF, Theo Klein. Ils craignent que, à trop mettre l'accent sur ce facteur, on ne durcisse encore les rapports dans une exacerbation du communautarisme.
 
Je pense au contraire que la République est assez forte pour imposer des règles et des interdictions.
 
Ce n'est pas la critique de la position du CRIF que je réprouve: c'est là le prix vital de la démocratie, et certaines critiques sont fort utiles, lorsque leurs intentions ne sont pas a priori hostiles.
 
Je suis surpris que, alors qu'ils ne remettent pas en cause la légitimité de tel ou tel groupement professionnel ou autre à s'exprimer lorsque son domaine est en cause (les paysans, les médecins, les enseignants, ....) ces journalistes refusent aux Juifs le droit d'exprimer leurs sentiments devant un crime antisémite d'une exceptionnelle abjection.
 
C'est tellement inconcevable que je suis bien obligé de penser qu'il y a d'autres motivations sous-jacentes, et que ces motivations sont politiques.
 
Quand on vous accuse d' « alimenter l'antisémitisme », que répondez-vous ?
 
C'est un grand classique: ne parlez pas trop fort car vous allez réveiller les antisémites.....Je pense à la phrase du philosophe Gabriel Marcel en 1946 enjoignant aux Juifs, pour leur bien, de "modérer leurs revendications"! Ces temps sont révolus.
Ce qui ne signifie pas qu'il faut parler comme si le reste du monde n'existait pas. Nous devons être responsables et certaines expressions ne l'ont pas été. La surenchère dans ce domaine est particulièrement néfaste, et il n'est pas acceptable que sous prétexte de donner libre cours à sa colère, même justifiée on en arrive à dire n'importe quoi.
Nous avons acquis, comme les autres Français et plus chèrement que beaucoup, le droit à la libre expression. Que cela alimente l'antisémitisme signifie bien que l'antisémitisme continue de ramper sous la surface: alors, autant le débusquer. 

Le procès des assassins était à huis-clos. Comment avez-vous pu rapporter des propos que vous n'avez pas entendus ?
 
C'est tout le problème du huis clos. Le huis clos qui ne pouvait pas être évité puisque les deux intéressés anciens mineurs l'ont demandé et que pour des raisons pratiques le tribunal n'a pas voulu disjoindre leur cas de celui des autres accusés a plombé ce procès.
 
Deux questions me tourmentaient: est-ce que le fonctionnement de ce gang pouvait nous donner des indications sur les raisons qui font que dans un groupe on peut être amené à commettre l'ignominie pour essayer d'en tirer des leçons?  Est-ce que l'antisémitisme a été traité de façon approfondie, alors que pour des raisons de circonstance, les organisations antiracistes n'ont pas pu plaider, comme cela aurait été normal?
 
Le rôle de l'avocat général représentant la société était de ce point de vue particulièrement important. Comme d'autres, je n'ai pu que me renseigner indirectement et les informations aussi concordantes soient-elles sont sujettes à caution. Que faire d'autre?  J'ai pensé nécessaire de faire part de mes troubles à l'issue du procès sur le traitement de l'antisémitisme au cours des débats.
 
Photo : © 2009 Alain Azria
 

 



Prasquier : pourquoi nous ne garderons pas le silence !
27/07/09
  imprimer cet article envoyer à un ami  
 - - Thème: Crif


 

 

Richard Prasquier, une partie de la presse se déchaine contre le CRIF au lendemain du procès des assassins d'Ilan Halimi. Que s'est-il passé pour qu'au lieu de parler d'un  assassinat antisémite, on soit passé à des attaques contre le lobby juif ?
 
Ces attaques violentes ne proviennent que d'une partie de la presse: pour dire les choses en clair, il s'agit de Marianne  et du Nouvel Observateur. Ces journaux sont depuis longtemps hostiles au CRIF et ne manquent pas une occasion de le déclarer non-représentatif, alors qu'il représente une variété d'opinions et d'institutions et que sa représentativité est surtout mise en cause, et encore que par  ceux des Juifs, et c'est leur droit, qui réclament de n'être représentés par personne.
 
Il y a là des raisons politiques qui touchent Israël: les amitiés de ces journaux depuis plusieurs années vont aux Juifs qui sont  hostiles aux divers gouvernements israéliens, alors que ces gouvernements représentent l'expression démocratique de la société israélienne. Ils refusent de voir que les grands noms des pacifistes en Israël même ont  aujourd'hui des positions plus réticentes et plus sécuritaires que dans le passé, et que ceux qui vivent en France, les plus virulents, ne représentent guère qu'eux-mêmes.
 
La campagne en faveur du livre de Shlomo Sand est un exemple: un historien sans qualification sur le sujet, à peu près inconnu dans son pays, mais violemment antisioniste, est mis en vedette par ces journalistes comme un représentant de "l'autre Israël". Shlomo Sand dit que le peuple juif n'existe pas. Cette construction fantasmagorique tient sa logique: si le peuple juif n'existe pas, le CRIF, représentant non religieux des Juifs, ne représente rien! CQFD.
 
Les positions se sont  durcies depuis la mise en place du nouveau gouvernement israélien qu'il est de bon ton de critiquer, sans même écouter ses arguments et ses propositions.
 
Mais il ne faut pas oublier non plus, en amont, l'affaire Al Dura où ces deux journaux se sont distingués par une étonnante pétition de protestation contre un arrêt de la Cour d'appel déboutant Charles Enderlin de sa mise en cause de Philippe Karsenty pour diffamation: quand on a un tel comportement corporatiste et qu'on émet une telle critique de la chose jugée on est assez mal placé pour donner des leçons en matière d'intrusion judiciaire.
 
Le deuxième motif de ces journalistes est le rejet du communautarisme: c'est un rejet que nous partageons tous, mais c'est une accusation facile et gratuite: la France ne doit surtout pas devenir une juxtaposition de tribus plus ou moins indifférentes au bien commun. Mais précisément la mission du CRIF, et je considère qu'il la remplit, est de promouvoir les valeurs de la République, liberté, égalité, laïcité -avec le rêve de la fraternité.
 
La société d'aujourd'hui n'est plus celle de 1791, la notion d'appartenance identitaire est devenue moins univoque, plus complexe. Elle n'est plus exclusive comme dans le passé: l'identification au peuple juif et au peuple français ne sont pas contradictoires. Et il est entendu que la loi du pays où nous vivons est la loi.
 
Les tentations de mettre sur le même pied les expressions d'appartenance au monde juif d'une part, à l'intégrisme islamique et d'autres mouvements anti-démocratiques et antirépublicains d'autre part comme autant de manifestations de communautarisme sont des signes de myopie "politiquement correcte".
De là vient l'occultation de l'antisémitisme dans ce procès. S’il n'y a pas à chercher l'antisémitisme là où il n'est pas, il n'y a pas non plus à nier qu'un antisémitisme primaire et potentiellement féroce s'est développé ces dernières années, pas seulement en France, sur fond d'antisionisme, ce qui ne le rend pas moins inquiétant. J'ai dit continuellement que j'espérais que le procès d'appel pourrait se tenir en public pour mieux analyser le rôle de l'antisémitisme dans ce meurtre. Certains préfèrent le minimiser, parmi eux mon admiré prédécesseur à la tête du CRIF, Theo Klein. Ils craignent que, à trop mettre l'accent sur ce facteur, on ne durcisse encore les rapports dans une exacerbation du communautarisme.
 
Je pense au contraire que la République est assez forte pour imposer des règles et des interdictions.
 
Ce n'est pas la critique de la position du CRIF que je réprouve: c'est là le prix vital de la démocratie, et certaines critiques sont fort utiles, lorsque leurs intentions ne sont pas a priori hostiles.
 
Je suis surpris que, alors qu'ils ne remettent pas en cause la légitimité de tel ou tel groupement professionnel ou autre à s'exprimer lorsque son domaine est en cause (les paysans, les médecins, les enseignants, ....) ces journalistes refusent aux Juifs le droit d'exprimer leurs sentiments devant un crime antisémite d'une exceptionnelle abjection.
 
C'est tellement inconcevable que je suis bien obligé de penser qu'il y a d'autres motivations sous-jacentes, et que ces motivations sont politiques.
 
Quand on vous accuse d' « alimenter l'antisémitisme », que répondez-vous ?
 
C'est un grand classique: ne parlez pas trop fort car vous allez réveiller les antisémites.....Je pense à la phrase du philosophe Gabriel Marcel en 1946 enjoignant aux Juifs, pour leur bien, de "modérer leurs revendications"! Ces temps sont révolus.
Ce qui ne signifie pas qu'il faut parler comme si le reste du monde n'existait pas. Nous devons être responsables et certaines expressions ne l'ont pas été. La surenchère dans ce domaine est particulièrement néfaste, et il n'est pas acceptable que sous prétexte de donner libre cours à sa colère, même justifiée on en arrive à dire n'importe quoi.
Nous avons acquis, comme les autres Français et plus chèrement que beaucoup, le droit à la libre expression. Que cela alimente l'antisémitisme signifie bien que l'antisémitisme continue de ramper sous la surface: alors, autant le débusquer. 

Le procès des assassins était à huis-clos. Comment avez-vous pu rapporter des propos que vous n'avez pas entendus ?
 
C'est tout le problème du huis clos. Le huis clos qui ne pouvait pas être évité puisque les deux intéressés anciens mineurs l'ont demandé et que pour des raisons pratiques le tribunal n'a pas voulu disjoindre leur cas de celui des autres accusés a plombé ce procès.
 
Deux questions me tourmentaient: est-ce que le fonctionnement de ce gang pouvait nous donner des indications sur les raisons qui font que dans un groupe on peut être amené à commettre l'ignominie pour essayer d'en tirer des leçons?  Est-ce que l'antisémitisme a été traité de façon approfondie, alors que pour des raisons de circonstance, les organisations antiracistes n'ont pas pu plaider, comme cela aurait été normal?
 
Le rôle de l'avocat général représentant la société était de ce point de vue particulièrement important. Comme d'autres, je n'ai pu que me renseigner indirectement et les informations aussi concordantes soient-elles sont sujettes à caution. Que faire d'autre?  J'ai pensé nécessaire de faire part de mes troubles à l'issue du procès sur le traitement de l'antisémitisme au cours des débats.
 
Photo : © 2009 Alain Azria
 

 

 

22:28 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

COMMUNIQUE: L'UPJF condamne la convocation de l'Ambassadeur d'Israël par Bernard Kouchner

 

COMMUNIQUE du 23 juillet 2009

 

 

L’UPJF condamne de la façon la plus ferme la convocation de l’ambassadeur d’Israël par le représentant du Quai d’Orsay, Monsieur Bernard Kouchner, pour lui demander de stopper la construction de logements à Jérusalem Est.

 

Cette demande constitue une ingérence inadmissible dans les affaires intérieures de l’Etat d’Israël, qui est un Etat souverain.

 

Alors que Monsieur Kouchner et son ministère sont dépourvus de tout courage pour dénoncer, comme il se doit, la répression des musulmans Ouighours par les autorités chinoises, le massacre de 25 000 tamouls par les autorités sri-lankaises, les attentats quotidiens qui se déroulent en Irak et qui font des milliers de victimes, c’est uniquement un programme immobilier privé et parfaitement légal qui met en émoi le Quai d’Orsay ;

 

Alors que la paix et la sécurité du monde sont menacées par les efforts de l’Iran pour accéder à l’arme atomique, par les délires des dirigeants nord coréens, et par le terrorisme islamique, le Quai d’Orsay reste obnubilé par une affaire intérieure à la démocratie israélienne et croit trouver à bon compte une occasion de manifester son pro-palestinisme historique et inconditionnel.

 

Alors que la France a toujours mis un point d’honneur à se singulariser de l’action des Etats-Unis au Proche Orient, Monsieur Kouchner et le Quai d’Orsay, oublient toute idée « d’indépendance » de la France, pour se comporter en suiveur servile et concupiscent du Président Obama.

 

Dure avec les faibles, et douce avec les puissants, c’est l’image pathétique et déshonorante que renvoie aujourd’hui la diplomatie Française. Ses amis, et surtout ses ennemis sauront s’en souvenir.

 

Par cette action empreinte de couardise, il est certain que Monsieur Bernard Kouchner a fait perdre pour longtemps toute crédibilité à la France afin qu’elle joue un rôle actif et pacificateur au proche Orient.

 

Le Bureau UPJF.

 

Tél : +33 (0)1 47 63 07 10 - Fax : 01 47 63 08 40 - contact@upjf.org

cid:image001.jpg@01C7FF8F.2CC0FD80

Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France

12 Rue Notre Dame des Victoires

75002 Paris - www.upjf.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


07:24 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 26 juillet 2009

Pour l’honneur de la communauté juive de France/Pierre Besnainou

24/07/09
  imprimer cet article envoyer à un ami  
 - - Thème: Juifs de France

 

 

 

Pierre_B (2).jpgLes jours que nous venons de vivre ont jeté une ombre bien triste sur la communauté juive de France, sur la place qui est la sienne, sur le rôle qu’elle peut entendre jouer, sur sa relation avec l’ensemble de la communauté nationale. Et c’est moins la colère qui m’amène à prendre la plume, que la volonté de dissiper un malentendu, ou, plus simplement encore, la nécessité de mettre les choses au point.
 
Ne nous attardons pas sur les faits, qui sont bien connus. En février 2006, survient un événement dans l’histoire de notre conscience nationale- une torture patiente, pratiquée sur un pauvre jeune homme pendant plusieurs semaines, et où les raffinements les plus abjects du sadisme rejoignent les réflexes les plus immémoriaux de l’antisémitisme. Pour que cela fût possible, il a fallu une très longue chaîne de complaisance, de silence, et de complicité.
Trois ans plus tard, se tient le procès, qui devrait être le moment de la vérité, et qui n’est, par la force des choses, que celui de la dissimulation : deux des prévenus étant mineurs au moment des faits, le procès se tient à huis clos.
 
Pour le dire en des termes clairs, ce huis clos a heurté les Juifs de France, et non pas seulement la modération des peines prononcées. D’abord parce que, ne connaissant par définition pas les dossiers, il aurait été peu opportun de critiquer, la chose jugée. Et aussi parce que certaines peines ont heureusement été très lourdes.
 
Non, nous n’entendons pas dicter son devoir à la justice. Mais, offensés en tant que Juifs de France par le plus insoutenable des crimes antisémites commis dans notre pays depuis la seconde guerre mondiale, nous avions le droit et le devoir d’espérer que l’occasion d’un procès public se retrouve. Au nom d’Ilan et de sa mémoire, pour sa famille à laquelle nous avons tous le sentiment d’appartenir, nous devons attendre, non pas vraiment un exemple et moins encore un symbole- mais un moment ouvert à tous, et où la société française se regardera elle-même en face, pour tâcher de comprendre comment elle a pu concevoir et élever en son sein des monstres aussi achevés et tranquilles.
 
Mais le plus pernicieux est ailleurs encore. Le Garde des Sceaux ayant finalement demandé au Parquet de faire appel des peines inférieures aux réquisitions, le bruit s’est répandu, d’abord subrepticement, puis de façon parfaitement assumée, et les faiseurs d’opinion se le sont approprié, pour le faire répéter par mille sentinelles : nous aurions assisté, avec cette affaire, à la victoire d’une force d’influence secrète et déterminée, capable, par la solidité de ses réseaux et la fermeté de ses obstinations, de faire plier jusqu’au gouvernement de la République. Oui, vous avez compris : l’affaire Halimi, c’est le retour, ou plutôt l’émergence aux yeux de tous, dans notre pays, du lobby juif.
 
Et cela, nous ne pouvons ni l’entendre, ni le supporter, ni l’accepter. C’est l’attaque de trop. Après la haine qui a tué dans une cave, la justice qui fut rendue en secret, voici l’ère du soupçon, qui elle s’ouvre au grand jour.
 
Nous ne pouvons pas l’accepter, parce que le Garde des sceaux a décidé en conscience, au nom de l’intérêt général dont elle est garante, de faire appel, et que laisser entendre qu’elle ait cédé à des pressions d’ordre communautaire est simplement une agression contre l’idée que l’on peut se faire de la République et de sa dignité.
 
Mais nous ne pouvons pas l’accepter, surtout, pour une raison très précise, que je vous livre brutalement : il n’y a pas de lobby juif en France. Que les choses soient claires, une fois pour toutes : où les Juifs auraient-ils trouvé les ressources de leur empire souterrain ? D’où pourrait venir leur puissance secrète? De leur nombre ? Ils sont 1% de la population française. De leur argent ? Ne pourrait-on pas tordre enfin le cou de ce mythe effroyable, qui a précisément tué Ilan- et rappeler que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est, en moyenne, supérieur chez les Juifs de France à ce qu’il est dans l’ensemble de la population française ? De leur place dans les médias ? Certains médias qui, précisément, répètent à tout bout de champ que les Juifs sont un lobby…
 
Les Juifs n’ont pas l’influence qu’on leur prête à dessein. Sinon peut-être en ceci, que, pour une République qui n’a pas oublié son histoire, leur destin est à lui seul un avertissement. Plus que quiconque, ils ont souffert de l’injustice, de la haine, de l’arbitraire, et de l’odieuse alliance de l’indifférence et de la malveillance. Ils sont, pour reprendre l’expression d’Albert Cohen, des professeurs de malheur, et à ce titre une avant-garde : ce qui leur arrive annonce les abîmes où peut s’engloutir ce que l’on nomme notre civilisation. Alors, aux souffrances des leurs, la France peut prêter peut-être une attention singulière. Leur « intérêt » ? C’est celui de la République, leur dignité et leur intégrité engagent celles de tous. C’est cela, leur force, et rien d’autre : s’il arrive que leur cause soit entendue, c’est peut-être après tout, non pas parce qu’elle est défendue par des puissances occultes, mais simplement parce qu’elle est juste.
 
Si une mémoire blessée tient lieu de lobby, nous pouvons assumer cette accusation. Mais pas davantage. Pour l’honneur de la communauté juive de France.
 
Pierre Besnainou, président du Fond Social Juif Unifié, ancien Président du Congrès Juif Européen
 
(article publié dans le Figaro du 24 juillet 2009)
 
Photo Alain Azria BHK
www.crif.org
 

17:17 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu