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lundi, 23 juillet 2012

Discours du Président du CRIF, Richard Prasquier, à l’occasion de la 70ème commémoration de la rafle du Vél d’Hiv

Paris – Dimanche 22 juillet 2012 « Si notre mémoire n’a pas de frontières, elle a des noms, ceux des lieux où l’horreur fit étape ». Ainsi parlait Henri Bulawko, mort l’an dernier après avoir témoigné toute sa vie de survivant. Retour à la page principale Le Vel d’Hiv, mélange d’inhumanité et de négligence, est un de ces lieux où l’horreur fit étape. Elle ne s‘y arrêta pas: Pithiviers, Beaune la Rolande et Drancy, les scènes de cauchemars des enfants arrachés à leur mères. Les cris des enfermés du Vel d’Hiv préludent à ceux qu’ils pousseront, enfermés dans les maisons rouge et blanche de Birkenau où étaient installées les chambres à gaz. C’était y a soixante dix ans: sur les 40 000 Juifs déportés de France en 1942, il y eut moins de 700 survivants, 1,5%...... A la rentrée du 1er octobre, le directeur de l’école de la rue des Hospitalières Saint Gervais, Joseph Migneret, qui devint Juste des Nations, n’avait plus que quatre enfants juifs. 165 autres avaient disparu. Les rafles au petit matin, les familles hébétées transportées dans Paris, étoile jaune sur la poitrine, les clameurs et la misère ont eu des témoins. Certains ont tenté de prévenir ou de sauver. Les Justes à qui cette journée est aussi dédiée, furent rares, mais il y en eut partout. Ils sont notre fierté commune, notre défi et notre espoir. D’autres, les salauds, ont dénoncé ou applaudi. La plupart ont détourné le regard, impuissants ou indifférents. De moins en moins indifférents, d’ailleurs, car les rafles ont entrainé des protestations que l’infâme statut des Juifs n’avait pas provoquées à lui seul. Cela a permis les nombreux sauvetages dont la population française peut être fière. La rafle du Vel d’Hiv a laissé peu d’empreintes dans la mémoire collective. Le Vélodrome dans mon enfance était l’endroit où avaient lieu les Six Jours cyclistes. Le combat pour la mémoire fut long. Aux anciens déportés, aux orphelins, aux historiens, hommes politiques qui en furent les acteurs, je veux rendre hommage. Ce combat n’est pas fini, un sondage commandé par l’UEJF, montre que 60% des jeunes ignorent la rafle du Vel d’Hiv. Il montre aussi que la volonté de connaître est forte. Une journée commémorative fut instituée en 1993 par décret de François Mitterrand, puis en 1995 la responsabilité de la France fut reconnue par Jacques Chirac. Enfin, en 2000, sous le gouvernement de Lionel Jospin une loi votée institua une commémoration nationale. Votre présence Monsieur le Président de la République, témoigne de l’importance que vous attachez à cette journée. La mémoire, dont l’histoire doit être la boussole, c’est une triple exigence : exigence de dignité car la négation de la vérité abaisse ceux qui y ont recours, exigence d’humanité car l’indifférence violente les victimes, exigence de lucidité pour que « ça » ne se reproduise pas. Commémorer signifie faire mémoire ensemble. Verticalement, d’une génération à l’autre, ce flambeau mémoriel qui nous est transmis est une responsabilité et non un passe droit. Horizontalement, dans la société, le partage des mémoires doit être un ciment et non une fissure. Il n’y a pas place pour la compétition des mémoires. La narration républicaine doit unifier, en se nourrissant des mémoires spécifiques. Il y a eu d’autres génocides. Il y a eu l’esclavage. Il y a eu le sort fait aux tsiganes. Il y a dans le monde bien des discriminations, contre lesquelles tous nous devons lutter, avec fermeté et sans amalgame, en sachant que la prime à l’immédiat, à l’émotion et au manichéisme esquive la complexité de l’histoire. Or, celle-ci est un des acquis essentiels de la civilisation des lumières dont nous voulons être les fils. L’enseignement de la Shoah montre où peuvent aller des hommes manipulés par un simplisme intégriste, qu’il soit populiste ou religieux. C’est un enseignement universel et vital. Ce n’est par un privilège accordé aux Juifs. Nous faisons face aujourd’hui à des revendications fondées sur des négations mensongères, des recyclages de stéréotypes et des délires conspirationnistes. L’antisémitisme actuel repose en grande part sur un ressentiment envers Israël lié à une humiliation artificielle, attisée à des fins politiques et recyclée à des fins religieuses, qui l’ont transformée en judéophobie violente. La falsification de la Shoah en est une caractéristique. Cet antisémitisme qui s’est exprimé dans notre pays avec une violence inouïe, est aussi une réalité du quotidien qui ne mérite aucune faiblesse. Toute complaisance est un boulevard ouvert au fanatisme. Cet antisémitisme-là, je sais, Monsieur le Président de la République, que vous êtes déterminé à prendre des mesures concrètes pour l’extirper, car il en va de ce qu’est la France. La communauté juive vous fait confiance et fait confiance à la République. CRIF

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