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mardi, 21 juillet 2009

Discours prononcé lors de la commémoration de la Rafle du Vel’ d’Hiv’ par Jean-François Guthmann, Président de l’Oeuvre de Secours aux Enfants 19 juillet 2009

 

O.S.E

 

 

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Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Maire de Paris,

Madame la Présidente d’Honneur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

 

 

Commémorer la rafle du Vel d’hiv, c’est se souvenir de l’horreur absolue. C’est ce souvenir de ce jour du 16 juillet 1942 où, pour reprendre les propos du Président Jacques Chirac : « La France, patrie des lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux ».

 

En me conviant, en ma qualité de Président de l’Oeuvre de Secours aux Enfants, à parler devant vous ce matin, les organisateurs de cette cérémonie ont souhaité mettre en contrepoint de l’arrestation de plus de 4 000 enfants juifs, souvent nés en France et donc citoyens français, le sort de plusieurs milliers d’autres enfants qui ont eu la chance d’avoir été arrachés des griffes de l’occupant nazi et de ses complices de la collaboration vichyssoise par les organisations juives : les Eclaireurs Israélites de France, le Mouvement de la jeunesse sioniste, le Comité de la rue Amelot et bien évidemment l’OSE.

C’est cette histoire là que je vais raconter en tâchant de mettre des noms derrière les actes d’héroïsme. Car s’il est une tradition que nous enseigne la Bible, c’est celle de nommer.

C’est à ces sauveurs qui, paradoxalement n’ont pas été honorés du titre de « Juste parmi les Nations » du fait même de leur judaïsme, que je veux rendre hommage en retraçant l’itinéraire peu banal d’une organisation humanitaire qui continue d’œuvrer.

 

L’OSE est née à Saint-Petersbourg en 1912 sous son acronyme russe « O.Z.E. », « Œuvre Sanitaire hébraïque ». Interdite par le pouvoir bolchevique en 1921, elle émigre à Berlin en 1922, puis une seconde fois à Paris en 1933 .

Rien ne la prédestinait à s’occuper d’enfants sinon son savoir-faire médical au service des plus démunis, au service des réfugiés.

En France, l’OSE se choisit comme Président d’Honneur une personnalité non-juive, Justin Godart, Sous-Secrétaire d’Etat à la Santé militaire durant la Grande Guerre auprès de Clémenceau , et qui, parlementaire, sera un de ceux qui refuseront les pleins pouvoirs à Pétain.

L’association ouvre un dispensaire, 35 rue des Francs Bourgeois, et accueille dès 1934 les premiers groupes d’enfants quittant l’Allemagne et d’Autriche dans quatre maisons à Montmorency. A partir de 1938, elle s’efforce de sortir les enfants des camps d’internement où la République parque - dans des conditions de promiscuité et d’insalubrité indignes - les réfugiés qui fuient le nazisme.

 

Ainsi l’OSE est, dès 1940, plus que d’autres, consciente du grand danger qu’encourent les familles juives et déjà préparée de façon quasi professionnelle à relever le défi de la défaite.

 

En zone occupée, sauver les enfants c’est d’abord les accompagner, les distraire dans des patronages, les aider à supporter l’étoile jaune, les privations, le fait de ne pouvoir jouer dans les jardins public, d’être interdit de tout ; c’est célébrer les fêtes juives malgré le dénuement et danger des arrestations. C’est également aider les parents dans la détresse et la maladie qui peuvent s’adresser au dispensaire, maintenu ouvert grâce à la famille Loberman et aux médecins qui y travaillent.

 

Sauver les enfants, c’est aussi commencer à les disperser à la campagne. La petite équipe autour des docteurs Eugène Minkowski et Irène Opolon s’y emploie, et surtout Madame Enéa Averbouh qui organise dans la Nièvre un réseau de familles nourricières.

 

En zone sud, l’OSE est devenue par décision de l’administration de Vichy, la 3e Direction Santé de l’UGIF . Elle est, à ce titre, autorisée par les autorités à pénétrer dans les camps d’internement et à s’occuper des enfants jusqu’à l’âge de 15 ans, y compris à les en sortir en toute légalité si une solution d’hébergement extérieure est trouvée.

 

La Direction Générale de l’association est elle-même nomade ; vivant la traque des juifs, elle s’établit successivement à Vichy, Montpellier, Vic-sur-Cère, puis Chambéry. Elle installe des centres médico-sociaux dans toutes les grandes villes et des lieux d’accueil là où se trouvent des réfugiés juifs, y compris dans les moindres petits villages d’assignation à résidence.

Grâce à l’argent du « Joint » américain, ce sont plus de 250 médecins, assistantes sociales, éducateurs, et personnel de tout genre, juifs ou non-juifs, qui travaillent pour l’OSE, en lien avec d’autres organisations juives comme l’ORT, la Wizo, les Eclaireurs Israëlites, ou protestantes comme les Quakers ou la Cimade.

Les dirigeants essaiment sur le territoire : Julien Samuel ouvre le premier centre médical à Marseille ; Jacques Salon et sa toute jeune épouse Nicole Weil organisent l’accueil des Juifs étrangers en Savoie, zone sous administration italienne ; le Dr Gaston Lévy installe un réseau de familles d’accueil dans l’Indre.

A la veille des rafles du 26 août 1942 en zone sud, l’OSE se trouve à la tête de 14 maisons ( dont 7 en Limousin ) abritant plus d’un millier d’enfants sortis des camps d’internement de Rivesaltes et de Gurs, mais également d’Agde, des Milles, de Douadic ou de Nexon, grâce au travail patient du Dr Malkin , de l’Abbé Glasberg ou de Charles Lederman (dont chacun garde le souvenir du grand parlementaire qu’il devint).

Comment ne pas s’incliner devant la douleur suprême et le geste d’abnégation des parents, et en tout premier lieu des mères, qui, conscients de la destinée funeste qui les attend, acceptent d’abandonner leurs enfants à des tiers. Cette confiance est obtenue grâce à l’opiniâtreté et à la persuasion des assistantes sociales, internées volontaires dans les camps, comme Vivette Samuel, Ruth Lambert, ou Dora Wertzberg.

Quel désespoir se devine dans ces formulaires portant leurs ultimes signatures confiant leurs enfants à l’OSE ! Quelle détresse contient la dernière bénédiction à leurs enfants, celle de ne jamais oublier qu’ils sont juifs ! L’OSE en est le réceptacle et le dépositaire.

 

Les âmes de l’association sont le Dr Joseph Weill, son Président et Andrée Salomon, l’assistante sociale chef, qui avec un enthousiasme communicatif, imaginent, prévoient, supervisent les grandes lignes del’action: organiser la vie dans les maisons, intervenir efficacement dans les camps, faire partir le plus possible d’enfants vers les Etats-Unis via l’Espagne puis, quand cela ne sera plus possible, vers la Suisse.

 

C’est Joseph Weill qui, avec une prescience hors du commun, comprend le premier, dès fin 1942, que les maisons d’enfants sont devenues des souricières ; c’est lui qui demande à un jeune ingénieur, Georges Garel, de monter un circuit clandestin pour mettre à l’abri les enfants des maisons. En quelques mois, ce circuit est opérationnel, dans 4 grandes régions de la zone sud ; un réseau de même nature est organisé à Nice autour de Moussa et Odette Abadi. Chaque région fonctionne de manière indépendante avec un chef de réseau et des assistantes sociales qui sillonnent leurs territoires : Madeleine Dreyfus au Chambon-sur-Lignon, Charlotte Rosenbaum à Châteauroux, Denise Wormus à Marseille, Elisabeth Hirsch chargée de faire traverser les Pyrénées,…

 

Georges Garel basé à Lyon coordonne l’ensemble des régions, organise les liaisons avec l’extérieur, en particulier avec les autres organisation et l’épiscopat, s’occupe des infrastructures techniques, faux-papiers, vestiaire, va chercher l’argent, colmate les brèches lorsqu’il y a des arrestations. Il est partout, tout le temps. Il charge Georges Loinger,- dont je salue la présence à nos côtés ce matin - celui qui savait passer les frontières puisque lui-même prisonnier de guerre évadé de son stalag , d’organiser une filière de passage vers la Suisse.

 

Tandis que les directeurs, Bô Cohn et Robert Job vident les maisons, des assistantes sociales s’occupent de changer les identités des enfants ; d’autres jeunes filles s’improvisent convoyeuses, parcourent à pied ou à vélo chaque département en quête d’abris, ratissent les villages, font ouvrir les couvents, inscrivent les enfants sous de fausses identités dans des internats de collèges ou de lycées avec la complicité des chefs d’établissements, payent les pensions. Je voudrais pouvoir les citer toutes, juives et non juives, mais elles sont près de 200.

 

Rappelons celles qui sont encore parmi nous : Lily Garel, Margot Cohn, Gaby Wolff, dite Niny, Madeleine Kahn, Giselle Strauss-Schulmann, Simone Weill-Lipman, Renée Ortin, Emma Loinger, Judith Hemmendinger, Dora Leidervager, Lise Hanau, ou celles qui viennent de nous quitter il y a quelques semaines comme Jeanne Frenkel ou Jacqueline Lévy-Geneste.

 

A partir de février 1944, tout le bureau de l’OSE est arrêté à Chambéry . Un télégramme codé, est envoyé par le secrétaire général Alain Mossé , sous-préfet radié par Vichy, juste avant qu’il ne soit déporté à Auschwitz. Ce message fait basculer toute l’organisation dans la clandestinité.

Les dirigeants continuent à se retrouver , mais sous de fausses identités, dans des arrières salles des cafés ou dans des trains qui ne fonctionnent plus guère.

 

Au total, le bilan fut lourd, avec 33 membres de l’OSE déportés ou assassinés, telle Marianne Cohn torturée à mort le 8 août 1944 près d’Annemasse, dont le poème bouleversant, rédigé dans sa geôle mérite de figurer – à l’instar de la lettre de Guy Moquet, dans les manuels de nos écoles.

 

A la Libération, tout est à refaire en sens inverse, les enfants sortent de leurs cachettes, ils attendent leurs parents ; peu auront la chance de les retrouver.

L’OSE ouvre 27 maisons d’enfants- terme pudique pour ne pas dire « orphelinat »-, recherche pour chaque enfant, dans le monde entier ce qui lui reste de famille de sang ou d’accueil, sous l’autorité douce de Germaine Masour et Rachel Minc.

Ce matin, Monsieur le Ministre, ces enfants sont là, devant vous ; ils sont aujourd’hui sexagénaires, septuagénaires ou octogénaires.

Chacun pourrait raconter son histoire ; une histoire triste ou gaie, invraisemblable ou banale, une histoire de « chasse à l’enfant », une histoire où un enfant aura été soustrait in extremis à la mort, sauvé, protégé, caché, puis rendu à la vie grâce à cette longue chaîne de solidarités qui permet de croire encore en l’homme.

 

C’est cette chaîne de sympathie que l’OSE a su mobiliser en mai 1945 - du journal « l’Humanité » à Geneviève Anthonioz-de Gaulle - pour que la France offre l’asile au millier de jeunes garçons que les Armées Alliées découvrent miraculeusement vivants en pénétrant dans l’enfer du camp de Buchenwald. 426 d’entre eux seront accueillis par l’OSE en juin 1945.

C’est cette histoire, c’est son histoire, que va nous narrer Izio Rosenman à qui je suis ému de passer la parole.

photo:Alain Azria

 

http://81.28.96.123/~osefrance/?id_1=2&id_2=0&id_...

 

01:14 Publié dans ACTUALITE | Lien permanent | Commentaires (0)

Au nom de tous les miens : le témoignage d’Izio Rosenman, rescapé de Buchenwald, lors de la cérémonie du 19 juillet à Paris

20/07/09
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- - Thème: Shoah

 

_0278_Izio_Rosenman (6).JPGNous commémorons aujourd’hui la rafle du Vel d’hiv du 16 juillet 1942 et avant de parler au nom des enfants survivants de Buchenwald, je voudrais rappeler le souvenir de ces enfants qui sont partis du Vélodrome d’hiver vers leur mort.
Nous sommes, à juste titre, révoltés par la souffrance et la mort des enfants dans le monde, hier comme aujourd’hui. Car il n’est rien de plus injuste, rien de plus insupportable. Et, faut-il le rappeler, un million et demi d’enfants juifs ont été assassinés par les nazis et leurs complices.
J’avais dix ans à mon arrivée en France le 6 juin 1945, à Ecouis dans l’Eure, en provenance de Buchenwald.
Nous étions 426 jeunes rescapés.
Nous avions été déportés à Buchenwald, après être passés par des ghettos, des camps de travail, des camps de concentration, des camps d’extermination.
Nous étions de faux jeunes, nous étions devenus adultes trop tôt, des vieux.
Nous avions fait l’expérience de la haine dirigée contre nous, avant même d’arriver dans les camps, dans les pays où nous avions vécu.
Nous avions fait  l’expérience du rejet,
De la souffrance physique et morale,
Nous avions subi des violences, assisté à des scènes de violence,
Nous avions fréquenté la mort,
Nous avions vu nos proches mourir,
Nous avions fait l’expérience de la faim, du froid, et  celle de l’abandon.
Et souvent celle de la solitude.
Car la plus part d’entre nous (sauf moi) avaient perdu la majeure partie de leur famille nucléaire. Le plus jeune d’entre nous avait 8 ans, le plus vieux sans doute plus de 20 ans ; nous avions appris à survivre dans le danger et l’adversité.
En arrivant de Buchenwald en France nous étions un groupe composite :
Nous étions de nationalités différentes, de langues différentes, de milieux culturels ou politiques différents : il y avait parmi nous des Hongrois, des Polonais, des Roumains, des Tchèques. Il y en avait de très religieux, d’autres qui étaient sionistes, d’autres encore communistes, ou qui appartenaient à des familles qui l’avaient été.
Il a fallu prendre en compte toute cette diversité pour que nous puissions vivre ensemble, dans les maisons d’enfants où on nous avait placés, pour pouvoir nous laisser nous épanouir, selon nos possibilités, et nous intégrer dans la petite société que nous formions avec nos éducateurs, puis dans la société environnante, la société française pour ceux d’entre nous, une petite minorité, qui avaient décidé de rester en France.
Il est difficile de se mettre dans la tête d’un enfant rescapé, ancien déporté ou ancien enfant caché. Il est difficile d’imaginer la somme de souffrances endurées, et leur effet destructeur.
Cet enfant rescapé avait perdu ses parents, sa fratrie, ses amis. Fondamentalement sa relation aux adultes avait été transformée : ils n’étaient plus ceux qui le protégeaient, ils étaient devenus, comme d’autres, des menaces pour lui, pour ce qu’il lui restait : parfois une couverture, un morceau de pain à garder. D’où des comportements qu’il est difficile de comprendre aujourd’hui.
Il fallait se reconstruire, se construire, retrouver la confiance en l’homme, en l’adulte, en l’éducateur qui nous guidait, ou l’instituteur qui nous enseignait.
Il fallait réapprendre à être enfant ou adolescent.
Il a fallu réapprendre à jouer, à rire, et aussi à pleurer.
Les maisons de l’OSE, pour nous, celles de l’OPEJ, de la CCE, pour d’autres, ont été ce lieu d’accueil et de reconstruction.
Plus de 60 ans après, je voudrais réaffirmer ma reconnaissance à la République, pour nous avoir accueillis. Il est vrai que cela n’avait pas été facile. Pour que l’on nous accepte en France il avait fallu une campagne de presse pour nous, les interventions de l’OSE auprès du gouvernement français, et aussi l’intervention de Geneviève de Gaulle- Anthonioz, nièce du Général de Gaulle, résistante de la première heure, puis déportée au camp de Ravensbrück.
On comprend que cela n’ait pas été facile. La France, elle-même sortait exsangue de l’occupation nazie ; elle était encore en reconstruction ; il y avait des cartes d’alimentation ; bref la vie était difficile pour tout le monde. Nous n’étions pas des rapatriés, car nous n’étions pas Français, nous étions des Étrangers, des enfants étrangers que la France a accepté d’accueillir.
Le Comité Intergouvernemental pour les Réfugiés, nous a confié à l’OSE, œuvre de Secours aux Enfants.
L’OSE, qui s’était occupé de près de 10 000 enfants juifs pendant la guerre, avait ouvert après la Libération une douzaine de maisons d’enfants, pour les mille à deux mille enfants qu’elle avait en charge. Elles fonctionnaient grâce à l’aide des pouvoirs publics et du JOINT, cette organisation juive américaine, qui avait déjà assuré par ses versements la survie des enfants cachés pendant la guerre. Le personnel administratif, éducatif ou autre était d’un dévouement extraordinaire que je veux ici rappeler et saluer, et pour lequel je veux les remercier en mon nom et celui de mes camarades, car c’est grâce à eux, il faut le rappeler, que nous avons pu reprendre pied dans la vie, nous reconstruire, apprendre des métiers et construire des familles.
Aujourd’hui encore l’OSE et d’autres ONG juives ou non juives qui se consacrent à l’enfance restent au service de l’intégrité et de la dignité des enfants.
60 ans plus tard y a-t-il une leçon à tirer pour les survivants de ce passé tragique ? Pour moi il y en a une qui s’appelle vigilance et solidarité.
En tant que Juifs nous devons rester fidèles à Hillel l’Ancien, un sage du Talmud qui a vécu au temps de Jésus. Il disait :
Im ein ani li, mi li ?
Si je ne m’occupe pas de moi-même, qui s’en occupera ?
Mais si je ne m’intéresse qu’à moi, alors qui suis-je ?
Et si ce n’est maintenant alors quand ?
Et en tant que citoyen je voudrais ici rappeler les paroles exemplaires du Pasteur Martin Niemöller, qui avait crée l’Eglise confessante, seule église allemande anti-nazie et qui fut arrêté en 1937, transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau, avant d’être libéré par les Alliés. Il a écrit :
Lorsqu'ils sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.
Lorsqu'ils sont venus chercher les juifs
Je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour dire quelque chose.
Alors oui, une leçon, une tache pour les rescapés, aujourd’hui, pour les enfants déportés ou enfants cachés, pour tous :
Vigilance, mais aussi solidarité, avec les exclus, les discriminés, les menacés, les rejetés, comme nous l’avons été nous-mêmes, justement nous qui pendant la Shoah n’avons pas toujours bénéficié de cette solidarité. Mais je pense aussi aux trop rares enfants juifs qui ont pu sortir du Vel d’Hiv grâce à une main tendue, être sauvés parce qu’ils ont bénéficié de cette solidarité, comme tant d’autres juifs jeunes ou non qui ont bénéficié de l’aide de la population française, à l’encontre de la volonté du gouvernement de Vichy.
Izio ROSENMAN, directeur de recherches au CNRS, rescapé de Buchenwald,
Photo : Alain Azria
Témoignage de Sarah Lichtsztejn-Montard, rescapée de la rafle du Vel d’Hiv
20/07/09
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- - Thème: Shoah

 

 

J’avais onze ans et demi le 3 septembre 1939, lorsque la guerre a éclaté, amenant son lot de contraintes: rationnement de la nourriture ; distribution de masques à gaz contenus dans des cylindres  métalliques munis d’une bandoulière que l’on transportait même pour aller à l’école ; descente dans les abris dès que les sirènes hurlaient pour annoncer une alerte aérienne.
Le 1er octobre, je suis entrée en sixième au Lycée de Jeunes Filles du Cours de Vincennes (devenu par la suite Lycée Hélène Boucher), dans le XXe arrondissement de Paris.
Par crainte des  bombardements, mes parents m’ont envoyée, en janvier 1940, sur la Côte d’Azur, dans une maison de l’OSE.
Dès les premiers mois d’Occupation, les nazis ont multiplié les mesures à l’encontre des Juifs, aidés par le gouvernement de Vichy dont le Chef, le Maréchal Pétain, allait au devant de leurs demandes.
Et nous en arrivons au 16 juillet 1942.
La veille, le 15 juillet, dernier jour de classe, une camarade juive me dit: « Mes parents connaissent un Commissaire de Police qui les a prévenus d’une arrestation massive de femmes, d’enfants, de vieillards pour les jours prochains. Nous quittons notre appartement et tu ferais bien de dire à ta mère d’en faire autant ».
_0296_Sarah Montard.JPGLe soir, je raconte cela à ma mère qui ne veut pas le croire : « En France ! Arrêter des femmes et des enfants, ce n’est pas possible ! ».
Elle se méfie pourtant car elle a connu les pogroms  de Russie et de Pologne. Elle me dit de me coucher et qu’elle restera assise sur une chaise toute la nuit et que si l’on frappe à la porte, elle ne répondra pas ; nous nous sauverons par la fenêtre de la cuisine qui donne sur une petite cour et là, nous demanderons du secours.
Nous habitions un rez-de-chaussée au fond d’une cour dans la rue des Pyrénées, XXe arrondissement.
Mon père n’habitait plus avec nous. Il avait été arrêté lors d’une rafle en juillet 1941 et interné au camp de Pithiviers dont il s’était évadé en septembre. Depuis, il se cachait dans une chambre pas très loin de chez nous.
Comme une enfant que j’étais (j’avais quatorze ans), je me couche et m’endors. Ma mère est assise sur sa chaise, mais à l’aube, elle s’assoupit et quand on cogne dans la porte à 6h du matin, elle se réveille en sursaut : « Qu’est-ce que c’est ? – Police, ouvrez, lui répond-on ».
Elle ouvre la porte et entre un inspecteur en civil, portant imperméable et chapeau mou, en plein mois de juillet, comme dans les films policiers américains d’avant-guerre ; il est suivi par un gardien de la paix en uniforme.
« Vous êtes bien Madame Lichtsztejn ? demande-t-il  - Oui, réponds ma mère –Et la petite jeune fille, là ? – C’est ma fille  - Tiens ! Elle n’est pas sur ma liste ». Et il me rajoute sur la liste.
Ma mère le supplie : « Pourquoi l’avez-vous rajoutée ? Laissez-là partir, ce n’est qu’une enfant ! ». Elle s’est presque mise à genoux devant lui ; j’avais honte. Mais il ne s’est pas laissé fléchir. « Madame, a-t-il dit, si vous faites du scandale, j’appelle Police Secours ! ». J’étais terrorisée ; j’avais dans la tête l’image du sinistre ‘panier à salade’ grillagé dans lequel on transportait les voleurs et les criminels.
Nous n’avons plus rien dit. Ma mère a préparé une valise avec quelques vêtements chauds. J’ai mis mon manteau de lainage bleu sur le bras. Je ne portais pas l’étoile jaune sur ma robe, mais sur le manteau plié, oui. Et nous sommes sortis dans la cour, après que cet inspecteur zélé a posé les scellés sur la porte. Là, d’autres juifs de l’immeuble étaient rassemblés, six ou sept en tout. Maigre butin !
Puis nous sortons dans la rue et là, mon enfance a ‘basculé’.
De toutes les rues avoisinantes arrivent des familles entières portant de gros baluchons et même des matelas d’enfant sur le dos. Les parents, pâles et hagards, ne disent rien. Agrippés à leurs mains, les petits enfants pleurent.
Et tout ce petit monde, très pauvre, à la limite de la misère, est encadré par des policiers,  comme si ces innocents étaient des voleurs, des assassins!
Mon cœur se serre. Je suis paralysée par la peur qui ne me quitte plus. J’entre dans le monde cruel des grandes personnes.
Il me semble que ce jour-là je n’ai vu que quelques regards compatissants ; Les gens, pour la plupart, nous regardaient avec indifférence (ils avaient peur, peut-être ?). J’ai vu des petites lueurs de satisfaction dans les yeux de certains : « Enfin, on nous débarrasse de ces sales juifs ! »
On nous rassemble d’abord dans un garage situé au coin de la rue des Pyrénées et de la rue de Belleville. Après environ une heure, on nous fait monter dans un autobus à gazogène, un autobus de ligne. Les policiers entassent les valises sur la plate-forme et nous poussent à l’intérieur avec rudesse. Nous sommes debout, serrés les uns contre les autres.  Il fait très chaud.
L’autobus descend la rue de Belleville et, tout à coup, j’aperçois sur le trottoir une camarade de classe qui regarde passer l’autobus avec tristesse. Comme je suis écrasée entre deux adultes, elle ne me voit pas. C’est alors que je ressens cruellement l’injustice de mon sort. Elle est debout sur le trottoir, sous un soleil magnifique, attristée mais ‘libre’, tandis que moi, je suis prisonnière alors que je n’ai rien fait d’autre que de naître, de naître ‘’juive’’.
Nous traversons Paris et je dois dire que ce jour-là, je n’ai vu aucun soldat allemand dans les rues ; ils avaient dû recevoir un mot d’ordre.
‘C’est uniquement la police française qui arrête les juifs’.
Nous arrivons rue Nélaton, devant le Vélodrome d’Hiver où les autobus se succèdent et déversent leur cargaison humaine. Ma mère veut m’entraîner de l’autre côté de la rue, mais un policier lui demande : «  Où allez-vous comme ça, avec votre valise ? – Au café en face, ma fille n’a pas encore déjeuné  - Bon, je vous accompagne ».  Il est resté devant la porte du café qui existe toujours rue Nélaton. Puis, il nous a raccompagnées jusqu’au grand portail du Vel d’Hiv. Des agents nous poussent à l’intérieur où un immense brouhaha nous accueille. Il est près de 9h et nous sommes environ 4 à 5 mille personnes, avons-nous su par la suite.
Le bâtiment est surmonté d’une immense verrière peinte en bleu, selon les consignes de la Défense Passive. Ce bleu inondé de soleil donne une lumière glauque sous laquelle les gens apparaissent comme des fantômes verdâtres.
Les adultes sont entassés sur les gradins avec leurs valises, silencieux pour la plupart. Les enfants courent et chahutent ou pleurent. Des infirmières de la Croix Rouge circulent et donnent du lait aux tout-petits car personne n’a emporté de provisions.
Ce fameux Vel d’Hiv, qui était un lieu de détente, de réjouissances, s’est d’un seul coup transformé en un lieu de cauchemar.
Les quelques toilettes existantes ont tout de suite été bouchées et débordent. Les enfants font leurs besoins un peu partout, certains adultes également. L’odeur devient insupportable !
Deux femmes viennent de se retrouver et se racontent en pleurant ce qu’elles ont vu : une mère s’est jetée par la fenêtre du troisième étage avec ses deux enfants, on a tiré sur une femme qui tentait de s’enfuir, la blessant à la jambe… Je suis de plus en plus épouvantée.
Vers 5h de l’après-midi, nous voyons arriver des fauteuils roulants dans lesquels sont assis des paralysés, des amputés, et aussi des civières portant des grabataires, des moribonds.
Ma mère me dit : «  On nous a menti. Lorsque nous avons demandé aux policiers ce que l’on allait faire de nous, ils ont répondu qu’on nous enverrait travailler en Allemagne. Bon ! Je pensais que les enfants iraient à l’école pendant que les parents travailleraient, mais là, non ! Ils ne peuvent pas  employer des handicapés et des mourants. Il se prépare quelque chose de très mauvais. Il faut qu’on sorte d’ici. Tu t’évaderas la première et ensuite je m’évaderai aussi ».
Elle me donne ma carte d’alimentation et 100francs –une grosse somme à l’époque- et me pousse vers le grand portail. Je reste sur le pas, intimidée, puis j’essaie de sortir, mais on me repousse à chaque fois.
Tous les habitants de la rue sont aux fenêtres et à 3mètres de la porte, une petite foule s’est agglutinée. Je jette un coup d’œil sur maman qui me regarde d’un air suppliant ; alors je me lance. Le dos rasant le mur, je me glisse derrière un policier et marche à reculons vers la foule, comme si j’en sortais. L’agent m’interpelle : « Vous là, qu’est-ce que vous voulez ? – Je ne suis pas juive (c’est tout ce que je trouve à dire !), je suis venue voir quelqu’un. – Foutez-moi le camp, vous reviendrez demain ».
Je ne demande pas mon reste, je lance un bref regard à ma mère qui  sourit, soulagée, puis je pars, mon manteau sur le bras. J’ai envie de courir mais je me force à marcher lentement ; si je cours, on va m’attraper ou peut-être me tirer dessus ?
J’ai le cœur lourd d’avoir laissé maman. Je ne sais pas si je la reverrai.
Au bout de la rue, deux agents font barrage. J’ai peur en avançant, mais ils me laissent passer. Je me suis plus tard demandé si celui qui m’avait dit de foutre le camp m’avait vraiment crue, et j’ai vite compris que non. Comment aurait-il pu croire une fille en robe d’été avec un manteau sur le bras, en plein mois de juillet ? Et les deux du bout de la rue, ils auraient dû me demander un justificatif de domicile. Ces trois policiers-la, je leur dois la vie.
Je marche et je marche, et je me trompe de chemin. A la fin, j’arrive à une station de métro, mais j’hésite à prendre un ticket avec mon billet de 100francs – ils vont se demander comment une fille si jeune a tant d’argent-, finalement je me décide et monte dans le métro.
Ma mère m’avait dit d’aller chez des amis non juifs habitant boulevard Saint-Jacques.
En descendant à la station Glacière, je vois maman qui sort de la même rame ; elle avait réussi à s’évader 20minutes après moi.
Nous courons toutes les deux jusque chez nos amis qui referment la porte derrière nous en pleurant.
Ces personnes auraient mérité de figurer sur la liste des Justes de France, de même que mérite d’être rappelée la souffrance des enfants qui, comme mes petits cousins, sont devenus orphelins après l’arrestation de leurs parents, jamais revenus.
Au bout de deux années de « relative liberté », errant de cachette en cachette, nous avons été dénoncées et déportées à Auschwitz par le convoi n°75 du 30 mai 1944.
Sarah Lichtsztejn-Montard
Photo : D.R. et Alain Azria

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Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français - Richard Prasquier : « Des aspirations communes portées par les leçons d’une histoire partagée»


20/07/09
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- - Thème: Crif


 

Dimanche 19 juillet 2009, s’est déroulé la cérémonie annuelle, dans le cadre de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux Justes de France. Cette année, la Commission du Souvenir du CRIF, en accord avec le Secrétariat d’Etat aux Anciens Combattants a proposé comme thème le sauvetage et l’accueil des enfants juifs rescapés de la Shoah. Il cadrait avec le thème du concours National  de la Déportation et de la Résistance : « L’enfant dans le système concentrationnaire nazi ».
La première invitée à prendre la parole fut Sarah Montard qui, à l’âge de 14 ans était, avec sa mère, victime de la rafle du Vel d’Hiv, le 16 juillet 1942. Dans son émouvant témoignage, elle a raconté son évasion et le fait d’avoir été cachée par une famille française qui aurait méritée la distinction de Justes de France. Hélas, suite à une dénonciation, Sarah et sa mère seront déportées à Auschwitz le 30mai 1944 par le convoi 75.
Jean-François Guthman, Président de l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) a évoqué, après un historique exhaustif, l’action de l’OSE pour recueillir des enfants juifs, dont un grand nombre d’orphelins de parents exterminés dans les camps. Il a mentionné les actions de sauvetage en saluant Georges Loinger. Enfin, il a mentionné les enfants juifs rescapés de Buchenwald.
L’un de ces enfants, justement, aujourd’hui une personnalité connue du monde intellectuel juif, Izio Rosenmann, a livré un témoignage dont l’émotion a saisi l’assistance. Il a brossé la topologie des lieux d’accueil, rendant hommage non seulement aux institutions et à tous ceux qui y oeuvraient mais également à la République qui a aidé un grand nombre d’enfants à se reconstruire. Pour Izio Rosenman, l’une des leçons à tirer de cette page d’histoire est le devoir de vigilance d’une part avec l’obligation morale de défendre les enfants qui souffrent partout dans le monde.
Les prières, dites par les Rabbins, Olivier Kaufmann et Alain Goldmann et le dépôt des gerbes par un nombre de personnalités, ont été suivies par la Sonnerie aux Morts, la Minute de silence et la Marseillaise.
C’est également du sauvetage des enfants juifs qu’il était question dans l’exposé de Florence Taubman, pasteur, Présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France. Elle a évoqué les liens existants entre des autorités religieuses hostiles à la politique de spoliations et de déportations de l’Etat Français et des réseaux de résistance tels le réseau Garel ou le réseau Marcel. Florence Taubman a parlé de cette conscience qui a dicté aux nombreux Français des actes de solidarité avec les Juifs dans une France occupée.
Ce fut le tour du jeune lauréat du Concours National de la Déportation et de la Résistance, Abdéraouf Zerarka qui, avec six de ses camarades du Collège Chappe dans le 19e, a fait un travail sur le vécu de l’ancienne déportée, Ida Grynspan, présente en ce jour, auteur, avec le regretté Bertrand Poirot-Delpech, de l’Académie Française, d’un ouvrage biographique dont il s’est inspiré. « Notre comportement de futur adulte, a-t-il dit, dépend de la manière dont on a été élevé et de la relation qu’on a avec l’Autre, quelles que soient sa couleur de peau, son appartenance ou sa confession ».
Avec le discours de Richard Prasquier le ton est devenu plus circonstanciel. Le Président du CRIF a parlé de « la honte que nos devons tous assumer. Tous à l’exception des victimes et des enfants des victimes (…) à l’exception des héros et des Justes ». Il a évoqué « le contrat civil de notre pays » que tout groupe doit respecter. Pour Richard Prasquier la citoyenneté française se sont des aspirations communes portées par les leçons d’une histoire partagée. Citoyen français, il a fait part de son sentiment naturel d’appartenir à ce peuple juif dont Israël est le territoire historique. Il a évoqué le silence sur les massacres et les déportations de Juifs en Europe. Mais également le silence autour des survivants, rescapés des camps. Ce silence qu’il faut rompre en toute circonstance et qui plus est lorsqu’il s’agit d’évoquer un acte criminel commis il y a trois ans contre un jeune homme torturé puis assassiné. « Il était juif », a souligné Richard Prasquier en stigmatisant le préjugé antisémite présent dans nos cités : « Cette commémoration n’a pas de sens si nous n’y pensons pas aujourd’hui ».
Le président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, David de Rothschild, est revenu sur l’évocation des crimes commis par le gouvernement de Vichy. Il a rendu hommage aux Justes de France.
Cet hommage aux Justes mais plus généralement à la population française était au centre de l’intervention non écrite faite par la Présidente d’Honneur de l’Union des Déportés d’Auschwitz, Mme Simone Veil. Dans son propos, elle a fait un rappel historique sur la conduite des Etats européens envers les Juifs, citant la conduite exemplaire du Danemark. Mais elle a tenu à souligner, que même des Français, ne manifestant pas pour les Juifs une sympathie particulière, certains étant franchement antisémites, avaient sauvé des vies. L’Etat français ce n’était pas la France. Il faut savoir nuancer ses jugements.
In fine, selon le protocole, la parole a été donnée au nouveau Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, M. Hubert Falco qui s’est déclaré être touché par les propos de Simone Veil. Et s’il il a condamné les comportements de la police aux ordres de Vichy, il a évoqué ceux des fonctionnaires qui avaient évité des déportations. En écho au témoignage d’Izio Rosenman, il a déclaré : « Aujourd’hui nous pensons au destin de tous les enfants restés seuls, livrés à eux-mêmes et à l’apprentissage de la survie, alors que leurs parents étaient acheminés vers la solution finale ». Il a dit en conclusion : « A tous les Justes, à leurs familles, je veux dire que jamais la France n’oubliera leur geste, je veux dire que jamais la France n’oubliera leur sursaut d’humanité ».
La cérémonie annuelle commémorant la rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, a réuni, autour des anciens déportés et témoins de la rafle, un grand nombre de personnalités en leurs fonctions et qualités, parmi lesquelles : Gérard Larcher, Danièle Hoffman Rispal, les ambassadeurs Daniel Shek et David Kornbluth. Des élus et hommes et femmes politiques : Bertrand Delanoë, Anne Hidalgo, Pierre Aidenbaum, Jean Tibéri, Serge Blisko, Jean-Michel Rosenfeld. Nicole Guedj, Lyne Cohen-Solal, Martine Billard, Dominique Bertinotti, Liliane Capel, Catherine Vieu-Charrier. Joël Mergui représentait le Consistoire ; monseigneur André Vingt-Trois représentait l’Archevêché de Paris. Marek Halter était également dans l’assistance.  A cela s’ajoutèrent les représentants des autorités militaires, du corps préfectoral, des membres d’associations juives dont les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, des membres du CRIF et de la Commission du Souvenir du CRIF, qui a regretté l’absence de Henry Bulawko, l’un des initiateurs de cette cérémonie.
Claude HAMPEL,
Président délégué de la Commission du Souvenir du CRIF
Jacqueline Keller,
Vice-Présidente de la Commission du Souvenir du CRIF
Photo : © 2009 Alain Azria
WWW.CRIF.ORG

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Prasquier : du 16 juillet 1942 à Ilan Halimi

 

 

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Lors de la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et antisémites de l'Etat français et d'hommage aux justes de France, le 19 juillet à Paris, le président du CRIF a estimé que Ilan Halimi « s'il n'avait pas été juif, n'aurait pas été enlevé, et n'aurait pas été assassiné »
On lira ci-dessous le texte de son intervention :
« C'est aujourd'hui la confrontation annuelle de la France avec la page la plus honteuse de son histoire nationale. Un pays se grandit quand il intègre une page de déshonneur dans son calendrier commémoratif. Il se détourne du confortable narcissisme, il se confronte à la mémoire de l'autre, il entre dans l'ascèse de l'histoire, il permet une admiration sans équivoque pour ceux qui ont agi dans le bien, les Justes, et il ouvre les possibilités d'un avenir meilleur.
La honte, nous devons tous l'assumer. Tous, à l'exception des victimes et des enfants de victimes, de ceux qui furent stigmatisés, pourchassés, déportés, assassinés parce qu'ils étaient Juifs, à l'exception aussi des héros, des sauveurs et des Justes. Mais pour tous les autres français, quel que soit leur âge et quelle que soit leur origine, la rafle du Vel d'Hiv et les persécutions contre les Juifs sous le régime de Vichy sont une page de la longue histoire de notre pays qu'il nous revient d'endosser.
De ce patrimoine commun, il émerge des symboles puissants que nous partageons.  Même ceux qui comme moi, sont absolument certains  que leurs ancêtres n'ont pas participé à la bataille de Bouvines ou à la prise de la Bastille doivent intégrer mentalement ces journées qui parmi d'autres "ont fait la France". Nous devons le faire parce que la citoyenneté française est -devrait être- une citoyenneté d'aspirations communes portées par les leçons d'une histoire partagée.
Ce qui laisse à d'autres champs d'appartenance la possibilité de se manifester, pour autant qu'ils n'entrent pas en collision avec les règles du contrat civil de notre pays. J'ai le sentiment très naturel d'appartenance au peuple Juif. C'est ce peuple, et pas une religion, qui a été diabolisé par les nazis et traqué par leurs complices de Vichy, c'est ce peuple dont Israël est le territoire historique, c'est ce peuple juif de France dont le CRIF a pour mission d'exprimer sur le plan politique les sentiments, les craintes et les indignations, dans le strict respect de la tradition républicaine nationale.
Les 16 et 17 juillet 1942, 13.150 juifs, dont 4.115 enfants ont été raflés par la police parisienne. Près d'ici, dans l'ancien Vel d'Hiv détruit en 1959, ont été gardés au cours de journées d'horreur les familles avec enfants, les autres étant envoyés au camp de Drancy. Pour la première fois des enfants avaient été raflés; ils furent ultérieurement séparés de leurs mères: cet arrachement marqua la conscience populaire, et les entreprises de sauvetage des enfants dans lequel l'OSE a joué un rôle central seront le thème de cette commémoration.
Dans toute l'année 1942 depuis la première déportation du 27 mars  à la dernière du 11 novembre, il y eut près de 42 000 juifs déportés de France, qui aboutirent à Auschwitz. 25 000  furent gazés à leur arrivée dans les deux baraques appelées maison rouge et maison blanche. 805 (2%) ont survécu. Aucun enfant parmi eux.
Ce que serait le sort des déportés, les hommes au pouvoir ne pouvaient l'ignorer que s'ils voulaient l'ignorer, ce qui fut fréquent. Car des informations circulaient: diffusées en Angleterre au printemps 42 elles avaient fait état de 700 000 juifs déjà assassinés en Pologne. Si on n'imaginait pas encore les gazages, on connaissait les fusillades en masse et l'épuisement et la mort dans le travail esclave. Mais on a fait silence.
Vichy livrait les Juifs comme du bétail aux autorités allemandes. L'indignation du pays fut grande au mois d'août 1942, puis elle s'estompa et le silence reprit: le ravitaillement, la relève bientôt le service du travail obligatoire, la résistance et la survie personnelle prenaient le pas sur la persécution des Juifs sauf auprès de ceux qu'on appela plus tard les Justes...
Même à Londres, il y eut beaucoup de silence. Voici un communiqué du 7 août 1942, après les premières rafles de la zone sud. "Le  Comité National Français vient d'être saisi par les organisations de Résistance des mesures de déportation en masse prises par Laval contre les étrangers ou prétendus tels résidant en zone prétendument non occupée et de la profonde indignation que ces mesures suscitent dans la population entière.."  Où est le mot Juif?
Silence après guerre, alors que les chiffres de victimes juives du nazisme, six millions, étaient déjà connus et auraient dû susciter une horreur particulière, on enjoignait aux survivants de ne pas se mettre en avant.
C'étaient les temps où le philosophe chrétien Gabriel Marcel conseillait aux Juifs en 1946 de se montrer discrets sur leurs revendications.
Ces temps sont révolus. Il n'y a plus à faire silence.
Un jeune homme a été torturé puis assassiné il y a trois ans de façon horrible. Il était juif. Certains suggèrent qu’en dehors de l'auteur principal, et encore, l'antisémitisme n'a guère joué de rôle dans ce meurtre, que c'est  un point secondaire.  Nous pensons que s'il n'avait pas été juif, il n'aurait pas été enlevé et il n'aurait pas été assassiné. Est-ce un détail?
Bousquet ne se considérait pas antisémite, Laval ne l'était peut-être pas non plus. Ce n'est pas une circonstance atténuante. Pendant la Shoah parmi les dizaines de milliers d'assassins, peu ont tué à cause de leur antisémitisme, mais leurs meurtres étaient antisémites. Ils agissaient par ambition, ils agissaient par lâcheté, ils agissaient par obéissance, ils agissaient par indifférence, ils agissaient par gloriole et par conformisme de groupe pour ne pas se faire considérer comme des faibles. Ils agissaient aussi parce que  dans la vision du monde à laquelle ils avaient été amenés à adhérer, il y avait l'idée que les Juifs ne sont pas des êtres humains comme les autres, qu'on a le droit de tout leur faire et qu'on ne doit pas éprouver pour eux de la pitié. Le préjugé antisémite arase le remords. Il autorise la férocité. Il n'est pas anodin. Il est de nouveau très présent dans nos cités. Et je pense que cette commémoration n'a pas de sens si nous n'y pensons pas aujourd'hui.
Un assassin, c'est aussi un homme qui aurait pu éviter d'entraîner un autre à la mort et qui ne l'a pas fait. Celui-là n'est plus un comparse passif, moins encore un spectateur impuissant. Les Justes furent rares, très rares, et il y eut beaucoup de portes fermées qui provoquèrent la mort, à l'abri desquelles les indifférents sont devenus des criminels. La responsabilité est pour l'homme une charge et une grandeur. Nous ne pouvons être complaisants avec elle. Nous devons expliquer, nous devons tenter de prévenir. Il faut savoir, il ne faut jamais esquiver. Il ne faut jamais justifier. »
Photo : © 2009 Alain Azria

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lundi, 13 juillet 2009

L’UPJF est indignée par la faiblesse des condamnations et la légèreté des peines prononcées à l’encontre des barbares qui ont torturé Ilan Halimi.

 

Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France

Lettre ouverte au Président de la République, aux Représentants de la Nation, au Ministre de la Justice, et à tous les Citoyens

L’UPJF est indignée par la faiblesse des condamnations et la légèreté des peines prononcées à l’encontre des barbares qui ont torturé Ilan Halimi.

La justice française avait une occasion importante de rappeler qu’il y a des principes fondamentaux avec lesquels on ne transige pas.

La justice française avait l’occasion de rappeler des valeurs morales qui fondent l’éthique républicaine et humaine.

La justice française avait l’occasion de démontrer sa fermeté à l’égard d’une frange de la population qui n’a aucun repère digne de la civilisation française.

De peur d’être accusée d’être « injuste », la justice française a eu honte d’appliquer la loi républicaine dans toute sa rigueur et de condamner la barbarie comme elle le mérite.

De peur d’être accusée de racisme, la justice française a préféré, courber l’échine devant la sauvagerie en bande organisée.

Après le réquisitoire édulcoré de Monsieur Bilger, ce jugement démontre, la pression exercée sur l’opinion publique par la collusion des médias et des lobbys islamo-gauchistes.

Ce jugement signifie que des pans entiers des valeurs républicaines s’effondrent les uns après les autres.

Alors qu’aucun des prévenus n’a voulu dénoncer ceux qui ont participé à l’enlèvement d’Ilan Halimi, ceux qui tenaient l’arme et le rideau pendant les séances photos, ceux qui prenaient les clichés pour les envoyer à sa famille, ce jugement signifie que la justice reconnaît qu’il y a plus de raisons de craindre la « loi de la cité » que la loi de la République.

Ce jugement est un acte de tolérance à l’encontre de ceux qui rêvent de réaliser des Pogroms.

Ce jugement signifie que l’on peut participer à une entreprise de séquestration et rançonner une famille française sans penser mal agir.

Ce jugement signifie qu’aujourd’hui en France, on peut participer à une entreprise mafieuse, et faire prévaloir la loi du silence pendant que l’on torture un innocent et n’être condamné qu’à des peines assorties de sursis, comme un simple rappel à l’ordre.

Ce jugement signifie que l’on peut protéger des tortionnaires, rentrer chez soi le soir, et trouver cela normal.

Ce jugement signifie que l’on peut être complice d’actes de barbaries sans être jugé pleinement responsable et coupable.

Ce jugement signifie que l’on peut, enlever, séquestrer et torturer un juif pendant 23 jours, et ne pas risquer une peine plus grave que pour un cambriolage.

Ce jugement signifie que la nouvelle mafia des cités, sait à présent pouvoir compter sur l’indulgence de la justice républicaine, quand elle exécute sa sinistre besogne.

Ce jugement signifie que les nouveaux barbares qui ne demandent qu’à prendre le pouvoir dans les cités savent à présent que la justice française trouvera un motif pour les épargner et éviter « tout abus ».

Ce jugement signifie que la justice s’incline devant cette loi de la terreur et du silence que l’on retrouve dans le procès des émeutes de Villiers le Bel.

Ce jugement est un encouragement aux agressions préméditées de juifs comme celle qui s’est récemment déroulée le 7 juillet 2009 à la piscine David d’Anger du 19ème arrondissement de Paris, contre une jeune fille juive de 15 ans par trois maghrébines.

Alors que pendant des siècles, la France s'est battue pour imposer ses valeurs universelles qui ont attiré tant d’immigrants, ce jugement signifie que la France est en train de brader son âme et sa culture qui ne seraient plus applicables aux nouveaux « indigènes de la république ».

La justice française a préféré reculer, et privilégier la « tolérance » et la « compréhension », mais pour apaiser qui ?

Des communautés qui, après des années « d’antiracisme » n’ont plus l’habitude d’être dénoncées et mises devant leur responsabilité ?

Des bandes de voyous dont on craint la réaction et que l’on préfère dénommer « sauvageons » ?

L’UPJF estime que ce n’est pas cette lâche tolérance qui limitera les troubles à l’ordre public, mais au contraire, le refus d’appliquer la loi républicaine dans toute sa rigueur, et l’application sans faille des principes républicains.

Il est temps que les citoyens français et ses représentants se battent pour la sauvegarde des valeurs Républicaines.

L’UPJF appelle à prendre des mesures d’urgence et des sanctions exemplaires pour que la France ne ressemble jamais à l’ex Yougoslavie ou au Liban.

L’UPJF appelle à ne pas céder et à châtier sans pitié ces nouveaux barbares qui veulent mener la France au Chaos.

L’UPJF appelle au sursaut républicain, l’ensemble de la classe politique et de la magistrature, afin de ne pas sombrer dans l’obscurantisme le plus total : celui qui a déjà pris pied en Belgique.

A défaut, c’est la France des valeurs universelles qui disparaitra laissant la place à toutes les dérives fascistes.

Le Bureau UPJF

www.upjf.org


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